Présidentielle à Madagascar : le premier tour marqué par une faible participation

A Madagascar, c’est dans un contexte de tensions qu’onze millions d’électeurs étaient appelés à voter pour le premier tour de la présidentielle ce jeudi 16 novembre. A l'issue de cette journée, l'opposition qui avait appelé au boycott ne reconnait pas l'élection. Les bureaux de votes ont enregistré un faible taux de participation.

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Les membres du bureau d'un vote travaillent dans la capitale malgache, Antananarivo, pour le premier tour de l'élection présidentielle le jeudi 16 novembre 2023. Le président sortant, Andry Rajoelina se présente à nouveau, alors que l'opposition appelle au boycott de l'élection.

AP Photo/Alexander Joe
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A la mi-journée, le scrutin du premier tour de la présidentielle à Madagascar était marqué par un taux de participation près de deux fois plus faible que lors de l’élection présidentielle précédente. L’observatoire des élections SAFIDY constatait à midi un taux de participation global de 22,4%, contre 44% en 2018.  Ce taux est "au plus bas dans l'histoire électorale de Madagascar", a souligné Hajo Andrianainarivelo, candidat d'opposition à l'élection. La province d'Antananarivo, la capitale du pays, à enregistré le plus faible taux de participation alors qu'elle regroupe le plus grand nombre d'électeurs. 

L'opposition cite de premiers chiffres, transmis par les observateurs internationaux et estimant la participation aux alentours de 20%. La commission électorale n'a pas encore annoncé le chiffre définitif mais plusieurs sources dans l'organisation ont indiqué à l'AFP que la participation pourrait même se situer sous la barre des 20%.

10 candidats ont appelé au boycott

Pour ce scrutin, treize candidats sont officiellement en lice, dont le président sortant, élu en 2018, Andry Rajoelina. Mais dix de ses rivaux, dont deux ex-présidents, ont appelé au boycott de l’élection.  "Nous ne reconnaissons pas ces élections et la population malgache dans sa grande majorité non plus", a déclaré à la fermeture des bureaux de vote Hajo Andrianainarivelo devant la presse, au nom des dix candidats rassemblés en un collectif.

Le président sortant avait déjà accédé une première fois au pouvoir en 2009 à la faveur d'un coup d'Etat chassant l'ex-président Marc Ravalomanana.  

La crise politique dans le pays s'est enflammée en juin, après la révélation dans la presse de la naturalisation française d'Andry Rajoelina, en toute discrétion, en 2014. Selon l'opposition, qui s'appuie sur le Code de la Nationalité, il a dès lors perdu sa nationalité malgache et ne devrait par conséquent pas être en mesure de se présenter au scrutin. Mais la Haute Cour Constitutionnelle a refusé d'invalider sa candidature.   

Appel au boycott

Outre le collectif des candidats, un large front populaire et d'organisations de la société civile, ainsi qu'une plateforme de médiation du Conseil œcuménique des Églises chrétiennes et la présidente de l'Assemblée nationale malgache ont réclamé la suspension du processus électoral. Depuis début octobre, l'opposition multiplie les appels aux manifestations et au boycott de l’élection.  

L'opposition dénonce aussi des irrégularités dans l'organisation du scrutin, notamment sur les listes électorales, évoquant l'existence de "milliers de bureaux de vote fictifs". 

L'observatoire des élections SAFIDY a annoncé en fin de journée avoir reçu 189 signalements de la part d'électeurs, à travers les numéros verts mis en place par l'organisme. Ceux-ci ont pour objectif de recenscer les irrégularités en cette journée de scrutin. L'impact de ces possibles irrégularités sur les opérations de vote n'a, pour l'heure, pas été analysé par l'observatoire. 

Un scrutin déjà reporté d'une semaine

Le scrutin, initialement prévu le 9 novembre, avait été reporté d'une semaine le mois dernier à la suite de la blessure d'un candidat lors d'une manifestation. Afin d’éviter de trop fortes tensions, un couvre-feu a été imposé dans la capitale, Antananarivo, dans la nuit du 15 au 16 novembre, veille de l’élection. Ce 16 novembre, des membres des forces de l’ordre ont été postés près des bureaux de votes, afin de veiller au bon déroulement de l’élection et du dépouillement.  

Pour sécuriser cette journée d’élection, 8000 policiers ont été mobilisés auprès des bureaux de vote sur l’ensemble de l’île, dont 6000 dans la capitale, d’après le ministère de la Sécurité publique malgache.  

Andy Rajoelina, a lui appelé tous les Malgaches à voter. "La seule voie démocratique (...) ce sont les élections", a-t-il déclaré à la presse après avoir déposé son bulletin à Antananarivo, dénonçant par la même occasion l’attitude de ses opposants, qu’il décrit comme "les gens qui essaient de semer des troubles et empêcher les élections"

Pour sa campagne présidentielle, le président sortant a déployé d’importants moyens, ralliant ainsi des milliers de soutiens. Il a notamment sillonné le pays en hélicoptère et en avion privé. A 49 ans, Andy Rajoelina apparait comme confiant de l’emporter sans attendre le second tour, prévu en décembre.  

Pas d'incidents violents à déplorer 

A 18 heures, soit une heure après l'heure de fin initialement prévue, les bureaux de vote venaient tous de fermer. 

L'ambassade des Etats-Unis à Madagascar a annoncé dans un communiqué que la journée s'était déroulée dans le calme, sans aucun incident violent à déplorer. 

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Le résultat de ce premier tour devrait être connu au plus tard le 24 ou 25 novembre prochain, selon Dama Andrianarisedo, président de la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante). Quel qu’il soit, la crise politique risque de durer dans la grande île de l'océan Indien, qui reste l’un des pays les plus pauvres de la planète malgré ses ressources naturelles.