"Quelques jours" pour libérer Alaa Abdel Fattah : la question des droits humains en Égypte à l'heure de la COP27

Les appels nationaux et internationaux à la libération du militant égypto-britannique Alaa Abdel Fattah se renforcent. Ce dernier, déjà en grève de la faim, a aussi arrêté de boire de l’eau au premier jour de la COP27 en Égypte.
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Alaa Abdel Fattah
Sanaa Seif, la sœur d'Alaa Abdel Fattah, avec Caroline Lucas, députée du Parti vert britannique. Les appels à la libération du militant égyptien prodémocratie se sont accélérés à l'approche de la COP27 tenue dans son pays. AP/ Kin Cheung.
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Les militants et les proches d'Alaa Abdel Fattah alertent : il ne reste que quelques jours pour libérer le détenu d'opinion, avant qu'il ne meure de déshydratation.

Emprisonné depuis 2019, Alaa Abdel Fattah a été condamné fin 2021 à cinq ans de prison pour « diffusion de fausses informations ». Cette « fausse information » se réfère en réalité à un tweet dénonçant la mort d’un détenu sous la torture. Avant cela, le blogueur et militant de gauche avait déjà passé la majorité des dix dernières années derrière les barreaux, après avoir été un symbole de la révolution de 2011. 
 
 Il n'y a plus beaucoup de temps, au mieux 72 heures, pour libérer Alaa Abdel Fattah.Agnès Callamard, secrétaire générale d'Amnesty International

Grève de la faim de plus en plus dangereuse

Depuis le 2 avril, l’activiste n’ingérait plus qu'un verre de thé et une cuillère de miel par jour. Il a encore durci les conditions de sa grève de la faim le 1er novembre, en n’absorbant plus aucune calorie. Et a cessé de boire dimanche 6 novembre, au premier jour de la COP27 à Charm el-Cheikh. 
 
Il proteste ainsi contre les conditions de détention égyptiennes, où il n’a pas le droit d’avoir de livres, de faire de l’exercice ou de recevoir une visite du consulat britannique. Il dénonçait également la torture à son arrivée en prison. 
 
Sa décision d’arrêter de boire conduit ses proches et les militants des droits humains à insister sur l’urgence de la situation. Selon Agnès Callamard, secrétaire générale d'Amnesty International, « il n'y a plus beaucoup de temps, au mieux 72 heures, pour libérer Alaa Abdel Fattah. Si (les autorités égyptiennes) ne le font pas, cette mort sera dans toutes les discussions à la COP27 ». 

(Re)voir : COP27 : une occasion d'évoquer les droits humains en Égypte ?
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Intervention des gouvernements occidentaux

Plusieurs gouvernements se sont exprimés sur la question, en amont ou au premier jour de la COP27. 
 
Selon la représentante du gouvernement allemand pour les droits de l'homme, « la situation des droits de l'homme en Égypte n'est pas à la hauteur » de la « responsabilité particulière » de ce pays qui accueille la COP27. Luise Amtsberg a appelé dans son communiqué à la libération d’Alaa Abdel Fattah et de son avocat Mohammed El Baqer. Elle souligne ainsi : « la libération de M. Fattah, qui court un grave danger en raison de sa grève de la faim, ainsi que celle d'autres prisonniers politiques, serait un signe important que l'Égypte prend cette responsabilité au sérieux »

Le nouveau Premier ministre du Royaume-Uni a aussi assuré qu'il évoquerait le cas d’Alaa Abdel Fattah, citoyen britannique par sa mère. Les sœurs du militant ont confirmé ce dimanche 6 novembre que Rishi Sunak comptait aborder la question avec le gouvernement égyptien. Ce dernier a affirmé que Alaa Abdel Fattah « reste une priorité pour le gouvernement britannique, comme défenseur des droits humains et comme ressortissant britannique ».
Rishi Sunak a souligné, dans une lettre adressée à la sœur de l’activiste, que « la participation du Royaume-Uni à la COP27 est une nouvelle opportunité pour soulever le cas de votre frère auprès des autorités égyptiennes ». Il a ajouté être « totalement engagé pour résoudre » cette affaire.

Un peu plus tôt, Antony Blinken, le chef de la diplomatie américaine a également abordé le sujet. Jeudi 3 novembre, lors d’un coup de fil au gouvernement égyptien, le secrétaire d’État « s'est dit en faveur de nouvelles grâces et remises en liberté » de prisonniers politiques. Selon les informations rendues publiques, le cas d’Alaa Abdel Fattah n’a toutefois pas été spécifiquement abordé, et les États-Unis ont même parlé de « progrès tangibles dans le domaine des droits humains ».

« Quel est le futur négocié à la COP ? »

Seize lauréats et lauréates du prix Nobel ont écrit cette semaine aux organisateurs de la COP27 en Égypte pour réclamer la libération d'Alaa Abdel Fattah, et d’autres prisonniers. Ils y insistent sur l’incohérence de défendre le climat en sacrifiant les droits humains : « Si la COP27 se termine sans que personne n'ait osé parler de peur d'énerver la présidence (égyptienne) de la COP, alors quel est le futur qui y est négocié ? ».
Des organisations comme Human Rights Watch (HRW) ou Amnesty International profite aussi de l’attention mondiale offerte par la conférence sur le climat pour alerter sur la situation des détenus en Égypte. Par exemple, HRW a dénoncé l’arrestation de militants en amont de la COP, qui avaient appelé à organiser des manifestations contre le gouvernement. Des ONG égyptiennes s’étaient déjà prononcées contre « ces détentions arbitraires », ainsi que l'augmentation de la surveillance et de la répression. 
 
Selon les organisations de droits humains, plus de 60 000 détenus politiques sont emprisonnés en Égypte.