Afrique

Qui est Viktor Bout, le trafiquant d'armes russe qui opérait depuis l'Afrique ?

Viktor Bout, le trafiquant d'armes russe en 2010, lors de son extradition entre la Thailande et lesÉtats-Unis.
Viktor Bout, le trafiquant d'armes russe en 2010, lors de son extradition entre la Thailande et lesÉtats-Unis.
AP Photo/Apichart Weerawong

Viktor Bout, le marchand de mort. Ce nom a incarné deux décennies durant le trafic international d'armes né du chaos de la chute de l'URSS. L'homme a longtemps sévi en Afrique notamment au Libéria. Cette carrière inspira Hollywood. Les États-Unis le condamneront à 25 ans de prison. Il a été libéré en échange de la basketteuse américaine Brittney Griner.

Ce jeudi 7 décembre, après de longues tractations, Washington a accepté de remettre à Moscou cet homme de 55 ans, arrêté en 2008 lors d'une opération américaine en Thaïlande, en échange de la basketteuse Brittney Griner, détenue en Russie depuis des mois pour une affaire de cannabis.

Condamné en 2012 à 25 ans de prison, ce moustachu charismatique faisait l'objet de négociations depuis des années entre Moscou et Washington.

Il a su saisir la chance présentée par trois facteurs nés de l'effondrement de l'Union soviétique: des avions abandonnés sur des pistes entre Moscou et Kiev (...), d'énormes stocks d'armes gardés par des soldats que personne ne payait, et l'explosion de la demande en armes.Douglas Farah, journaliste américain.

Né, selon un rapport des Nations unies, à Douchanbé, capitale de l'ex-république soviétique du Tadjikistan, Viktor Bout étudie à l'Institut militaire des langues étrangères de Moscou, avant d'entrer dans l'armée de l'Air.

Il a su dès 1991 et la chute de l'URSS, selon ses accusateurs, profiter du chaos post-soviétique pour acquérir à bas prix quantité d'armements sur des bases militaires livrées à elles-mêmes et auprès d'officiers en quête de moyens de s'enrichir ou simplement de subsister.

Autre coup de génie, il a constitué sa propre flotte d'avions cargo pour livrer ses cargaisons à travers le monde.

Seigneur de guerre

Le journaliste américain Douglas Farah, co-auteur en 2008 du livre-enquête "Merchant of Death" ("Marchand de Mort"), décrit Viktor Bout comme "un officier soviétique qui a su saisir la chance présentée par trois facteurs nés de l'effondrement de l'Union soviétique: des avions abandonnés sur des pistes entre Moscou et Kiev (...), d'énormes stocks d'armes gardés par des soldats que personne ne payait, et l'explosion de la demande en armes".
 

Les enquêteurs de l'ONU, dans un "Portrait de Viktor Bout" publié en décembre 2000, indiquent que ce qui allait devenir le coeur de son empire, la société d'affrêtement aérien Air Cess, apparaît à Monrovia (Libéria) en 1996.

Des avions cargo pour livrer des armes depuis l'Afrique

À partir de là il ne va cesser, grâce à un efficace réseau de collaborateurs, de modifier les immatriculations, les enregistrements et les plans de vols de ses avions. Il opère depuis l'Afrique, mais aussi ensuite depuis le port belge d'Ostende puis les Emirats arabes unis, où il réside en famille pendant des années.

Ses avions-cargos sont repérés sur des pistes d'envols plus ou moins officielles en Afrique, en Afghanistan, en Amérique du Sud, dans des pays d'ex-Union soviétique.

Il entre dans la culture populaire américaine en 2005, lorsque sort le film "Lord of War" ("Seigneur de Guerre"), inspiré de sa vie, et dans lequel Nicholas Cage joue le trafiquant d'armes Yuri Orlov, pourchassé par Interpol.

En Russie, certains estiment que Washington exagère ces faits d'armes pour en faire un épouvantail et diaboliser Moscou.

"Le mythe créé sur Bout par les Etats-Unis est indécemment primitif : un mauvais gars russe vendait illégalement des armes et essayait de nuire à l'Amérique, mais les bons gars américains y ont mis fin", écrit le journaliste russe Alexandre Gassiouk dans son livre paru en 2021 pour raconter "la vraie histoire" du "Marchand de mort".

Pour l'épouse de Viktor Bout, Alla, son mari est un "homme d'affaires honnête et un grand patriote de son pays, condamné pour des crimes qu'il n'a pas commis", a-t-elle écrit dans la préface de l'ouvrage d'Alexandre Gassiouk.

Arrêté en Thailande en 2008

Ancien traducteur et radio de l'armée de l'air soviétique, soupçonné par certains d'avoir été membre des services de renseignement militaires, Viktor Bout a été arrêté en Thaïlande en 2008, piégé par des agents américains.

Selon l'accusation, il a accepté de vendre un arsenal de fusils et de missiles à ces agents secrets se faisant passer pour des guérilleros des Forces armées révolutionnaires de Colombie qui disaient vouloir utiliser ces armes pour abattre des hélicoptères américains aidant l'armée colombienne.

En 2010, il sera extradé de Thaïlande dans un jet spécialement affrété par les Etats-Unis pour être jugé.

Reconnu coupable en novembre 2011 de trafic d'armes, il a été condamné en avril 2012 à New York à 25 ans de prison.

"Je ne suis pas coupable, je n'ai jamais eu l'intention de tuer qui que ce soit, je n'ai jamais eu l'intention de vendre des armes à qui que ce soit, Dieu sait la vérité", lancera-t-il avant l'énoncé du verdict. Le ministère russe des Affaires étrangères promettra alors de tout faire pour obtenir son retour en Russie, qualifiant le verdict de "politique".

Moscou n'a eu de cesse depuis de fustiger son incarcération, signe, pour certains observateurs, que M. Bout a pu agir avec le consentement au moins tacite de responsables russes.