Afrique

RD Congo : Kinshasa ne veut plus intégrer d’anciens rebelles dans son armée

Les troupes congolaises défilent lors d'une cérémonie officielle le jour de la commémoration de l'indépendance de la RDC. Kinshasa, 30 juin 2014.
Les troupes congolaises défilent lors d'une cérémonie officielle le jour de la commémoration de l'indépendance de la RDC. Kinshasa, 30 juin 2014.
AP/John Bompengo

Il y a vingt ans, l’enrôlement d’anciens rebelles dans les rangs de l’armée nationale était présenté comme une manière de régler les conflits. Cette mesure est maintenant perçue comme une erreur à ne pas reproduire. Dans le viseur de Kinshasa : l’émergence du groupe de rebelles du M23, qui mène une violente offensive dans l'est du pays.

L'idée du "brassage" de forces antagonistes ne date pas d’hier. Elle est née de l'accord conclu en 2003 à Sun City (Afrique du Sud), lui-même trouvé après de longues négociations destinées à mettre fin à la guerre de 1998-2003 en RDC.

Après celle de 1996-1997, ce conflit avait failli faire imploser cet immense pays aux richesses convoitées. Depuis, il n'y a officiellement plus de "guerre" en RDC. Mais sa partie orientale reste en proie aux violences de multiples groupes armés, locaux ou étrangers. 
 
Ce serait une erreur historique d'intégrer les M23 ou autres groupes dans l'armée.Juvénal Munubo, député congolais et membre de la commission défense et sécurité à l'Assemblée nationale

Une armée “infiltrée” et affaiblie par la rébellion

Jusqu'en 2013, à chaque reddition, les miliciens étaient intégrés dans l'armée, leurs chefs obtenant des grades d'officiers dans les grandes unités. L'objectif était la construction d'une armée nationale. Mais cette pratique a en fait affaibli l'armée et les autorités ont décidé d'y mettre fin.

"Quand on parle de brassage, mixage, démobilisation, réinsertion, ça s'est fait dans une sorte de bric-à-brac qui ne peut pas produire une force cohérente", analyse pour l'AFP le professeur Jacques Djoli, spécialiste congolais des questions sécuritaires.

Le "brassage" n'a pas apporté la stabilité recherchée, mais l'armée a au contraire été "infiltrée". D'ex-rebelles "brassés" ont fomenté d'autres rébellions, notamment celle du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP). C'est un mouvement politico-militaire issu d'un ex-mouvement rebelle, le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD), soutenu par le Rwanda et ancêtre du M23, explique le professeur. C'est "un échec", conclut-il.  
 
En République démocratique du Congo, des jeunes volontaires sont formés par des militaires congolais. Ils s'entraînent à Goma, dans l'est du pays, et devront bientôt affronter les rebelles du M23.  7 novembre 2022. 
En République démocratique du Congo, des jeunes volontaires sont formés par des militaires congolais. Ils s'entraînent à Goma, dans l'est du pays, et devront bientôt affronter les rebelles du M23.  7 novembre 2022. 
AP/Moses Sawasawa

“Une erreur historique”

"Ces brassages n'ont pas permis de construire une armée républicaine, avec une unité de commandement", confirme le député Juvénal Munubo, membre de la commission défense et sécurité à l'Assemblée nationale, pour qui toute négociation directe avec la rébellion du M23 doit être exclue. 

Le M23 "risque de nous sortir des revendications politiques, de chercher à occuper des postes au sein du gouvernement" comme par le passé, estime Juvénal Munubo. 

"Ce serait une erreur historique d'intégrer les M23 ou autres groupes dans l'armée", met en garde l'élu de Walikale, dans le Nord-Kivu. Pour lui, la seule possibilité pour les ex-rebelles est "d'adhérer au processus DDR", le programme de désarmement, démobilisation et réinsertion dans la vie civile.
 
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À l’origine d’une tentative de coup d’État contre le président Tshisekedi

Cette année, plusieurs chefs de l'armée, dont au moins trois généraux expérimentés, ont été emprisonnés, accusés de haute trahison ou tentative de coup d'État contre le président Félix Tshisekedi.

D'autres responsables sécuritaires ont été soupçonnés de connivence avec le Rwanda, accusé par Kinshasa de soutenir le M23. Ancien opposant, Félix Tshisekedi est arrivé au pouvoir début 2019 après une présidentielle controversée, succédant à Joseph Kabila, un ancien général-major.
 
Qu’est-ce que le M23 ? 
- Le M23, pour "Mouvement du 23 mars", est une ancienne rébellion tutsi qui avait brièvement occupé Goma fin 2012, avant d'être vaincue l'année suivante. 

- Le mouvement a repris les armes en fin d'année dernière. Les rebelles reprochaient alors à Kinshasa de ne pas avoir respecté les engagements de 2013. Des engagements qui portaient notamment sur le rapatriement de ses combattants, depuis l'Ouganda et le Rwanda où ils avaient trouvé refuge, en vue de leur réinsertion.

- En octobre dernier, les combats se sont intensifiés entre les rebelles et l’armée congolaise. Le M23 étend son territoire dans la province du Nord-Kivu.  Mercredi 23 novembre à l'issue d'un mini-sommet à Luanda, le M23 doit cesser le feu. Il doit ensuite se retirer des zones qu'il occupe, faute de quoi la force régionale en cours de déploiement dans l'est de la RDC les obligera "à se soumettre", selon le texte adopté.

(Re)lire : Kigali et Kinshasa décrètent un cessez-le feu dans l'est de la RDC

L’armée congolaise en difficulté 

En sous-effectif, mal équipée, minée par des luttes internes, l'armée congolaise peine à stopper, jusqu'à présent, l'avancée des rebelles. Cette armée a connu son heure de gloire pendant la décennie 78-88, du temps de Mobutu, selon le professeur Djoli. Elle a perdu en efficacité à cause du brassage, mais aussi par manque de formation, notamment d'unités spéciales, de troupes aéroportées, etc, analyse une source sécuritaire.
 
Nous allons continuer à travailler pour renforcer nos forces armées.Patrick Muyaya, porte-parole du gouvernement congolais
Appelant au sursaut patriotique face au M23, le président Tshisekedi a demandé aux jeunes de s'enrôler massivement dans l'armée. Des milliers ont répondu à l'appel et doivent maintenant être formés dans les règles de l'art. 
 
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Pour qu'ils soient "prêts à aller au front", il faut "six à neuf mois de préparation", a estimé le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya.  "Reconstruire une armée est une activité qui prend beaucoup de temps", a-t-il dit, "une tâche ardue et budgétivore". Mais "nous allons continuer à travailler pour renforcer nos forces armées", a-t-il promis.