RD Congo : Paris condamne le soutien de Kigali aux rebelles du M23

Pour la première fois, la France a dénoncé le soutien apporté par le Rwanda aux rebelles du M23, actifs à l’est du pays. Ces déclarations sont saluées par Kinshasa, qui demande des sanctions à l’encontre du régime de Paul Kagame. Le Rwanda continue de nier en bloc toutes les accusations. 

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rdc rwanda civils chassés rebelles m23
Des civils déplacés en raison des combats menés par les rebelles du M23 dans l'est de la République démocratique du Congo. Goma, 25  novembre 2022
AP/Jérôme Delay
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C’est une première qui fait date. En marge d’une visite en République démocratique du Congo, la France a pris position au sujet du rôle joué par le Rwanda auprès des rebelles du M23, par la voix de la secrétaire d'État chargée du Développement, de la Francophonie et des Partenariats internationaux, auprès de la ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, Chrysoula Zacharopoulou. "La France condamne le soutien apporté par le Rwanda" au M23, a notamment déclaré la secrétaire d'Etat lors de ce déplacement à Kinshasa.

"Le Rwanda doit cesser son soutien au M23” 

"Le Rwanda, car il faut le nommer, doit cesser son soutien au M23. Il faut en finir avec la répétition de l'histoire dans cette région", a encore lancé  Chrysoula Zacharopoulou. Selon Paris, "le M23 doit cesser les combats, se désengager et rendre les territoires occupés". 
On ne bâtira pas de paix durable sans le RwandaChrysoula Zacharopoulou, secrétaire d'État française chargée du Développement, de la Francophonie et des Partenariats internationaux
Toujours dans cette déclaration, Chrysoula Zacharopoulou a indiqué que la France pouvait œuvrer pour ramener la paix en RDC. "Le rôle d'un ami, ce n'est pas seulement de dénoncer, c'est aussi d'aider à trouver une solution. C'est ce que nous faisons en parlant à tout le monde", avance-t-elle. "En parlant à la RDC, en parlant avec la région", en soutenant "la médiation de l'Angola et celle du Kenya", et "en parlant enfin au Rwanda, car on ne bâtira pas de paix durable sans le Rwanda", a estimé la secrétaire d'État. "La relation que nous avons reconstruite avec Kigali, nous la mettons au service de la paix", a-t-elle conclu.
 

Quelles sont les relations entre Paris et Kigali ? 


- Les relations entre Paris et Kigali ont longtemps été difficiles, nourries par les controverses autour de l'attitude de la France face au génocide des Tutsi de 1994 au Rwanda. 

- La reconnaissance en 2021 de "responsabilités" françaises par le président français Emmanuel Macron est venue apaiser les tensions entre Paris et Kigali.

- En mai 2021, le président rwandais Paul Kagame s’est même déplacé officiellement en France. Une visite historique, au cours de laquelle les dirigeants ont pu échanger au sujet des relations entre les deux pays.  Selon le chef de l'État rwandais, la France et le Rwanda avaient désormais "l’opportunité, et de bonnes bases sur lesquelles créer une bonne relation."
kagame macron paris 17 mai 2021
Paul Kagame, le président rwandais (gauche) et Emmanuel Macron, président français (droite). Les deux dirigeants se sont rencontrés à Paris, en France, le 17 mai 2021.
AP/Thibault Camus

Une condamnation saluée unanimement à Kinshasa 

Depuis le début des attaques menées par le M23 à l’est du pays, la République démocratique du Congo accuse le Rwanda de financer et de soutenir les rebelles. Récemment, lors des négociations menées par les dirigeants mondiaux dans le cadre de la COP15 au Canada, Kinshasa a refusé de prendre part aux accords qui incluaient le Rwanda. “À un pays responsable de la destruction de l’environnement, le monde lui confie la facilitation des négociations dans le mécanisme mis en place du fonds pour la protection de la biodiversité. C’est un non-sens ! Quel est le message envoyé ? Nous appelons à ce que cet état de choses change !” a notamment dénoncé la vice-Premier ministre de la RDC et ministre de l'Environnement Eve Bazaiba à la tribune de la COP15. 
 
Avec cette prise de position claire de la France, l’isolement diplomatique du Rwanda continue.
Patrick Muyaya, porte-parole du gouvernement congolais. 
La condamnation de la France pour le rôle joué par le Rwanda auprès des rebelles a été immédiatement saluée par le pouvoir congolais. “La machine de la manipulation, du mensonge ne sera jamais plus puissante que celle de la pure et simple vérité. Avec cette prise de position claire de la France, l’isolement diplomatique du Rwanda continue” a salué Patrick Muyaya, le porte-parole du gouvernement congolais. 

Du côté de l’opposition, Martin Fayulu, figure politique et opposant notoire au président Félix Tshisekedi, a salué la prise de position de Paris. “Nous apprécions la condamnation sans ambage du Rwanda par la France. Mais pour s’engager résolument vers la paix, les Congolais attendent aussi des sanctions exemplaires contre le régime de M. Paul Kagame, auteur principal de la déstabilisation de la RDC”, a-t-il commenté sur les réseaux sociaux.

Kigali nie soutenir les rebelles et charge la RDC

Pour l’heure, le Rwanda n’a pas encore réagi aux accusations de la France. Le M23 a repris les armes en novembre 2021, après plusieurs années de sommeil. Depuis cette date, Kinshasa accuse Kigali de soutenir ces rebelles majoritairement tutsi. Des experts de l'ONU ont confirmé cet appui, à la fois logistique et financier. Avant Paris, des accusations similaires à l’encontre du Rwanda ont été faites par les Etats-Unis et la Belgique. 

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Kigali, de son côté, conteste tout soutien aux rebelles. Paul Kagame, le président rwandais a rejeté tout lien avec les actions du groupe. "Je ne peux pas être tenu pour responsable de Congolais d'origine rwandaise à qui l'on nie leurs droits", a-t-il dit en marge du Sommet des dirigeants États-Unis-Afrique organisé à Washington mi-décembre. Selon le dirigeant rwandais, "le problème n'a pas été créé par le Rwanda, et n'est pas le problème du Rwanda. C'est le problème du Congo".

Quel rôle du Rwanda à l'égard de rébellions en RDC ?

Fin novembre, le président rwandais Paul Kagame s'est même joint aux appels demandant aux rebelles du M23 en République démocratique du Congo de mettre fin aux combats et à se retirer des territoires qu'ils occupent. Le régime de Paul Kagame accuse en retour Kinshasa de collusion avec les FDLR. Défendant les intérêts des réfugiés hutu rwandais, ces rebelles sont implantés à l'est de la RD Congo après le génocide des Tutsi en 1994 au Rwanda. 
 
L’accusation à l’égard du Rwanda de vouloir conserver une emprise sur le Congo n’a jamais véritablement cessé. Pierre Boisselet, ancien journaliste et spécialiste de l'Afrique des Grands lacs
Selon l’auteur et spécialiste de l'Afrique des Grands lacs Pierre Boisselet, ces accusations se fondent sur le passé du Rwanda vis-à-vis des mouvements rebelles. Plusieurs rébellions dans cette zone ont été par le passé soutenues par Kigali. En plus du M23, l’expert rappelle que le RCD-Goma (le Rassemblement Congolais pour la Démocratie) et le CNDP (le Congrès national pour la défense du peuple) ont pu bénéficier de l’appui de Kigali. "L’accusation à l’égard du Rwanda de vouloir conserver une emprise sur le Congo n’a jamais véritablement cessé", a-t-il notamment observé.