RD Congo : quelles sont les forces armées qui luttent contre le M23 ?

Depuis plus d’un an, la milice du M23 multiplie les attaques dans le nord de la RDC, et notamment dans la région du Nord-Kivu. Pour lutter contre la propagation des rebelles, plusieurs forces régionales africaines et des groupes armés se mobilisent. Tour d’horizon des principaux acteurs dans ce conflit. 
 
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LUTTE CONTRE LE M23 EN RDC
Des rebelles du M23 debout avec leurs armes durant une cérémonie officielle de retrait qui s'est tenue à Kibumba, en République démocratique du Congo, le 23 décembre 2022.
AP/Moses Sawasawa
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Rébellion majoritairement tutsi vaincue en 2013, le M23 ("Mouvement du 23 mars") a repris les armes fin 2021. Depuis leur retour, les rebelles accusent Kinshasa de ne pas avoir respecté des engagements pris dans les années 2010 sur la démobilisation de ses combattants.

Le groupe de miliciens a été impliqué dans des dizaines d’attaques et massacres perpétrées ces derniers mois à l’encontre des populations civiles. Le plus sanglant d’entre eux est probablement le massacre commis le 29 novembre à une trentaine de km au nord de Bwiza, dans le village de Kishishe. Selon l'ONU, au moins 131 civils ont été tués par le M23 en représailles d'affrontements avec des groupes armés.
 
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La force régionale de l'Afrique de l'est

Pour tenter de lutter contre le M23 en République démocratique du Congo, plusieurs initiatives sont en cours sur le continent. À commencer par la Force régionale de l’Afrique de l’est (EAC), dirigée par l’ancien président du Kenya Uhuru Kenyatta. Fondée au début des années 2000, elle mène aujourd’hui des initiatives diplomatiques pour tenter de mettre fin au conflit. Elle est composée de sept pays est-africains, à savoir le Burundi, le Kenya, l’Ouganda, la Tanzanie, le Rwanda, le Soudan du sud ainsi que la République démocratique du Congo depuis le 8 avril 2022.

Cette alliance prévoit notamment l’envoi de militaires en RDC pour lutter contre le M23. Fin décembre, le Soudan du Sud a annoncé à ce titre qu’il allait envoyer 750 soldats dans l'est du pays. Mais l’effectif total de cette force régionale est-africaine, une fois toutes les troupes déployées, reste inconnu.

L’an passé, l’EAC a notamment permis le retrait partiel du M23 suite aux décisions à la tenue d’un sommet le 23 novembre à Luanda. Les États avaient demandé un cessez-le-feu et le départ des rebelles des zones conquises depuis un an.
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Des groupes armés contre le M23 

Dans un rapport publié en octobre, l'ONG de défense des droits humains Human Rights Watch affirmait que des unités de l'armée congolaise avaient collaboré dans la lutte contre le M23 avec des groupes armés, dont certains responsables d'exactions. Parmi eux figuraient les FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda), groupe principalement hutu constitué par certains responsables du génocide des Tutsi rwandais en 1994.

Dans la province du Nord-Kivu, une coalition des groupes armés congolais actifs dans cette région troublée affirme elle aussi se battre contre les rebelles du M23.  Elle rassemble plusieurs groupes armés, à savoir CMC, APCLS, ANCDH, NDCR, FPP et autres. 

"Nous avons pris les armes pour défendre l'intégrité territoriale de notre pays et jamais on acceptera d'être des esclaves" dans notre propre pays, avait déclaré à nos confrères de l'AFP le 29 décembre dernier Jules Mulumba, porte-parole de cette coalition. "La localité de Bwiza est contrôlée par les rebelles du M23 pour le moment mais ils ne vont pas y rester longtemps, nous allons les déloger", avait commenté début janvier Héritier Ndagendange, porte-parole d'un de ces groupes qui se qualifient de "résistants patriotiques" face à la progression rebelle.
 
Nous avons mis nos forces ensemble pour combattre l'agresseur.Janvier Karairi, chef de la milice Alliance des patriotes pour un Congo libre et souverain (APCLS)
Le lieutenant-général autoproclamé Janvier Karairi abonde. Il est le chef de la milice Alliance des patriotes pour un Congo libre et souverain (APCLS),  "Nous avons mis nos forces ensemble pour combattre l'agresseur", a expliqué en décembre cet homme de 60 ans dont plus de 25 de maquis. "Nous continuons à protéger la population", assure-t-il.
Le Rwanda, allié ou ennemi ? 

- Depuis 2021, le M23 a conquis de vastes pans du territoire du Nord-Kivu, province congolaise frontalière du Rwanda. La  résurgence des rebelles du M23 a ravivé les tensions historiques entre les deux pays. 

- Kinshasa accuse ouvertement Kigali de soutenir le M23 et de combattre avec lui. Kigali dément. Le régime de Paul Kagame accuse de son côté l'armée congolaise de collusion avec une rébellion hutu rwandaise implantée dans l'est de la RDC depuis le génocide tutsi de 1994 au Rwanda.

- L’an passé, un rapport de l’ONU a pointé la responsabilité du Rwanda dans les massacres du M23. Entre-temps, plusieurs chancelleries occidentales, à savoir la France, la Belgique ou encore les États-Unis ainsi que l'Union européenne, ont demandé à Kigali d’arrêter son soutien aux rebelles du M23.

L'armée régulière congolaise

Pour l’heure, l’armée congolaise assure qu'elle ne combat pas aux côtés de ces milices, ce qu'affirme aussi l'APCLS. "Nous ne collaborons pas avec les FARDC" (forces armées congolaises), affirmait en décembre son porte-parole Janvier Karairi. 

Fin décembre dernier, les autorités congolaises ont évoqué la possibilité d'instaurer "un service militaire obligatoire. Le ministre congolais de la Défense, Gilbert Kabanda, a notamment évoqué la possibilité d'instaurer cette mesure qui pourrait se faire sous la forme d'un accord "contractuel de 5, 10 ans". Objectif : enrôler suffisamment d'hommes pour répondre à l'offensive de la rébellion du M23 dans un territoire de l'est du pays. Selon le centre de recherche International Institute for Strategic Studies, les forces armées congolaises comptaient 134.000 personnels actifs en 2019.
 
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Selon Kinshasa, cette nouvelle politique de défense inclut aussi l'instauration d'une industrie militaire, la création d'une armée de réserve, l'instauration d'une école de cadets, la mise en place d'une armée capable de lutter contre la cybercriminalité et la criminalité (trans)frontalière.