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Présidentielle en RDC : 19 prétendants et trois candidats favoris à la succession de Kabila

(c) TV5MONDE

Campagne suspendue à Kinshasa pour tous les candidats pour "raisons sécuritaires". C'est ce qu'a annoncé, mercredi 19 décembre, à la mi-journée, le gouverneur de Kinshasa par communiqué. Seul reste autorisé le recours aux médias. Le scrutin doit toujours avoir lieu ce dimanche. Sur les 19 candidats en lice, trois favoris ressortent d’ores et déjà : Emmanuel Ramazani Shadary, Félix Tshisekedi et Martin Fayulu. Portraits et programmes. 

Emmanuel Ramazani Shadary

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C’est le dauphin, le successeur désigné de Joseph Kabila. Cet homme de confiance est né dans la même province que la mère du président, dans l’Est du pays, le Maniema. Un détail loin d’être anodin, tant Joseph Kabila cultive la méfiance à l’égard de tout le monde.

A 57 ans, Shadary possède un parcours politique déjà bien fourni. Ancien gouverneur du Maniema sous Kabila père, il a été plusieurs fois député de la circonscription de Kabambare. Avant l'avènement des Kabila, Shadary a été longtemps cadre du parti d’opposition UDPS d’Etienne Tshisekedi, et a été un membre actif de la société civile dans sa région.

Depuis les choses semblent avoir bien changé, à l’Assemblée il est devenu président du groupe parlementaire PPRD (Parti du peuple pour la reconstruction démocratique), le parti de Kabila, et coordonnateur de la majorité Parlementaire à la chambre basse. Au gouvernement, a été ministre de l’Intérieur. Une fonction dans laquelle il s’est taillé une réputation d’homme dur en réprimant violemment les mouvements protestataires de janvier-février 2017.
Une répression qui lui vaut de faire partie de la liste des personnalités congolaises frappées par des sanctions de l’Union européenne pour violation des droits de l’homme.

Avec Ramazani Shadary, c’est donc la continuité annoncée du « Kabilisme ». Preuve en est c’est Lambert Mende, fidèle porte-parole du gouvernement qui a annoncé sa candidature, et lors de son premier meeting à Kinshasa le 27 octobre dernier, les grandes figures du gouvernement étaient à ses côtés. Et pour gagner il pourra, compter sur la machine à voter : le Front Commun pour le Congo (FCC), la grande coalition mise sur pied par le pouvoir.

Mais Emmanuel Ramazani Shadary promet déjà dans son programme le changement dans la continuité : « Moi président, je veillerai à ce que toute sorte de violation des règles, dont le clientélisme, l’abus de pouvoir, l’impunité, la corruption, la fraude perpétrée à tous les niveaux par des personnes physiques ou morales, étrangères et congolaises, soient strictement sanctionnées ». Pas sûr que le clan Kabila lui laisse autant de marge de manœuvres.
 
Les clés du programme Shadary 
Dans son programme d’une quarantaine de pages, le candidat du pouvoir s’appuie tout logiquement sur les 17 ans de règne de Kabila.
Il promet de renforcer l’autorité de l’Etat, diversification de l’économie et garantie de l’emploi, lutte contre la pauvreté et garantie de l’accès aux services publics. Et surtout  « démontrer l’importance géostratégique de la RDC ».

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Félix Tshisekedi

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Lui aussi est un héritier de la politique congolaise, puisque son père n’est autre qu’Etienne Tshisekedi, figure historique de l’opposition depuis l'époque Mobutu, décédé en 2017.

Félix a donc hérité de la présidence du parti de son père l’UDPS (Union pour la démocratie et le progrès social) en 2016 et surtout de son « aura » qui lui offre une force électorale indéniable, fortement ancrée à Kinshasa, au Kasaï et dans l’ancien bas-congo (ouest du pays).

Elu député de Mbuji-Mayi dans le Kasaï en 2011, Félix Tshisekedi a passé une grande partie de sa vie à Bruxelles, loin de la RD Congo, dans l'ombre de son père.
En 2017, après les manifestations anti-kabila, les accords de la Saint-Sylvestre du 31 décembre 2016 en font un potentiel Premier ministre du gouvernement Kabila, mais c’est finalement Bruno Tshibala qui sera nommé.

Pour la présidentielle, la déception se repète pour Tshisekedi fils. Il n’est pas le candidat choisi par l’opposition congolaise unifiée pendant un temps.  Il décide donc de faire le chemin vers la présidentielle seul avec l’UDPS, ou presque, puisqu’il propose un « ticket gagnant » à l’américaine pourrait-on dire, en s’alliant à Vital Kamerhe, autre figure de l’opposition. L’ancien président de l’Assemblée nationale est désormais son directeur de campagne, comme il l’a été en 2006 pour Joseph Kabila, ce qui en agace certains, qui y voient un « sous-marin » du pouvoir actuel.

En tandem, ils vont donc chercher à contrer la machine FCC de Shadary et faire fonctionner la « transition démocratique » à plein.
 
Les clés du programme Tshisekedi
Le duo Tshisekedi/Kamerhe propose un projet de société, pour transformer la RDC intitulé « vaincre la pauvreté ». "Avec moi comme président de la République, l'enseignement sera gratuit, moi comme président de la République, la santé sera gratuite"  martèle à chaque meeting Félix Tshisekedi. Il compte aussi, comme d’autres candidats « restaurer la paix dans l’est du pays » en luttant contre les dizaines de groupes armés qui déstabilisent la région. « Une fois élu président, j’installerai l’état-major à Goma, afin de terminer le problème de l’insécurité ».

Martin Fayulu

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C’est le candidat, cette fois-ci désigné, de l’opposition. Ancien cadre de la société pétrolière Exxon Mobile, il est à l’origine de la mobilisation du Rassemblement de l’opposition (Rassop), et placé à la tête de l’unification, désormais avortée, de l’opposition : Lamuka « réveille toi », qui s’est très vite endormi avec les départs de Félix Tshisékédi et Vital Kamerhe.

Qu’à cela ne tienne,  Martin Fayulu peut compter sur des soutiens de poids venus de Moïse Katumbi, l’homme d’affaires, maître de Lubumbashi, ex-gouverneur du Katanga, président de l’influent club de football « Tout puissant Mazembe » et interdit d’entrée sur le territoire congolais par le pouvoir, tant son pouvoir de nuisance et sa puissance financière font peur au clan kabila.

Fayulu est aussi soutenu par Jean-Pierre Bemba, le charismatique ancien vice-président de Kabila fils, fondateur du Mouvement de Libération du Congo, est récemment acquitté par la Cour pénale internationale pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

Mais Martin Fayulu fait figure d’ « outsider ». Sa carrière, il la démarre dès les années 90 en devenant membre du Haut Conseil de la République du parlement de transition en 1993 et d’occuper différents postes au sein de la machine parlementaire. Il arrive sur le devant de la scène politique seulement en 2009 lorsqu’il participe à la fondation du parti ECIDé, engagement pour la citoyenneté et le développement, dont il devient le président. En 2011 il est alors élu député national.

C’est peut-être de lui que viendra la rupture : le candidat Lamuka dresse un bilan très sombre des années Kabila « vous avez beaucoup souffert  (…) tout ça je dois l’arrêter » a -t-il lancé à Goma le 6 décembre dernier.
 
Les clés du programme Fayulu :
« Investir dans le citoyen pour développer la RDC » c’est comme cela que le programme est intitulé. Il repose sur 6 piliers : social-libéralisme, bonne citoyenneté, pacte de développement, gouvernance intègre, réconciliation et la règle du gagnant-gagnant. Là aussi, des promesses aux actes, le chemin semble long. 
Lui aussi veut déménager le camp Kokolo de Kinshasa, à Beni pour y installer « une force spéciale d’intervention militaire d’élite » et sécuriser la région face aux groupes armés.