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RDC : début de l'enquête sur la mort de l'ambassadeur italien, sa veuve dénonce une trahison

Zakia Seddiki, la veuve de l'ambassadeur italien en RDC, Luca Attanasio, tient l'un de ses enfants dans ses bras lors des funérailles d'Etat de son mari, le jeudi 25 février 2021 à Rome.<br />
AP Photo/Andrew Medichini 
Zakia Seddiki, la veuve de l'ambassadeur italien en RDC, Luca Attanasio, tient l'un de ses enfants dans ses bras lors des funérailles d'Etat de son mari, le jeudi 25 février 2021 à Rome.
AP Photo/Andrew Medichini 

La veuve de Luca Attanasio, l'ambassadeur italien tué dans une embuscade dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), a évoqué "la trahison" d'un proche.  Ce dernier connaissait supposément les faits et gestes du diplomate lors de son déplacement dans un convoi du Programme Alimentaire Mondial. 

 

Luca Attanasio, 43 ans, circulait lundi 22 février dans la province du Nord-Kivu (Est), près de la frontière avec le Rwanda, à bord d'un convoi du Programme alimentaire mondial (PAM), lorsque celui-ci a été pris dans une embuscade.

L'ambassadeur, son garde du corps italien, le carabinier Vittorio Iacovacci, 30 ans, et un chauffeur congolais du PAM, Mustafa Baguma Milambo, 56 ans, ont été tués par balles.


Luca a été trahi par quelqu'un qui nous est proche, proche de notre famille. 

Zakia Seddiki, veuve de Luca Attanasio

Pour sa veuve, Zakia Seddiki, "Luca a été trahi par quelqu'un qui nous est proche, proche de notre famille". "Quelqu'un qui connaissait ses déplacements a parlé, l'a vendu et l'a trahi", a-t-elle ajouté, sans plus de précisions.

Les circonstances de la fusillade devront être éclaircies par les enquêtes du PAM et de l'ONU à qui le chef de la diplomatie italienne, Luigi Di Maio, a demandé "le plus rapidement possible, des réponses claires et exhaustives". Le parquet de Rome a ouvert de son côté une enquête pour "séquestration de personnes à des fins terroristes", selon la presse italienne.

Regarder : Mort de Luca Attanasio en RDC, humanitaires et enquêteurs gouvernementaux veulent collaborer dans l'enquête :

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Le Nord-Kivu est considéré comme une des zones les plus dangereuses de la RDC, à la lisière du parc national des Virunga. Toutefois, selon des responsables humanitaires, la route sur laquelle circulait le convoi ne nécessitait pas d'escorte. 

Regarder : Mort de l'ambassadeur italien en RDC : le Kivu, une région gangrénée par les groupes armés

Ces affirmations semblent cependant insuffisantes pour Rome qui veut comprendre comment un diplomate pouvait se trouver dans une zone dangereuse sans une protection adaptée.

"Nous attendons de l'agence un rapport approfondi sur tout élément utile au programme de la visite et aux mesures de sécurité adoptées pour protéger la délégation", a insisté M. Di Maio.

Si, selon lui, l'ambassadeur pouvait décider seul des modalités de ses déplacements dans le pays, l'organisation de ce voyage dans l'est de la RDC était de l'entière responsabilité du PAM.

"La mission s'est déroulée à l'invitation des Nations Unies. Donc le parcours en voiture s'est également déroulé dans le cadre de l'organisation prévue par le PAM", a assuré le ministre.

Les autorités congolaises accusent les rebelles hutus rwandais des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), installées dans l'Est de la RDC, mais celles-ci on nié toute implication. Selon les autorités congolaises et italiennes, l'attaque s'est produite à trois kilomètres de la commune de Kiwanja, où Luca Attanasio et des fonctionnaires du PAM devaient visiter une école.

Après avoir tué M. Milambo, six assaillants armés de fusils d'assaut ont emmené les occupants des deux véhicules vers le Parc national des Virungas. Quand les gardes du parc et des soldats congolais, alertés, se sont approchés, Attanasio et son garde du corps ont été abattus. 

"Il aimait aller sur le terrain (...). Il avait un attachement particulier pour l'est du pays, une zone oubliée de la communauté internationale. Je crois qu'il voulait aussi apporter sa pierre à la reconstruction de la paix", a confié l'ambassadeur de l'Union européenne en RDC, Jean-Marc Châtaigner, à la télévision publique italienne Rai.

Selon le journal La Stampa, Luca Attanasio, arrivé en RDC en 2017, avait demandé l'année suivante au ministère italien des Affaires étrangères de porter à deux à quatre le nombre de carabiniers de sa sécurité rapprochée, à l'instar de ce dont bénéficiait son prédécesseur.

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Après une mission d'inspection en RDC, sa requête a été refusée, écrit le quotidien. Une affirmation démentie par le ministère qui assure que cette requête, formulée à l'approche des élections générales de décembre 2018, dans un "climat de grandes tensions politiques et sociales" a été accordée durant la période requise.

Vendredi, le directeur adjoint du PAM en RDC, Rocco Leone, qui a survécu à l'attaque, a dénoncé dans un communiqué des "spéculations" dans les médias sur ce qu'il s'est passé ce jour-là.

"Avoir vécu ce qui s'est passé lundi est à la fois tragique et traumatisant et je ne peux exprimer la profondeur de ma tristesse à propos des vies perdues", a-t-il indiqué.

"Bien que je ne puisse pas, à l'heure actuelle, entrer dans les détails de ce qui s'est passé, il incombe à chacun des quatre d'entre nous qui ont survécu de partager autant d'informations que possible sur le sujet et nous sommes tous prêts à le faire", a-t-il ajouté.

Luca Attanasio a été inhumé samedi 27 février dans sa ville de Limbiate, près de Milan (Nord).