Afrique

RDC : les autorités rwandaises réfutent les accusations de soutien aux attaques rebelles du M23

Personnes fuyant les combats entre les forces armées congolaises et les rebelles du M23, et qui ont trouvé refuge dans une église de Kibumba, au nord de Goma, en RDC, le 28 janvier 2022.
Personnes fuyant les combats entre les forces armées congolaises et les rebelles du M23, et qui ont trouvé refuge dans une église de Kibumba, au nord de Goma, en RDC, le 28 janvier 2022.
© AP Photo/Moses Sawasawa

Accusées par le gouvernement de la République démocratique du Congo de soutien aux rebelles du M23, un mouvement que l’on croyait défait depuis une dizaine d’année et qui renaît de ses cendres ces derniers mois, les autorités rwandaises réfutent ces accusations dans un communiqué daté de ce lundi 28 mars. Qu’est-ce que le M23 ? Comment expliquer sa résurgence ? Quelles sont les consequences de la crispation politique actuelle entre le Rwanda et la RDC ?  Directeur de recherche du projet « Insecure Livelihoods » à l’Université de Gand, en Belgique, et spécialiste de la RDC, Christoph Vogel répond à nos questions.    
 

TV5MONDE : Pouvez-vous nous rappeler ce que c'est que le M23 et les grandes dates de son histoire ?
 
Christoph Vogel : Le M23 est une rebellion congolaise formée en 2012 suite à une mutinerie parmi des anciens commandants CNDP [Congrès national pour la défense du peuple, NDLR] intégrés en 2009. Ayant pris la ville de Goma en novembre 2012, le mouvement s’est scindé en deux en début 2013, avant d’être vaincu par l’armée congolaise plus tard en 2013. Soupçonnée d’être soutenue par le Rwanda et l’Ouganda, le groupe fait part d’une plus large généalogie de rebellions menées en bonne partie par des commandants « rwandophones », dont le RCD-Goma [Rassemblement congolais pour la démocratie, NDLR] entre 1999 et 2003 et le CNDP entre 2005 et 2009.

Dans cette photo d'archive du 30 novembre 2012, les rebelles du M23 se retirent des régions du Masisi et de Sake, dans l'est de la RDC.
Dans cette photo d'archive du 30 novembre 2012, les rebelles du M23 se retirent des régions du Masisi et de Sake, dans l'est de la RDC.
© AP Photo/Jerome Delay

TV5MONDE : Quelques jours seulement après la rencontre(dans le cadre du processus d'Aqaba sur l'Afrique de l'Est), en Jordanie, des présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame, les autorités congolaises accusent le Rwanda de soutenir les rebelles du M23 qui ont repris les armes à l'est de la RDC. Quelle signification politique peut-on donner à cette situation ?
 
Christoph Vogel : Tout d’abord il est important de préciser qu’une partie des anciens M23 avaient repris les armes depuis fin 2016, lorsqu’ils se sont installés dans le triangle des trois volcans Mikeno, Visoke et Karisimbi, non loin de la frontière ougandaise et rwandaise. Après une série d’escarmouches – notamment dans le contexte de l’avarie de deux hélicoptères militaires congolais début 2017 – la zone s’était calmée, et c’est depuis fin 2021 que les incidents en lien avec la présence du M23 se sont multipliés de nouveau.

  • (Re)voir : "RDC : les populations fuient les violences dans la région de Fizi"
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Dans ce contexte, les évènements des derniers jours, ainsi que les accusations qui s'ensuivent, sont clairement d’une haute signification politique. D’un côté, nous nous trouvons dans un état de siège en province du Nord-Kivu, donc un gouvernement militaire déclaré depuis mai 2021. De l’autre côté, tout cela se passe dans une période d’intense diplomatie entre les différents gouvernements de la région, mais aussi d’une méfiance entre nombre d’acteurs.
 
TV5MONDE : Depuis quelques jours dans le Nord-Kivu, l'on assiste à de violents combats entre l'armée congolaise et les rebelles du M23. Comment expliquer la résurgence de ce mouvement que l'on croyait défait depuis dix ans environ ?
 
Christoph Vogel : Le M23 était en effet militairement décimé par les FARDC et le soutien onusien d’une brigade offensive créée à l’époque. Néanmoins, le M23 n’a jamais été structurellement démantelé hors du champ de bataille. Son bureau politique a continué à fonctionner, et la majorité des combattants cantonnés en Ouganda et au Rwanda à la suite de leur fuite de la RDC, n’a pas été pris en charge par un programme de démobilisation et/ou d’intégration civile ou militaire. C’est dans ce contexte que l’on a pu assister à la réinstallation d’un petit groupe dans les montagnes du Rutshuru [province du Nord-Kivu, dans l'est de la RDC, NDLR] il y a quelques cinq ans. Ce petit groupe, par la suite, semble avoir grandi entre temps.

Sur cette photo d'archive du 27 novembre 2012, des rebelles du M23 détiennent un homme qu'ils soupçonnent d'être un combattant des FDLR revenant d'une incursion au Rwanda, près de Kibumba, au nord de Goma, dans l'est de la RDC.
Sur cette photo d'archive du 27 novembre 2012, des rebelles du M23 détiennent un homme qu'ils soupçonnent d'être un combattant des FDLR revenant d'une incursion au Rwanda, près de Kibumba, au nord de Goma, dans l'est de la RDC.
© AP Photo/Jerome Delay

TV5MONDE : Aujourd'hui, le M23 parle en effet d'absence d'avancées dans le processus de leur retour en RDC. Pourquoi ce processus de démobilisation et de réinsertion n'a-t-il pas été respecté ? 
 
Christoph Vogel : Les combattants du M23 étant essentiellement Congolais, ce sont les programmes nationaux de démobilisation et réinsertion qui s’appliquent – contrairement à des rebellions étrangères comme les FDLR [Forces démocratiques de libération du Rwanda, NDLR]. Après la défaite du M23, et la fuite de ses éléments vers les pays voisins, il y a eu le troisième grand programme national de DDR en RDC [PNDDR, programme national de désarmement, démobilisation et réinsertion, NDLR].

Connu en tant que PNDDR3, ce programme a canalisé plusieurs milliers de combatants entre 2014 et 2018 environs, sans pour autant impacter nettement sur la situation sécuritaire, telles que les statistiques du Baromètre sécuritaire du Kivu ou du Bureau conjoint des droits humains de l’ONU le démontrent depuis. Dans tout cela, les ex-M23 n’y ont pas participé en grand nombre, vu que les négociations politiques suite à leur défaite n’ont jamais abouti à un résultat officiel, mais aussi à cause d'une politisation du dossier par nombre d’acteurs à l’époque.
 
TV5MONDE : La RDC vient d'adhérer à la Communauté des Etats d'Afrique de l'Est (EAC). Cette crispation politique avec le Rwanda peut-elle avoir des conséquences pour la région ?
 
Christoph Vogel : En observant les accusations publiées suite à l’offensive du M23 vers Rwankuba et Cyengerero [deux localités situées sur le territoire de Rutshuru, dans le nord-est de la RDC, NDLR], il s’avère qu'il y a une forte tension diplomatique et politique. Dans ce sens, des conséquences, s’il y en, peuvent être un sujet au sein de l’EAC mais aussi au-delà de ce bloc dans la région, par exemple entre le triangle Kinshasa, Kigali et Kampala.
 

Le processus d’Aqaba est une initiative lancée par le roi de Jordanie, S.A.R. Abdallah II, en 2015, à Aqaba, dans le sud de la Jordanie, pour contribuer au renforcement de la coopération internationale contre l’extrémisme violent et le terrorisme. Des reunions informelles sont organisées dans ce cadre pour le renforcement de la cooperation sécuritaire et militaire, mais aussi afin d’échanger sur les bonnes pratiques. Autre objectif : adopter une approche globale de la lutte contre le terrorisme, c’est-à-dire une approche non exclusivement militaire, qui tient compte notamment de la dimension idéologique.