RDC: ouverture du procès de la "tentative de coup d'Etat" du 19 mai

Le procès de la "tentative de coup d'Etat" que l'armée de la République démocratique du Congo dit avoir déjouée le 19 mai s'est ouvert à Kinshasa. On y trouve une cinquantaine d'accusés dont plusieurs étrangers.

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Capitaine Marcel Malanga

Images de prévenus arrivant au procès de la tentative de coup d'Etat, ce 7 juin 2024. 

AP Photo/Samy Ntumba Shambuyi
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L'audience a commencé vers 11H40 (10H40 GMT) devant le tribunal militaire de Kinshasa-Gombe, siégeant dans l'enceinte de la prison militaire de Ndolo, dans la capitale congolaise, a constaté une équipe de l'AFP.

Les accusés - dont trois Américains - tous vêtus de la tenue bleue et jaune des détenus, ont pris place sous la grande tente destinée aux audiences, dans la cour de la prison. Quatre femmes figurent parmi eux.

Lire : ce que l'on sait de la tentative de coup d'État déjouée à Kinshasa

Des diplomates occidentaux sont présents, en plus de nombreux journalistes et avocats. En fin de nuit, le dimanche 19 mai à Kinshasa, dans le quartier huppé de la Gombe, plusieurs dizaines d'hommes armés avaient attaqué le domicile d'un ministre, Vital Kamerhe, devenu depuis président de l'Assemblée nationale, avant d'investir le palais de la Nation, bâtiment historique abritant des bureaux du président Félix Tshisekedi.

Les assaillants s'y étaient filmés en brandissant le drapeau du Zaïre, ancien nom de la RDC du temps de Mobutu, le dictateur renversé en 1997, et en réclamant le départ de l'actuel chef de l'Etat, au pouvoir depuis 2019 et largement réélu en décembre dernier.

Leur aventure s'était arrêtée là, avec l'intervention des forces de sécurité qui, selon l'armée, avaient interpellé une quarantaine d'assaillants et en avaient tué quatre autres, dont leur chef, Christian Malanga, 41 ans, un Congolais installé aux Etats-Unis.

Le porte-parole de l'armée avait rapidement parlé de "tentative de coup d'Etat étouffée dans l'œuf", le gouvernement évoquant un peu plus tard une "tentative de déstabilisation des institutions".

Les partisans de Vital Kamerhe croient plutôt qu'il s'agissait d'une tentative d'assassinat. Sinon, disent-ils, pourquoi aller s'attaquer en premier à sa résidence, avant d'atterrir dans un bâtiment certes symbolique, mais vide la nuit? 

 "Opacité" 

Cette opération commando de quelques dizaines d'hommes manifestement mal préparés pour renverser un régime est entourée de nombreuses questions, notamment sur d'éventuels commanditaires. 

"L'opacité" autour des interrogatoires des présumés putschistes est aussi dénoncée par certains défenseurs des droits de l'Homme.

"Les personnes mises en cause n'ont pas eu droit à l'assistance d'un avocat" durant leurs auditions par les renseignements militaires, a déploré auprès de l'AFP à la veille du procès Jean-Claude Katende, président de l'Association africaine des droits de l'Homme (Asadho), en disant ses doutes quant à la tenue d'un "procès équitable".

Selon une liste figurant sur "l'extrait de rôle" de l'audience de vendredi, 53 prévenus sont jugés, dont Christian Malanga, bien qu'il soit mort. 

Il y a aussi son fils, Marcel Malanga, qui a la nationalité américaine et figure parmi les personnes détenues, de même que deux autres ressortissants américains, l'un étant connu comme proche de Malanga père et l'autre étant semble-t-il une connaissance du fils.

Des personnes arrêtées après les faits, notamment un expert militaire, Jean-Jacques Wondo, Congolais naturalisé belge, figurent aussi parmi les prévenus.

Arrêté le 21 mai, M. Wondo est accusé d'être un "complice de Christian Malanga", car il "aurait fourni un moyen de transport" aux présumés putschistes, a expliqué son avocat, Me Masingo Shela. Il "ne reconnaît rien de ce qui lui est reproché. Il est préparé à se défendre", a-t-il assuré.

Un diplomate belge présent au procès a indiqué lui avoir rendu visite mercredi. Les chefs d'accusation retenus dans ce dossier sont "attentat, terrorisme, détention illégale d'armes et munitions de guerre, tentative d'assassinat, association de malfaiteurs, meurtre, financement du terrorisme", selon le même document.

Une autre enquête est menée sur des exécutions sommaires qui auraient eu lieu après l'opération, lorsque des militaires ont été filmés tirant sur deux présumés putschistes désarmés, dont un qui avait sauté dans le fleuve Congo pour tenter de s'enfuir.