Afrique

RDC : quand une photo virale met en lumière le quotidien des rangers

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<div>Mathieu Shamavu et deux gorilles prennent la pose dans le parc national des Virunga, dans le nord-est de la République démocratique du Congo. Photo postée sur le <a href="https://twitter.com/MunguikoShamavu/status/1120379324400578560" rel="nofollow" target="_blank">compte Twitter </a> de Mathieu Shamavu.</div>
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Mathieu Shamavu et deux gorilles prennent la pose dans le parc national des Virunga, dans le nord-est de la République démocratique du Congo. Photo postée sur le compte Twitter  de Mathieu Shamavu.
© Compte Twitter de Mathieu Shamavu

Ce "selfie" a fait le tour du monde. Un garde-forestier du parc national des Virunga, dans le nord-est du Congo, prend la pose avec deux gorilles, debout. Derrière ce cliché, un objectif : récolter des dons pour ce parc, rouvert depuis seulement deux mois après plusieurs incidents meurtriers. Mais aussi alerter contre le braconnage qui sévit dans le pays.

Ce "selfie" ressemble fortement à une photo entre amis. Il s'agit en fait d'un garde-forestier accompagné de deux gorilles, prenant la pose debout derrière lui. À l'allure presque humaine.

Certains internautes s'amusent à comparer cette photo : "On dirait que tu es avec ton équipe au quartier", s'amuse un internaute. Le cliché est accompagné d'une légende "un jour comme les autres au travail". Pourtant, le quotidien de ces gardes-forestiers n'est pas de tout repos dans le parc des Virunga, l'un des neufs parcs protégés du pays, comme le montre la carte ci-dessous.
La République Démocratique du Congo possède neuf parcs protégés, couvrant 10,47 % du territoire.
La République Démocratique du Congo possède neuf parcs protégés, couvrant 10,47 % du territoire.
© Wikipédia

Le parc de 8000 kilomètres carrés est classé au patrimoine mondial de l'UNESCO. Il est surveillé par 601 gardes-forestiers et est situé près des frontières rwandaises et ougandaises. Son étendue permet donc à des milices armées de s'y déplacer facilement. Difficile de contrôler une telle étendue.

Une instabilité politique qui facilite le braconnage

En 2012, de nouveaux combats sévissent dans l'Est du Congo, menés par le Mouvement du 23 mars. Rien que dans cette partie du pays, près de vingt groupes armés (milices ou alliés du gouvernement) différents se sont créés cette année. 

C'est ainsi que certaines milices profitent de cette instabilité pour braconner les espèces protégées, comme les éléphants. Une information confirmée dans un rapport de l’ONG Traffic, publié en décembre 2017. Ce rapport se concentre sur trois parcs nationaux de la République Démocratique du Congo et de la Centrafrique.

Les braconnages sont exécutés par "des groupes armés non-étatiques, des acteurs étatiques, des éleveurs armés et des braconniers indépendants". Parmi ces acteurs, on peut citer l'Armée de résistance du Seigneur (LRA), les Janjaweeds (une milice soudanaise) et d’autres milices non-étatiques.

Ils sont entre 5000 et 8000 miliciens à roder dans les environs du parc. Les mammifères sont particulièrement visés. Les braconniers vendent ensuite la viande à des particuliers ou à des restaurants de villes périphériques, et les produits plus luxueux, comme l'ivoire ou les peaux dans les grandes villes. L'argent récolté finance de nouvelles missions de braconnage.

Des mesures pour lutter contre le braconnage

Des lois visant à réduire le braconnage existent bien aujourd'hui en République Démocratique du Congo, mais elles ne sont pas appliquées pour autant. Notamment à cause de la corruption. 

Parmi les lois existantes, celle du 28 novembre 2008 vise à protéger les espèces animales en danger. L'article 28 stipule : "L'importation, l'exportation, la détention et le transit sur le territoire national des espèces intégralement protégées ; ainsi que de leurs trophées sont strictement interdits; sauf dérogation spéciale de l'administration des eaux et forêts; pour les besoins de la recherche scientifique".

Un arrêté du 9 avril 2011 répertorie les espèces protégées, parmi lesquelles figurent les gorilles du parc national des Virunga. Plus d’un tiers de la population mondiale de ces animaux classés "en danger critique d’extinction", est abrité dans le parc. Au total, près de 1000 gorilles résident dans celui-ci, contre 450 il y a 60 ans.

Pour protéger leur vie et celles des autres animaux les gardes-forestiers suivent une formation quasi-militaire. Ils sont entraînés par d'anciens commandos français et belges. Seuls 120 "rangers" sont recrutés parmi plus de 6000 candidats. Un reportage d'Arte montre comment les "Rangers des Virunga" défendent cette réserve.

Durant la dernière décennie, 175 rangers ont été tués dans l'exercice de leurs fonctions. Au final, ce "selfie" devenu viral, permet donc de mettre en valeur le quotidien des gardes-forestiers congolais et ainsi inciter davantage de monde à faire un don pour la sauvegarde de ce parc.