Afrique

République centrafricaine : la ville de Bambari reprise aux rebelles

Des troupes de l'ONU, à cinq jours du scrutin présidentiel, patrouillent dans les rues de Bangui.
Des troupes de l'ONU, à cinq jours du scrutin présidentiel, patrouillent dans les rues de Bangui.
Capture d'écran AFPTV

Les Casques bleus et les forces centrafricaines ont repris, ce mercredi 23 décembre, Bambari aux rebelles qui s'en étaient emparés la veille. Le Haut commissariat des Nations unies aux droits de l'homme s'est dit "profondément alarmé"  par la violence en Centrafrique, qui "présente de sérieux risques pour la sécurité des civils et l'exercice du droit de vote", cinq jours avant la présidentielle et les législatives.

La tenue des élections ce dimanche 27 décembre est un enjeu majeur pour l'ONU et le pouvoir du président sortant Faustin Archange Touadéra, grand favori. Il exclut tout report malgré les attaques des groupes armés dans ce pays ravagé par la guerre civile.

Lire : Centrafrique : "La tenue des élections va être très difficile"
 

Des éléments de l'Unité pour la paix en Centrafrique (UPC), un des nombreux groupes armés qui se partagent plus des deux tiers du pays avait lancé une attaque mardi matin contre Bambari.

 "Il n'y a pas eu de violence contre les habitants, mais ils ont pillé le commissariat, la gendarmerie et les maisons des particuliers", selon le maire de Bambari, Abel Matchipata.
 

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Thierry Vircoulon, chercheur à l'IFRI, sur la situation en République centrafricaine

Mais mercredi matin, "la situation est sous contrôle à Bambari", a affirmé Abdoulaziz Fall, porte-parole de la force de la Mission de l'ONU en Centrafrique (Minusca). "Les civils commencent à revenir. Les groupes armés ont été repoussés dans la brousse", a-t-il précisé.

Des attaques ont repris depuis la semaine dernière. Trois autres groupes armés qui ont formé une coalition s'en sont pris ce mardi 22 décembre à des axes routiers vitaux pour l'approvisionnement de la capitale.

A Boali, une ville située à environ 60 kilomètres de Bangui sur la route nationale 1, l'axe vital qui relie la ville au Cameroun, la population prenait peur. Et femmes et enfants se réfugiaient à six kilomètres de la ville.

Quelques heures plus tard, plusieurs pick-ups arrivaient à l'hôpital communautaire de Bangui avec leur plateau arrière rempli de blessés, ont rapporté des journalistes de l'AFP.

L'inquiétude gagne également la capitale. "Il y a eu des paniques de la population ce matin" à Bangui, déclaiait le général Driss Oukaddour, Commandant de la Joint task force de Bangui (JTFB) de la Minusca.


Centrafrique : "Les conditions de sécurité ne sont pas réunies pour un scrutin
 

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Analyse de Thierry Vircoulon, chercheur à l'IFRI, sur les indices qui peuvent montrer que Bozizé a été derrière l'offensive de la semaine dernière

Le gouvernement a accusé le 19 décembre de "tentative de coup d'Etat" l'ex-président François Bozizé, dont la candidature à la présidentielle a été invalidée en raison de sanctions de l'ONU.

La procureure de la Cour pénale internationale (CPI) Fatou Bensouda a appelé mardi "toutes les parties, tous les groupes armés, les acteurs politiques et leurs partisans au calme et à la retenue" avant les élections en Centrafrique, sous peine de poursuites.

Négocier comment, sous quelle forme ? Vous voyez bien qu'il y a des attaques, on n'a pas le temps de négocier, on ne sait pas avec qui négocierFaustin-Archange Touadéra, président de la République centrafricaine

Le président Touadéra, qui a reçu des renforts militaires du Rwanda et de la Russie, a également exclu de négocier avec les rebelles. "Négocier comment, sous quelle forme ? Vous voyez bien qu'il y a des attaques, on n'a pas le temps de négocier, on ne sait pas avec qui négocier", a-t-il affirmé lundi soir.

"Pour aider Bangui à renforcer les capacités défensives de la Centrafrique, la Russie a répondu rapidement à la demande du gouvernement et envoyé 300 instructeurs supplémentaires pour la formation de l'armée nationale", a indiqué mardi le ministère russe des Affaires étrangères, après avoir assuré la veille qu'il ne s'agissait pas d'envoi de "troupes".

Dans ce pays de 4,9 millions d'habitants classé parmi les plus pauvres du monde mais riche en diamant, des gardes privés employés par des sociétés russes de sécurité assurent déjà la protection rapprochée du président Touadéra et des instructeurs forment les forces armées centrafricaines.

Lire : La Centrafrique, nouveau symbole du retour de la Russie en Afrique
 

L'ONU "profondément alarmée"

"Nous sommes profondément alarmés par les informations faisant état d'une escalade de la violence alimentée par les griefs politiques et les discours de haine, cette situation entraînant le déplacement forcé de civils, y compris vers les pays voisins", a déclaré Liz Throssell, porte-parole du Haut-Commissariat, citée dans un communiqué.

"Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme se joint au Secrétaire général de l'ONU, M. António Guterres, pour demander à toutes les parties en République Centrafricaine de mettre fin à la violence", a soulignait la parote-parole.

Elle a également rappelé "à toutes les parties, y compris les forces de sécurité et les groupes armés, ainsi que les forces internationales et étrangères, qu'elles sont tenues de respecter le droit international humanitaire et le droit international relatif aux droits de l'homme applicables. La protection des civils est primordiale".

Les pays voisins, l'Union africaine et la Communauté économique des Etats de l'Afrique centrale ont un rôle primordial à jouer pour assurer une résolution pacifique de cette crise et protéger la population civile, estime encore le Haut commissariat.