Sahara occidental : par qui est reconnue la souveraineté du Maroc ?

Israël a décidé de “reconnaître la souveraineté du Maroc” sur le territoire du Sahara occidental. Une décision qui s’inscrit dans la continuité de la normalisation des relations diplomatiques entre Rabat et Tel-Aviv.

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Rachid Talbi Alami, président de la Chambre des représentants du Maroc, reçoit son homologue israélien Amir Ohana lors de la visite de ce dernier à Rabat le 8 juin 2023, signe du rapprochement entre les deux pays.

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"Par cette lettre, le Premier ministre israélien a porté à la Très Haute Attention de Sa Majesté le Roi (Mohammed VI) la décision de l'Etat d'Israël de reconnaître la souveraineté du Maroc sur le territoire du Sahara occidental". Le cabinet royal à Rabat a annoncé la nouvelle en citant une lettre du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

"Cette décision s'inscrit dans le cadre d'une dynamique enclenchée ces dernières années, avec la reconnaissance par les États-Unis de la souveraineté du royaume sur ses Provinces du Sud (NDRL, le Sahara occidental), le soutien d'une quinzaine de pays européens au plan d'autonomie et l'ouverture d'une trentaine de consulats à Laâyoune et Dakhla", déclare un haut responsable marocain sous couvert de l'anonymat.

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D’où vient le conflit du Sahara occidental ?

  • Ancienne colonie espagnole, le Sahara occidental est considéré comme un territoire non autonome par l’ONU en l’absence d’un règlement définitif.
  • Depuis près de 50 ans, un conflit y oppose le Maroc aux indépendantistes du Front Polisario, soutenus par l’Algérie. 
  • Il s’agit, à l'origine, d’un mouvement politique créé en 1973 pour lutter contre l’occupation espagnole.
  • Le Maroc, qui a annexé le territoire en 1975, contrôle près de 80% du territoire, prône un plan d’autonomie sur sa souveraineté exclusive. 
  • De son côté, le Front Polisario réclame l'indépendance et souscrit à la proposition de l'ONU d'un référendum d’autodétermination sous l’égide de l’ONU.
  • Ce référendum avait été prévu lors de la signature d’un cessez-le-feu en 1991, mais il n’a jamais été concrétisé.

Quels pays reconnaissent la souveraineté du Maroc sur la région ?

Israël est le second pays en date, après les États-Unis, à reconnaître officiellement la souveraineté du Maroc au Sahara occidental. En décembre 2020, Donald Trump avait reconnu que le Sahara occidental était un territoire marocain. En juillet 2021, Joe Biden arrive au pouvoir et le porte-parole de la diplomatie américaine confirme alors qu’il n’y a “pas de changement” par rapport à l’administration précédente. Il refuse néanmoins d'y ouvrir un consulat à Dakhla, la "capitale" du territoire.

Ce qui n'est pas le cas de la Guinée, de la Gambie, du Gabon et d'une dizaine d'autres pays majoritairement africains qui ont choisi d'y ouvrir une représentation nationale. Une dizaine d'autres tels que la Côte d'Ivoire ou les Comores ont ouvert eux un consulat à Laayoune. Aujourd'hui, près d'une soixantaine d'États soutiennent le "plan d'autonomie" promus par le Maroc.

La France, la Russie, l’Espagne et le Royaume-Uni, les États-Unis font eux partie du “groupe d’amis du Sahara occidental”. La France est jugée trop attentiste sur la question par Rabat, qui lui reproche de ne pas reconnaître sa “souveraineté” sur le territoire.

De son côté, l’Espagne a accepté en mars 2023 d’appuyer les positions marocaines au Sahara occidental. De cette manière, elle a mis fin à un an de brouille diplomatique, tout en s'aliénant l'Algérie. Le Maroc souhaite que ses alliés ouvrent des représentations diplomatiques au Sahara occidental en reconnaissance de la “marocanité” du vaste territoire et en gage de leur soutien au royaume.

Comment ont évolué les relations entre le Maroc et Israël ? 

Depuis leur normalisation diplomatique actée par la signature des accords d'Abraham, Rabat et Tel-Aviv s’activent à accélérer leur coopération, essentiellement militaire, sécuritaire, commerciale et touristique.

Des accords d’Abraham à la reconnaissance de la souveraineté

  • En décembre 2020, Israël signe les accords d’Abraham. 
  • Il s’agit d’un ensemble de déclarations et de traités pour normaliser les relations entre Israël et les Émirats arabes unis, le Bahreïn, le Maroc et le Soudan. Et ceci, sans contrepartie d'Israël sur le sort des Palestiniens.
  • Ce processus était soutenu par les États-Unis, qui venaient de reconnaître la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental.
  • Depuis la signature de ces accords, la coopération entre Israël et le Maroc s’est grandement accrue.
  • C’est dans ce cadre que des soldats israéliens ont “activement” participé à des manoeuvres militaires sur le sol marocain pour la première fois en juin 2023, dans le cadre de l’exercice international “African Lion 2023.”

Des vols commerciaux directs entre Israël et le Maroc ont été mis en place en juillet 2021. En 2022, les échanges commerciaux entre les deux pays s'élevaient à 1,8 milliard de dollars, en hausse par rapport à l'année précédente (117 millions de dollars).

Sur le plan militaire, depuis la fin du mois de mai, trois ministres israéliens ainsi que le président du Parlement, le conseiller à la Sécurité nationale et des soldats d’une unité d’infanterie d’élite se sont rendus en Maroc. Le 17 juillet, le chef d’État-major israélien a fait part de la nomination d’un attaché militaire pour la première fois au Maroc, le colonel Sharon Itah, d'origine marocaine.

La reconnaissance par Israël de la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental vient donc renforcer ici les liens diplomatiques entre les deux pays. Dans son courrier envoyé à Rabat, Benjamin Netanyahu précise qu’Israël examine positivement “l’ouverture d’un consulat dans la ville de Dakhla”, située dans la partie du Sahara occidental contrôlée par le royaume.

Mais ce rapprochement tous azimuts ne fait pas l’unanimité au Maroc, surtout depuis l’accession au pouvoir en Israël de courants ultra-nationalistes, qui accentuent l'annexion des Territoires palestiniens. Si la mobilisation a faibli, la cause palestinienne continue de susciter une immense sympathie au sein de la population marocaine. “Le renforcement de nos relations avec Israël ne se fera pas au détriment de notre position de principe en soutien au peuple palestinien et à ses droits légitimes”, assure un haut responsable marocain à l'AFP.

De plus, la décision israélienne survient dans un climat de tensions exacerbées entre le Maroc et l’Algérie. En 2021, à l’initiative d’Alger, les deux pays ont rompu leurs relations diplomatiques. L’Algérie accuse le Maroc “d’actions hostiles” à son égard. Par ailleurs, comme Alger est un soutien de la cause palestinienne, la normalisation des relations entre Rabat et Tel-Aviv risque de renforcer les tensions.