Afrique

Sahara occidental: un nouvel émissaire de l'ONU en voie d'être nommé après un feu vert du Maroc

Staffan de Mistura en décembre 2018 à Genève
Staffan de Mistura en décembre 2018 à Genève
afp.com - Fabrice COFFRINI
Le secrétaire général de l'Onu, Antonio Guterres, le 13 septembre 2021 à Genève
Le secrétaire général de l'Onu, Antonio Guterres, le 13 septembre 2021 à Genève
afp.com - Fabrice COFFRINI
Carte du Sahara occidental
Carte du Sahara occidental
afp.com - Adrian LEUNG

Après un refus en mai et sous forte pression des Etats-Unis et de la France, le Maroc a finalement donné son accord pour la nomination du diplomate italo-suédois Staffan de Mistura comme nouvel émissaire pour le Sahara occidental, un poste vacant depuis mai 2019.

"Le Maroc a été consulté (...) au sujet de cette nomination et a déjà notifié son accord à Antonio Guterres", le secrétaire général de l'ONU, a déclaré l'ambassadeur marocain auprès de l'ONU, Omar Hilale, dans un entretien à l'agence de presse MAP publié mercredi.

M. Hilale a précisé que des "consultations (étaient) en cours" et que l'annonce de la nomination de M. Staffan de Mistura se ferait dans les prochains jours, après l'aval des membres du Conseil de sécurité.

Selon plusieurs sources diplomatiques à l'ONU, le revirement marocain est dû à une "forte pression" des Etats-Unis et de la France, aux positions clés dans le dossier du Sahara Occidental. Il intervient alors que l'Algérie, premier soutien des indépendantistes sahraouis du Front Polisario, a rompu ses relations diplomatiques avec le Maroc.

Antonio Guterres a immédiatement relancé le processus de nomination en demandant dès mardi aux 15 membres du Conseil de sécurité de lui confirmer leur accord pour la nomination de Staffan de Mistura. Le Front Polisario avait donné son accord dès le 29 avril pour le choix du diplomate italo-suédois, selon les mêmes sources diplomatiques.

Début juillet, le chef de l'ONU avait imploré les deux parties d'accepter un nouvel émissaire onusien, en annonçant avoir proposé pas moins de 13 noms (dont le dernier était celui de Staffan de Mistura) pour succéder à l'ex-président allemand Horst Kohler, démissionnaire en mai 2019 officiellement pour raison de santé. Sans compter plusieurs personnalités approchées qui avaient cependant décliné face à un travail de médiation jugé impossible, selon des diplomates.

- "Coopération sans faille" -

Interrogé à New York, le porte-parole de l'ONU, Stéphane Dujarric, a confirmé qu'un "processus (de nomination) était en cours" d'un émissaire pour le Sahara occidental. Rappelant la douzaine de noms déjà mis sur la table, il a ajouté que "personne plus que (le secrétaire général) ne serait heureux d'avoir une annonce" sur un nouvel émissaire afin de pouvoir "arrêter de répondre aux questions" sur ce poste à pourvoir depuis un temps inhabituellement long.

La question du Sahara occidental, ex-colonie espagnole, considérée comme un "territoire non autonome" par l'ONU en l'absence d'un règlement définitif, oppose depuis des décennies le Maroc aux indépendantistes du Front Polisario, soutenus par l'Algérie.

Agé de 74 ans, Staffan de Mistura a déjà occupé de hauts postes onusiens lors de sa carrière. Il a notamment été l'envoyé spécial des Nations unies pour la Syrie (2014-2018) et représentant spécial du secrétaire général de l'ONU en Irak (2007-2009) et en Afghanistan (2010-2011).

"Une fois nommé (...), M. de Mistura pourra compter sur la coopération et le soutien, sans faille, du Maroc dans la mise en oeuvre de sa facilitation pour le règlement de ce différend régional", a assuré M. Hilale.

Dans un communiqué, le Front Polisario a mis en doute la volonté affichée par le Maroc de coopérer avec l'ONU dans la recherche d'une solution durable. "Aucun processus de paix véritable, crédible et viable ne sera jamais possible tant que l'Etat occupant du Maroc persistera, en toute impunité, dans ses actions illégales et ses tentatives d'imposer par la force le fait accompli dans les territoires occupés de la République sahraouie", indique ce communiqué.

Toutes les tentatives de règlement du conflit ont échoué jusqu'ici. Et depuis la démission du dernier envoyé de l'ONU, des négociations quadripartites impliquant le Maroc, le Polisario, l'Algérie et la Mauritanie sont au point mort.

Rabat, qui contrôle près de 80% de ce vaste territoire désertique, où de grands chantiers de développement marocains ont été lancés ces dernières années, propose un plan d'autonomie sous sa souveraineté.

Le Polisario, lui, réclame un référendum d'autodétermination sous l'égide de l'ONU prévu lors de la signature d'un cessez-le-feu entre les belligérants en septembre 1991.