Afrique

Sahel : que retenir des différentes annonces d’Emmanuel Macron ?

Emmanuel Macron a tenu une conférence de presse jeudi 17 février aux côtés des présidents ghanéen et sénégalais, Nana Afuko Addo et Macky Sall, et de Charles Michel, président du Conseil européen.<br />
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AP - Ian Langsdon
Emmanuel Macron a tenu une conférence de presse jeudi 17 février aux côtés des présidents ghanéen et sénégalais, Nana Afuko Addo et Macky Sall, et de Charles Michel, président du Conseil européen.

AP - Ian Langsdon

Jeudi 17 février, le président français Emmanuel Macron a tenu une conférence de presse à l’Élysée, aux côtés des chefs d’État sénégalais et ghanéen, Macky Sall et Nana Akufo-Addo, ainsi que de Charles Michel, président du Conseil européen. Qu'a-t-il annoncé ? 

Emmanuel Macron s’est adressé à la presse suite à la réunion ayant réuni plusieurs chefs d’État africains à l’Élysée dans la soirée du mercredi 16 février. Avant de se rendre à Bruxelles pour un sommet Union européenne – Union africaine, le président français a pris la parole jeudi 17 février aux côtés du président sénégalais et président de l’Union africaine Macky Sall, du président ghanéen et président de la Cédéao Nana Akufo-Addo et du président du Conseil européen Charles Michel. Il a notamment annoncé le retrait militaire du Mali, le redéploiement au Niger et le maintien des troupes au Sahel. Explications.
 

Qu’a annoncé Emmanuel Macron durant la conférence de presse ?

 
Jeudi 17 février, Emmanuel Macron a annoncé le retrait militaire français et européen du Mali, mais aussi le redéploiement des militaires au Niger et le maintien des troupes au Sahel. Les troupes françaises doivent quitter le pays dans un délai de 4 à 6 mois.
 
"Nous ne pouvons pas rester engagé militairement aux côtés d'autorités dont nous ne partageons ni la stratégie ni les objectifs cachés, c'est la situation à laquelle nous sommes confrontés aujourd'hui au Mali, la lutte contre le terrorisme ne peut pas tout justifier", a déclaré le président français Emmanuel Macron.
Dans une déclaration conjointe publiée par l’Élysée dans la foulée de la conférence de presse, la France, le Canada, ainsi que l’Union européenne ont annoncé le "retrait coordonné" des soldats opérant au sein de la force Takuba et de l’opération Barkhane. Ils invoquent de "multiples obstructions des autorités de transitions maliennes" qui ne permettent pas de réunir "les conditions politiques, opérationnelles et juridiques […] pour poursuivre efficacement leur engagement militaire dans la lutte contre le terrorisme au Mali".
 

Pourquoi les forces occidentales se retirent-elles du Mali ?

 
Les relations entre la France, ses partenaires, et la junte militaire malienne n’ont jamais été au beau fixe mais sont particulièrement tendues depuis quelques mois.
 
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Les militaires emmenés par le colonel Assimi Goïta ont pris le pouvoir en 2021 après deux coups d’États, en août 2020 et en mai 2021. Le putsch avait été condamné par la communauté internationale. Après quelques mois d’accalmie relative, les relations se sont envenimées fin 2021.
  En décembre dernier, la France a reconnu et condamné la présence de mercenaires russes appartenant au groupe Wagner au Mali. Emmanuel Macron a à nouveau condamné leur présence sur le territoire malien, toujours niée par la junte, durant la conférence de presse. Selon lui, ces mercenaires "viennent essentiellement sécuriser leurs intérêts économiques et la junte elle-même". Pour le chef d’État français, le groupe "utilise l’insécurité liée au terrorisme pour justifier sa coopération avec le pouvoir malien".
  Les tensions se sont accentuées en début d’année suite à différentes piques lancées par médias interposés au pouvoir malien par le gouvernement français, et inversement. Jean Yves Le Drian, ministre français des Affaires étrangères, avait notamment évoqué la "junte illégitime" au pouvoir au Mali, le 27 janvier dernier. Suite à ses déclarations, l’ambassadeur français au Mali avait été invité à quitter le pays dans les 72 heures.
 
Début février, le premier ministre malien Choguel Kokalla Maïga avait aussi fustigé la force européenne Takuba. "Takuba signifie sabre ! Le nom n’a pas été choisi au hasard ! Les Européens cherchent à diviser le Mali !" avait-il affirmé devant des diplomates étrangers. Lundi 14 février, Jean-Yves Le Drian avait annoncé une grande réorganisation de la force française Barkhane "Si les conditions ne sont plus réunies pour qu’on puisse être en mesure d’agir au Mali", expliquait- il sur la chaîne de télévision France 5, "on continuera à combattre le terrorisme à côté, avec les autres pays du Sahel qui sont tout à fait demandeurs".
 
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Comment se poursuivront les opérations au Sahel ?

 
Le nombre de soldats français sera réduit au Sahel. Selon l’état-major des armées, 2 500 à 3 000 soldats français resteront déployés dans la région au terme du retrait de l’armée française du Mali, qui doit avoir lieu d’ici environ 4 à 6 mois. Quelques 4 600 militaires français sont actuellement présents au Sahel dont 2 400 au Mali a indiqué le colonel Pascal Ianni, porte-parole de l’état-major, lors d’un point presse.
 
"Ce retrait se traduira par la fermeture des emprises de Gossi, de Ménaka et de Gao. Il sera effectué de manière ordonnée, avec les forces armées maliennes et avec la Mission des Nations unies au Mali" (Minusma) et "durant cette période, nous maintiendrons nos missions de soutien au profit de la Minusma" a développé Emmanuel Macron.
 
Militaires européens de la force Takuba et militaires français doivent être redéployés au Niger. Certains "seront repositionnés aux côtés des forces armées nigériennes dans la région frontalière du Mali", a annoncé Emmanuel Macron.
 
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Quelle est la nouvelle stratégie de la France dans la région ?


Plus qu’une simple réorganisation de troupes françaises et européennes au Sahel, la France souhaite changer de stratégie pour lutter contre le djihadisme dans la région. La France souhaite mettre les populations civiles au cœur de la lutte antidjihadiste. Le président français a expliqué vouloir "déployer d'abord des programmes civils et sociaux." Selon lui, "ce n'est qu'en complément de ces programmes qu'une action militaire peut être efficace".
 
De plus, le chef d’État français a expliqué qu’à la demande des partenaires locaux, la France se recentrera "là où [sa] contribution est attendue ". Emmanuel Macron a annoncé que les autres pays du Golfe de Guinée seront davantage "appuyés". "Al-Qaïda et Daech ont choisi de faire de l'Afrique, du Sahel en particulier, et maintenant de manière croissante le Golfe de Guinée, une priorité de leur stratégie d'expansion", s’est-il justifié.
  "Nous sommes heureux que l'engagement ait été renouvelé de rester dans la région et de réarticuler le dispositif", a déclaré le président Macky Sall. Nana Akufo-Addo s’est lui aussi exprimé, affirmant qu’il était inenvisageable de "laisser les unités terroristes s'installer de manière permanente en Afrique de l'Ouest". Charles Michel à lui réaffirmé la volonté de l’Union européenne de "faire progresser la paix et la sécurité et de faire progresser le développement, la prospérité".