Sénégal : de la communauté internationale aux stars du foot, tous appellent à l'arrêt des violences

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Des manifestations fuient les gaz lacrimogènes lors de heurt avec les forces de police à dakar ce 2 juin 2023.

Des manifestations fuient les gaz lacrimogènes lors de heurt avec les forces de police à Dakar ce 2 juin 2023. La communauté internationale appelle au calme ce soir après que les heurts avec les forces de l'ordre aient fait 9 morts. 

© AP Photo/Leo Correa
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Après un déchaînement qui a poussé les autorités à déployer l'armée à Dakar et qui fait craindre un embrasement en cas d'arrestation de l'opposant Ousmane Sonko, les appels à l'arrêt des violences se sont succédé ce 2 juin, au Sénégal et à l'étranger.

Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres ce 2 juin condamne la violence et "exhorte tous les acteurs à (...) la retenue", a dit un porte-parole. Langage similaire de la part de la France, aux relations fortes avec le Sénégal et "extrêmement préoccupée" : Paris appelle "à cesser les violences et à résoudre cette crise, dans le respect de la longue tradition démocratique du Sénégal".
La Communauté des États ouest-africains (Cédéao) a fait part de son "inquiétude" et appelé toutes les parties à "défendre la réputation louable du pays en tant que bastion de paix et de stabilité".

Le Sénégal, réputé comme un rare îlot de stabilité en Afrique de l'Ouest sans être exempt de troubles en période préélectorale, a connu jeudi 1er juin l'une de ses pires journées de contestation depuis des années avec la mort de neuf personnes selon le ministère de l'Intérieur.

Des manifestations ont commencé après la condamnation d'Ousmane Sonko à deux ans de prison ferme dans une affaire de moeurs, violemment réprimées par les forces de police.

Des heurts dispersés ont été signalés ce 2 juin dans la capitale Dakar. La tension est restée élevée, dans l'incertitude du lendemain et l'indécision sur une arrestation ou non du plus farouche adversaire du président Macky Sall.

Les autorités ont déployé des soldats en treillis et armes de guerre à Dakar, quasiment paralysée, avec notamment deux blindés sur la place de l'Indépendance, à cinq minutes à pied du palais présidentiel.

Le gouvernement a reconnu avoir restreint les accès aux réseaux sociaux comme Facebook, WhatsApp ou Twitter pour faire cesser selon lui "la diffusion de messages haineux et subversifs".

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Dans la crainte des saccages, les magasins sont restés fermés le long de rues entières portant encore les traces des violences de la veille.

À l'université, théâtre d'affrontements prolongés et d'importantes destructions le 1er juin, les étudiants ont reçu la consigne de partir et nombre d'entre eux ont quitté le campus.

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"Nous ne nous attendions pas à ça, les affaires politiques ne devraient pas nous concerner", a assuré Babacar Ndiaye, étudiant de 26 ans. "Mais il y a injustice", a-t-il dit en parlant de la condamnation de Ousmane Sonko, engagé depuis deux ans dans un bras de fer acharné avec le pouvoir pour sa survie judiciaire et politique.

"Craindre le pire"

Depuis, une trentaine de civils ont été tués dans des troubles largement liés à la situation d'Ousmane Sonko. Le pouvoir et le camp de l'opposant s'en rejettent mutuellement la faute.

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Acquitté le 1er juin des charges de viols et menaces de mort contre une employée d'un salon de beauté où il allait se faire masser entre 2020 et 2021, Ousmane Sonko a en revanche été condamné à deux ans de prison ferme pour avoir poussé à la "débauche" cette jeune femme de moins de 21 ans.

La condamnation paraît, au vu du code électoral, entraîner l'inéligibilité son inégibilité.
Ousmane Sonko n'a cessé de nier les accusations en criant à la machination du pouvoir pour l'écarter de la présidentielle, ce que le pouvoir réfute.
Il peut désormais être arrêté "à tout moment", a dit le ministre de la Justice Ismaïla Madior Fall.

L'opposant est bloqué, "séquestré" dit-il, chez lui dans la capitale par des forces de sécurité qui empêchent par la force quiconque de l'approcher.

La perspective de son arrestation alarme des Dakarois interrogés par l'AFP.
"S'ils l'arrêtent, il faudra craindre le pire", dit Yankouba Sané, employé de l'université. "S'il y a une personne qui n'ira jamais en prison au Sénégal, c'est bien Ousmane Sonko. S'ils le défèrent, ils vont aggraver la situation", abondait Alioune Diop, commerçant de 46 ans.

L'appel de stars du football

Au Sénégal, la conférence de presse pour annoncer la liste des joueurs convoqués pour les prochaines matches de l'équipe nationale de football été remplacée par un communiqué. La fédération a reporté tous les matches de championnat du week-end.

Des stars de la sélection de football du Sénégal, comme l'attaquant du Bayern Munich Sadio Mané, ont appelé à l'arrêt des violences.
"Trop de sang a déjà coulé depuis 2 ans. Il est essentiel que toutes les parties prenantes de la nation unissent immédiatement leurs efforts pour retrouver la paix", écrit sur Instagram Sadio Mané, attaquant vedette et buteur des "Lions", surnom de l'équipe nationale.

Mané appelle "à préserver notre jeunesse (au Sénégal), notre première richesse".

Abdou Diallo, défenseur de Leipzig, en Allemagne également, a regretté sur Twitter que "le sang coule à flot et la situation se dégrade" dans le pays. Il a convié "ceux qui peuvent régler les choses" de le faire "au plus vite indépendamment des opinions personnelles" car "des vies sont en jeu".

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Un appel similaire est venu de l'attaquant Famara Diedhiou, de Grenade, un club de deuxième division espagnole promu cette année en Liga. Il s'est dit sur le même réseau social "pour le calme et la paix" au Sénégal qui "a toujours été un pays de référence en Afrique mais partout dans le monde". Or, "trop de sang coule, le sang de nos propres frères".

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L'appel des religieux

Le khalife général de Médina Baye, Serigne Mahi Ibrahim Niass, éminent dignitaire religieux, ont appelé à la paix.

La réponse sécuritaire des autorités leur a attiré les critiques. Amnesty International les a pressées de cesser les "arrestations arbitraires" et de lever les restrictions d'accès aux réseaux sociaux. "Les violences socio-politiques ne doivent pas être prétexte à restreindre le droit d'informer", s'est émue l'ONG Reporters sans frontières.