Sénégal : dispersion d'un rassemblement par les forces de sécurité

Les forces de sécurité ont violemment dispersé ce 9 février une tentative de rassemblement à Dakar. Des organisations de la société civile avaient appelé à des mobilisations massives après le vote du report des élections présidentielles.

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Les forces de sécurité dispersent un rassemblement de supporters du candidat Daouda Ndiaye à Dakar, le 4 février 2024.

Les forces de sécurité dispersent un rassemblement de supporters du candidat Daouda Ndiaye à Dakar, le 4 février 2024.

© AP Photo/Stefan Kleinowitz
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Cette mobilisation est la première contestation d'ampleur depuis le report du scrutin présidentiel intialement prévu le 25 février, qui a ouvert une grave crise politique au Sénégal et plongé le pays dans une période d'incertitude.

Des policiers en tenue anti-émeute ont tenu à distance les personnes qui cherchaient à accéder à la vaste esplanade de la place de la Nation en tirant du gaz lacrymogène, provoquant des affrontements. Un nuage de fumée s'élevait au dessus de toute la zone.

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Tous les accès à la place sont fermés, ont constaté des journalistes de l'AFP. L'autoroute et des axes importants de la capitale ont aussi été bloqués. Le train a été arrêté.

Des manifestants ont riposté en lançant des cailloux et en érigeant des barricades avec des objets de fortune - des planches et des pierres - et en incendiant des pneus. À Colobane, où les échoppes sont habituellement bondées, tous les magasins ont fermé.

Les heurts ont dépassé les alentours de la place de la Nation pour toucher d'autres quartiers de la capitale.

Une contestation qui s'étend

"Les Sénégalais doivent s'indigner et plus seulement sur les réseaux sociaux", a déclaré à l'AFP l'un des candidats à la présidentielle, Thierno Alassane Sall.

Des manifestations dans plusieurs autres villes du pays ont été signalées sur les réseaux sociaux. Dans la commune de Nioro du Rip, à quelque 250 km à l'est de Dakar, une manifestation d'environ 200 personnes a été dispersée par la police, a constaté un journaliste de l'AFP.

À la mosquée Masjidounnour de Dakar, pour la grande prière musulmane du vendredi, l'imam Ahmed Dame Ndiaye s'est insurgé contre la situation politique.
"Même le président peut faire des erreurs et dans ce cas c'est à nous de lui dire la vérité", estime-t-il ajoutant que "personne n'a le droit de regarder la société en train d'être détruite".

Pour le muezzin Souleymane Ndiaye, le président Macky Sall "s'est dédit et c'est une honte pour tous les Sénégalais. La parole donnée est sacrée".

Débrayages dans les écoles

Dans la matinée, les professeurs ont donné le ton avec des débrayages dans les écoles. Au lycée Blaise Diagne de Dakar, des centaines d'étudiants ont quitté leurs cours à 10h, à l'instar de Seynabou Ba, 18 ans, qui dit "ne plus avoir d'espoir" pour la démocratie dans son pays.

"C'est juste le début d'un combat. Si le gouvernement s'entête, nous serons obligés de mener d'autres actions", a déclaré Assane Sene, un professeur d'histoire-géographie syndiqué de cet établissement.

Le report de la présidentielle de 10 mois a soulevé une indignation largement partagée sur les réseaux sociaux. L'opposition crie au "coup d'État constitutionnel". Elle soupçonne une manigance pour éviter la défaite du candidat du camp présidentiel, voire pour maintenir le président Sall à la tête du pays encore plusieurs années.

Un collectif de 14 candidats de l'opposition a déposé dans l'après-midi un recours devant la Cour suprême.

Les tentatives de manifestations depuis l'annonce du report ont été réprimées et des dizaines de personnes interpellées. Les autorités ont communément interdit de telles manifestations et empêché leur tenue ces dernières années.

Des dizaines de personnes ont été tuées et des centaines arrêtées depuis 2021 lors de différents épisodes de contestation.

Continuer les manifestations

Le collectif Aar Sunu Election ("Protégeons notre élection"), qui prévoit une autre manifestation le 13 février a insisté sur sa volonté de protester pacifiquement et de garder son indépendance. Une douzaine de candidats opposés au changement de calendrier, sur les 20 retenus par le Conseil constitutionnel, ont exprimé leur souhait d'une convergence avec la société civile.

Le président Sall a décrété le 3 février,  le report de la présidentielle, trois semaines seulement avant l'échéance, en pleine bagarre politique sur les candidatures retenues ou écartées pour le scrutin.

Après avoir entretenu le doute pendant des mois, il a répété à différentes reprises, et encore le 7 février, l'engagement pris en 2023 de ne pas se représenter.

Face à l'une des plus graves crises politiques des dernières décennies, le président Sall a dit vouloir engager un processus "d'apaisement et de réconciliation".

Ce soir à l'ONU, par la voix de son porte-parole Stéphane Dujarric, le Secrétaire général a exhorté les parties prenantes nationales au Sénégal à "engager le dialogue, maintenir un environnement politique pacifique, s'abstenir de recourir à la violence et assurer la tenue d'élections présidentielles inclusives et transparentes dans le cadre désigné par la constitution sénégalaise".