Sénégal : le président Macky Sall annonce le report de l'élection présidentielle

Le chef de l'État sénégalais Macky Sall annonce avoir abrogé son décret fixant au 25 février la date de la présidentielle. Cela intervient après la mise en place d'une commission parlementaire enquêtant sur deux juges du Conseil constitutionnel dont l'intégrité dans le processus électoral est contestée. Le ministre Secrétaire général du gouvernement a annoncé sa démission dans la foulée.

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Macky Sall

Le président Sénégalais Macky Sall à Saint-Pétersbourg le 17 juin 2023.

Evgeny Biyatov/Photo host Agency RIA Novosti via AP
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"J'ai signé le décret du 3 février 2024 abrogeant le décret" du 26 novembre 2023 fixant la présidentielle au 25 février 2024, a dit le chef de l'État sénégalais Macky Sall dans son discours à la Nation. Il a tenu ce discours à quelques heures de l'ouverture de la campagne électorale pour le scrutin présidentiel pour lequel devaient concourir vingt candidats, sans deux ténors de l'opposition.

"J'engagerai un dialogue national ouvert, afin de réunir les conditions d'une élection libre, transparente et inclusive", a dit Macky Sall dans son discours, sans donner de date.  C'est la première fois depuis 1963 qu'une élection présidentielle au suffrage universel direct est reportée au Sénégal. 

Démission du ministre Secrétaire général du gouvernement

Le ministre Secrétaire général du gouvernement sénégalais Abdou Latif Coulibaly a annoncé sa démission peu après l'annonce par le chef de l'État d'un report sine die de la présidentielle du 25 février, pour recouvrer sa "pleine et entière liberté", annonce-t-il dans un communiqué.

Après avoir "pris très bonne note de l’adresse au peuple sénégalais, j'ai pris la décision de tirer toutes les conséquences de tout cela, pour quitter le gouvernement", dit Abdou Latif Coulibaly, ancien journaliste réputé au Sénégal et  frère d'un des juges soupçonnés de corruption dans le dossier invoqué par le président Sall pour reporter le scrutin.

L'opposant sénégalais Khalifa Sall, un des principaux candidats annoncés à la présidentielle, appelle tout le pays à "se lever" contre le report de l'élection du 25 février. "Tout le Sénégal doit se lever. Toutes les forces politiques démocratiques et de la société civile devraient s'unir pour que ce projet n'aboutisse pas", a déclaré l'ancien maire de Dakar, sans lien de parenté avec le chef de l'État, lors d'une conférence de presse.

Par ailleurs, les États-Unis pressent le Sénégal à fixer "rapidement" une nouvelle date après le report de la présidentielle

Pas candidat à sa succession

Le président Sall avait fixé le scrutin présidentiel au 25 février dans un décret daté du 29 novembre 2023. Il avait promis fin décembre de remettre début avril le pouvoir au président élu à l'issue du scrutin et l'a réitéré plusieurs fois. Élu en 2012 pour sept ans et réélu en 2019 pour cinq ans, il a annoncé en juillet 2023 ne pas être candidat à un nouveau mandat.

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Il a désigné comme dauphin en septembre le Premier ministre Amadou Bâ, un responsable du parti présidentiel. Le Conseil constitutionnel a exclu du scrutin des dizaines de prétendants. Parmi eux, deux ténors de l'opposition, le candidat antisystème Ousmane Sonko, en prison depuis juillet 2023 notamment pour appel à l'insurrection et disqualifié par le Conseil à la suite d'une condamnation pour diffamation dans un dossier distinct, et Karim Wade, ministre et fils de l'ex-président Abdoulaye Wade (2000-2012).

L'absence pour la première fois du sortant à l'élection et la multiplicité des candidatures annonçaient un scrutin ouvert comme jamais. Le candidat du camp présidentiel, le Premier ministre Amadou Ba, adoubé par M. Sall, a été publiquement critiqué par les siens, et faisait face à des dissidents.

Ousmane Sonko a certes été disqualifié, mais, contre une attente largement répandue, le Conseil constitutionnel a retenu celui que son parti avait désigné, Bassirou Diomaye Faye, emprisonné lui aussi, mais pas condamné contrairement à son chef. Bassirou Diomaye Faye s'est imposé ces dernières semaines comme un postulant crédible à la victoire, un scénario cauchemar pour le camp présidentiel.

Une présidentielle scrutée

La présidentielle sénégalaise suscite un intérêt sans mesure avec celle d'un autre pays de 18 millions d'habitants, parmi les trente derniers au monde à l'indice onusien de développement humain, même si le Sénégal devrait commencer à produire des hydrocarbures en 2024. Alors que les coups d'État se sont succédés ces dernières années en Afrique de l'Ouest, le Sénégal n'en a connu aucun, une rareté sur le continent. Américains et Européens vantent la stabilité et la pratique sénégalaise de la démocratie et de l'alternance. Le Sénégal a élu tous ses présidents au suffrage universel depuis 1963 et en a même changé par les urnes.

Le Sénégal est entré en période pré-électorale dans l'inquiétude de nouvelles violences. Le Conseil constitutionnel a validé en janvier vingt candidatures, mais éliminé celles d'Ousmane Sonko et d'une autre figure de l'opposition, Karim Wade. Les craintes de nouvelles confrontations ne se sont pas concrétisées. La diversité des candidatures a même été saluée comme un signe d'inclusivité. Mais le rejet des dossiers de Karim Wade et de dizaines d'autres prétendants, ainsi que la confusion sur le fichier électoral et autour du système des parrainages nécessaires pour être candidat ont suscité de multiples protestations.