Sénégal : quels scénarios possibles pour la présidentielle ?

Jeudi 22 février, face à la presse sénégalaise, Macky Sall a indiqué que la date de la présidentielle serait fixée à l'issue d'un dialogue national. Le chef de l’État sénégalais a également dit que sa "mission" à la "tête du Sénégal" se "termine" le 2 avril prochain. Ces déclarations ont ouvert une nouvelle inconnue dans le cas où l'élection aurait lieu après cette date.

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sénégal manifestations mai 2023

Photo d'archives. Un manifestant brandit un drapeau sénégalais lors d’une manifestation contre la possibilité du président Macky Sall de briguer un troisième mandat présidentiel. Dakar, Sénégal - vendredi 12 mai 2023.
 

AP/Leo Correa
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Le 3 février, Macky Sall a annoncé le report de la présidentielle, initialement prévue le 25 février. Une annonce surprise à trois semaines de l'échéance, marquée par des manifestations massives dans plusieurs villes du pays.  Trois personnes ont été tuées en marge de ces rassemblements.  

Les tensions sont retombées après l'invalidation du report par le Conseil constitutionnel, le 15 février dernier. Mais le président sénégalais Macky Sall a laissé en suspens la date de la présidentielle. 

Pour un dialogue national 

Il a tout de même tenté d’initier un  "dialogue national ouvert, afin de réunir les conditions d'une élection libre, transparente et inclusive dans un Sénégal apaisé et réconcilié", selon ses propres mots face à la presse sénégalaise le 22 février. Avec ce dialogue, il dit vouloir “sortir de la crise” et “trouver une date consensuelle”. Le dialogue doit porter sur la date de la présidentielle et sur l'après-2 avril, a-t-il dit jeudi. "L'élection peut se tenir avant ou après le 2 avril", a-t-il déclaré, ajoutant ensuite qu'il ne pensait pas qu'elle se tiendrait avant cette date.

Il a indiqué qu'étaient invités au dialogue les 19 candidats retenus pour le scrutin, les dizaines d'autres écartés de la course par le Conseil constitutionnel, les partis et la société civile. Des acteurs dont les intérêts semblent difficilement conciliables.

Seize candidats à la présidentielle et un collectif citoyen mobilisé contre le report refusent d'y prendre part. Tous exigent que le président fixe la date avant le 2 avril préalablement à toute discussion. "Si on trouve ce consensus (au dialogue), je prendrai le décret immédiatement pour fixer la date ; si le consensus n'est pas trouvé, je renverrai l'ensemble au niveau du Conseil constitutionnel, qui avisera", a dit Macky Sall.

Vers un vide juridique ?

Si l'élection se déroule après le 2 avril, date à laquelle le président s'est engagé à partir, "ce sera une situation de vide juridique", a déclaré à l'AFP le constitutionnaliste Babacar Gueye. En cas de démission, d'empêchement ou de décès, le président est suppléé par le président de l'Assemblée nationale, dit l'article 39 de la Constitution, mais aucun cas de figure n'est envisagé dans la situation actuelle.

En pareilles circonstances, le seul recours qui reste est le Conseil constitutionnel. Selon Babacar Gueye, le Conseil pourrait soit demander au président de l'Assemblée d'assurer l'intérim et d'organiser une élection en lui donnant un délai, soit appeler la classe politique à trouver une solution.

Interrogé sur l'éventualité que le Conseil constitutionnel prolonge le mandat du président au-delà du 2 avril pour qu'il organise le scrutin, Babacar Gueye, sans l'exclure, juge que ce serait "illogique". Selon son analyse, c'est Macky Sall qui a contribué à ne pas organiser la présidentielle à la date prévue, et parce que le Conseil a rappelé l'intangibilité du mandat de cinq ans du chef de l’État quand il a mis son veto au report.

L'inconnue Ousmane Sonko 

La figure de l'opposition emprisonnée Ousmane Sonko, dont la candidature a été invalidée, et son remplaçant pour la présidentielle, Bassirou Diomaye Faye, lui aussi incarcéré, ne peuvent prendre la parole publiquement, mais ils restent dans toutes les têtes.

Ousmane Sonko livre depuis 2021 avec le président Sall un duel pour le pouvoir. Leurs affrontements ont provoqué des troubles qui ont fait des dizaines de morts et des centaines d'arrestations. Ses diatribes contre le président, la corruption des élites et l'emprise économique et politique exercée selon lui par l'ex-puissance coloniale française l'ont fait gagner en popularité. Il a fait la preuve par le passé de sa capacité de mobilisation, notamment auprès des jeunes.

Alors que plusieurs centaines de détenus ont été libérés depuis une semaine, le président Sall s'est dit jeudi "prêt" à libérer les deux hommes avant la présidentielle pour aller vers des élections "apaisées". Mais la coalition des deux hommes a prévenu qu'ils refuseraient de discuter avec le chef de l’État tant que le président n'aurait pas fixé la date de l'élection.

La Coalition Diomaye Président refuse ainsi de discuter de la date de la présidentielle, a-t-elle dit dans un communiqué transmis samedi à l'AFP. Elle invoque la demande faite aux autorités par le Conseil constitutionnel, qui est, selon elle, une "injonction" à organiser l'élection avant le 2 avril, expiration officielle du mandat du président Sall. Cette exigence est "non-négociable", dit la Coalition.