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Sénégal : Save Dakar, contre les incivilités dans la capitale

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(c) TV5MONDE / M. CHEVANCE

Dakar est-elle devenue invivable ? Explosion démographique, pollution, anarchie, embouteillages,autant de maux dénoncés par un collectif citoyen : Save Dakar. Une initiative digitale qui pointent du doigt toutes les incivilités de la capitale sénégalaise. Tout le monde peut participer en publiant sa photo du jour avec le #SaveDakar. Un après son lancement, le projet cartonne sur les réseaux sociaux, le mouvement de contestation d’un Dakar qui suffoque prend de l’ampleur.

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Maguette en a assez de l’anarchie qui règne dans les rues de Dakar. Il veut la dénoncer. Depuis plusieurs mois il partage régulièrement ses photos prises dans Dakar sur les réseaux sociaux pour exprimer son ras-le-bol. En surfant sur internet il a découvert le collectif Save Dakar et il a rejoint les milliers d’internautes Dakarois qui, avec le #SaveDakar, dénoncent leur exaspération. Chaque jour Maguette emprunte la même passerelle pour se rendre à son travail. Elle est désormais envahie par les vendeurs ambulants. A l’heure de pointe difficile de se frayer un chemin tellement le passage est encombré.
 
C’est devenu un réflexe pour moi de prendre en photo tout ce qui me déplait sur Dakar et je le partage sur les réseaux sociaux avec le #SaveDakar. Ici c’est une passerelle que je prends chaque matin pour aller au travail et c’est occupé de façon anarchique par les vendeurs ambulants. Le soir en rentrant c’est occupé de telle sorte qu’on ne peut plus passer. C’est vraiment désolant, j’en ai ras-lebol de tout ça, j’aimerai bien que ça cesseMaguette Gaye, habitant de Dakar
Mandione Laye Kébé a fondé il y a un an le collectif citoyen Save Dakar. Depuis le projet cartonne. Près de 15 000 abonnés rien que pour la page twitter. Save Dakar est une initiative citoyenne qui sensibilise sur l'importance de la reprise en main du patrimoine et des biens publics de la capitale sénégalaise.

Chaque jour le collectif publie des photos montrant la détérioration de la qualité de vie, l'enfer de la circulation, la saleté, l'occupation illégale des rues etc. Régulièrement, les photos publiées font le buzz. Désormais elle fait partie du quotidien de nombreux Dakarois et le projet a impacté leur quotidien. Il arrive même que les autorités réagissent après la publication de certaines photos sur les réseaux sociaux. Le #SaveDakar est utilisé chaque jour des centaines de fois.

Le projet est née après une balade de Mandione place de l’Indépendance, un lieu mythique du centre ville de Dakar, qui se dégradait (poubelles, marchands ambulants, bancs arrachés) et tout le monde laissait faire. A l'heure du numérique, Mandione a compris que pour que son initiative cartonne elle devait être digitale et accessible pour tous. Qu'elle soit participative, que les citoyens puissent s’y identifier, s’y
exprimer.
 
Nous on dénonce. Est-ce que de la part des autorités ils réagissent? Oui. Par exemple sur cette photo, il y a un lampadaire qui a failli de tomber sur les citoyens. On l’a posté sur twitter, il y avait tellement de retweet que les agents de la Senelec eux-mêmes nous ont contacté pour nous demander le lieux, pour qu’il puisse régler le problème.Mandione Laye Kebe, fondateur de Save Dakar=
Du net, le projet Save Dakar va aussi à la conquête du terrain. Par des opérations de nettoyage de plages ou de quartiers populaires, mais aussi dans les écoles. Le combat dépasse la sphère internet, le virtuel, et passe par la pédagogie.

Pour redonner à Dakar ses lettres de noblesse, l’éducation des jeunes est primordiale. Ce matin, Mandione, accompagné par deux amis bénévoles, Rokhaya et Incent, se rendent à l’école El Hadj Ali Codou Ndoye dans le quartier populaire de Gueule Tapée.
 
Nous misons beaucoup sur les enfants. Ils sont plus réceptifs. Ils peuvent être nos interlocuteurs vis-à-vis de leurs familles. Je leur dis de ne pas jeter leurs détritus par terre. S’ils voient des adultes qui sont en train de jeter des détritus par terre qu’ils leur disent de les mettre dans les poubelles. On a aussi parlé du civisme, du patriotisme. Ce sont des valeurs qui se perdent et toute cette anarchie que l’on voit dans les rues de Dakar, la majeure partie se sont des adultes. Donc nous on pense que les meilleures ambassadeurs du Sénégal ce sont les enfants.Mandione Laye Kébé, fondateur de Save Dakar
Save Dakar travaille sur une application qui mettrait en relation citoyens et élus concernant des problèmes d’utilité publique (un lampadaire qui menace de s’effondrer, un accident qui bouche la voie, une inondation etc.).

En parallèle le collectif va lancer une campagne de financement participatif pour des projets dans des quartiers populaires: sensibilisation dans les écoles, mise à disposition de poubelles publiques, réhabilitation d’espaces verts.