Sénégal: Sonko dénonce l'attitude de Macron pendant la répression

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Le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko lors d'une conférence à l'Université Cheikh Anta Diop, le 16 mai 2024 à Dakar

Le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko lors d'une conférence à l'Université Cheikh Anta Diop, le 16 mai 2024 à Dakar

AFP
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Le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko s'en est pris jeudi à l'attitude de Paris lors de la répression de la contestation sous l'ancien président Macky Sall, accusant la présidence Macron d'avoir incité à la "persécution".

"Durant toute la période de persécution extrêmement violente contre tout un mouvement politique, ayant entraîné et causé la mort de plus d'une soixantaine de personnes, des milliers de blessés, plus de 1.000 détenus politiques, vous n'avez jamais entendu le gouvernement français dénoncer ce qui s'est passé au Sénégal", a déclaré M. Sonko lors d'une intervention de plus d'une heure sur les relations avec l'Europe devant des étudiants à Dakar.

Il a accusé l'Union européenne du même silence.

M. Sonko a accusé M. Macron d'avoir accueilli et "félicité" son homologue sénégalais "au pire (moment)" de la répression. "C'est une incitation à la répression, une incitation à la persécution et à l'exécution de Sénégalais qui n'avaient (commis d'autre) crime que d'avoir un projet politique", a-t-il déclaré.

"La vérité, c'est que beaucoup de gouvernements européens et singulièrement français s'accommodaient mal de notre discours politique souverainiste et se sont fixé comme objectif de l'entraver. C'est ce qui explique le mutisme approbateur face à la sanglante répression du régime du président Macky Sall contre notre parti", a-t-il dit.

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Le nouveau Premier ministre sénégalais, qui participait à une conférence avec l'opposant de gauche radicale française Jean-Luc Mélenchon, a souligné qu'il s'exprimait en tant que chef du parti Pastef et non en qualité de chef du gouvernement.

M. Sonko et le Pastef ont été, entre 2021 et la présidentielle de 2024, les acteurs d'un bras de fer intense avec le pouvoir en place.

M. Sonko a été emprisonné plusieurs mois et empêché de concourir à l'élection dont il était donné comme l'un des favoris.

Il s'est fait remplacer pare son second Bassirou Diomaye Faye qui l'a emporté haut la main au premier tour contre le candidat désigné par M. Sall.

Le Français Jean-Luc Mélenchon, chef de file du parti de gauche radicale LFI (g) et le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko lors d'une conférence à l'Université Cheikh Anta Diop, le 16 mai 2024 à Dakar

Le Français Jean-Luc Mélenchon, chef de file du parti de gauche radicale LFI (g) et le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko lors d'une conférence à l'Université Cheikh Anta Diop, le 16 mai 2024 à Dakar

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M. Sonko a dénoncé la "néocolonisation" à l'oeuvre selon lui dans les relations entre l'Europe et l'Afrique.

"Nous y avons presque cru lorsque le président Macron déclinait la nouvelle doctrine africaine de l'Elysée, cette nouvelle doctrine qui devait constituer au refus de tout soutien politique à des régimes autoritaires et corrompus. Ce n'est pas ce qui s'est passé au Sénégal", a-t-il déclaré.

M. Sonko s'était signalé en tant qu'opposant par ses sorties contre l'emprise politique et économique que continuait à exercer la France selon lui. Il a réaffirmé jeudi que son propos ne visait pas le "peuple français avec lequel nous n'avons aucun problème", mais "l'élite gouvernante actuelle".

Il a assuré que ses positions ne changeaient pas avec l'accession au pouvoir. Mais cette accession "nous amènera à collaborer avec tous les gouvernements, y compris l'Etat français et le gouvernement de Monsieur Emmanuel Macron", a-t-il déclaré.