Afrique

Sierra Leone : 2nd tour de la présidentielle le 31 mars 2018

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©TV5MONDE / Commentaire : Emmanuelle Godard - Montage : C. Harnoy

Le second tour de la présidentielle au Sierra Leone aura donc bien lieu. La justice a rejeté les allégations de fraude porté par un juriste. Initialement prévu mardi 27 mars 2018, le scrutin est reportée au 31 mars 2018.

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La Haute cour de Sierra Leone, qui a ordonné samedi à la Commission électorale nationale (NEC) de suspendre les préparatifs du scrutin, a levé l'injonction en début d'après-midi. 

Quelque 250 personnes et une quarantaine d'avocats s'étaient pressés en début d'après-midi dans la salle d'audience pleine à craquer. A l'extérieur, les caméras de télévision étaient maintenues à distance par une trentaine de policiers, dont certains casqués et armés de fusils automatiques, déployés autour du bâtiment de style colonial à la façade blanche décrépie. Un jeune partisan du SLPP invectivait les passants, réclamant à grand cri en direction de la cour que l'élection se tienne "maintenant"

Avant même ce rebondissement, le second tour s'annonçait déjà très indécis entre le candidat du pouvoir, Samura Kamara, homme lige du président sortant Ernest Bai Koroma, et celui de l'opposition, l'ancien général Julius Maada Bio, après une campagne tendue dans ce pays très pauvre d'Afrique de l'Ouest gangréné par la corruption. 

Fin de l'incertitude pour les deux camps

A la sortie du palais, il y a ceux qui sont contents... et ceux qui le sont moins. Au premier tour, le candidat du pouvoir, Samura Kamara et celui de l'opposition Julius Maada Bio sont arrivés au coude à coude, avec une légère avance pour l'opposition.  Le parti au pouvoir avait alors déposé un recours en justice : il cachait ce lundi sa déception.

"Il y a eu tellement d'irrégularités dans le processus que nous sommes venus devant les tribunaux pour que nous puissions corriger ces irrégularités. Alors maintenant, le tribunal a tranché. C'est ce que nous voulions", a déclaré Aruna Conteh, avocat du parti au pouvoir APC. 
 
Le pays va aller de l'avant, les élections se dérouleront demain comme prévu et nous sommes tous très optimistes.Aruna Conteh, avocat du parti au pouvoir APC
Pour l'opposition, ce contre-temps orchestré par le pouvoir est un moyen pour l'actuel président, Ernest Koroma, de s'accrocher encore à son siège. "La cour a été sensible à l'opinion publique. La décision a été dans l'intérêt de la justice", a déclaré Adekule King, avocat du parti d'opposition SLPP.
 
Les gens de cette nation sont fatigués, ils en ont assez de l'incertitude ambiante.Adekule King, avocat du parti d'opposition SLPP

Scrutin reporté au 31 mars

Mais le scrutin ne pourra pas avoir lieu ce mardi 27 mars 2018. ​La Commission électorale ayant suspendu l'organisation, les bureaux de vote ne seront pas prêts à temps. "En raison des retards logistiques dus à cette injonction, le vote ne peut se tenir le 27 mars comme prévu", a annoncé la NEC en début de soirée, ajoutant que les quelque 3,1 millions d'électeurs étaient appelés aux urnes le 31 mars. 

Le candidat du principal parti d'opposition, le SLPP, Julius Maada Bio, a accusé dimanche le président Koroma, qui ne pouvait plus se représenter après deux mandats, de "pousser la Sierra Leone au bord du chaos" par des manoeuvres dilatoires. Battu par M. Koroma en 2012, M. Bio espère tenir sa revanche, après avoir devancé de peu au premier tour le 7 mars économiste de formation, ancien ministre des Affaires étrangères et homme lige du président sortant, avec 43,3% des suffrages contre 42,7 %.

M. Kamara s'était pour sa part "réjoui que la justice s'assure que la NEC mette au clair les décalages et irrégularités de l'élection du 7 mars avant le second tour".            

Accusations de fraudes électorales              

La Cour a également donné lundi des instructions à la NEC pour assurer la transparence et l'intégrité  des résultats, notamment la communication des procès-verbaux aux représentants des deux partis et leur affichage dans chaque bureau de vote.

Dans son recours, un juriste appartenant à l'APC, le parti au pouvoir, Ibrahim Sorie Koroma, avait dénoncé des fraudes électorales, exigeant qu'elles fassent l'objet d'une enquête avant la tenue du second tour. L'APC a par ailleurs affirmé dimanche que les listes électorales utilisées par la NEC pour calculer les résultats ne correspondaient pas à aux listes officiellement publiées. La justice n'a pas été saisie de cette question, qui pourrait donner lieu à un nouveau contentieux d'ici au jour du vote.

Les missions d'observateurs étrangers et de la société civile, notamment celle de l'Union européenne, avaient salué le bon déroulement du scrutin, qui combinait élections présidentielle, législatives et locales, marqué par une participation atteignant le niveau exceptionnel de plus de 84%. 

La campagne pour le second tour, qui s'est achevée dimanche, était repartie sur les bases de la fin de celle du premier, avec un recours de plus en plus manifeste à la carte régionale et ethnique, selon des analystes. En l'absence de sondages crédibles, tout pronostic sur le vainqueur s'annonce hasardeux. L'issue est d'autant plus incertaine que si l'opposition a viré en tête à la présidentielle, l'APC frôle la majorité absolue à l'Assemblée nationale, selon les résultats des législatives, 7 des 132 sièges doivent encore être attribués à l'issue de nouveaux comptages et d'une annulation.
Le bilan de l'administration Koroma est contrasté.