Afrique

Sirop au paracétamol : après la mort de 66 enfants en Gambie, l’OMS ouvre une enquête

Le directeur général de l'Organisation mondiale de la santé, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus le 18 février 2022 à Bruxelles.
Le directeur général de l'Organisation mondiale de la santé, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus le 18 février 2022 à Bruxelles.
© Johanna Geron/Pool Photo via AP, File

L’OMS lance une alerte concernant des sirops contre la toux et le rhume produits par le laboratoire indien Maiden Pharmaceuticals. Ils pourraient avoir causé le décès de 66 enfants en Gambie et avoir été distribués dans d'autres pays. Une enquête a été ouverte par l'organisme international.

Le directeur général de l'Organisation mondiale de la santé, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, a annoncé lui-même cette "Alerte produit médical" lors de sa conférence de presse hebdomadaire sur les enjeux sanitaires dans le monde.

Les médicaments contaminés sont des sirops contre la toux et le rhume qui "pourraient avoir un lien avec des lésions rénales aiguës et le décès de 66 enfants", a-t-il indiqué.

Il s'agit de quatre produits: Promethazine Oral Solution, Kofexmalin Baby Cough Syrup, Makoff Baby Cough Syrup et Magrip N Cold Syrup. Ils sont tous fabriqués par la même entreprise Maiden Pharmaceuticals Limited.

Ouverture d'une enquête

"L'OMS mène une enquête avec l'entreprise et les autorités de réglementation en Inde", indique le Dr Tedros Ghebreyesus.

Dans le document technique de l'alerte, l'OMS indique que "l'analyse en laboratoire d'échantillons de chacun des quatre produits confirme une contamination par diéthylène glycol et éthylène glycol en quantités inacceptables".

Le diéthylène glycol et l'éthylène glycol sont toxiques et peuvent être mortels.

Les effets toxiques incluent - selon l'OMS - douleurs abdominales, vomissements, diarrhées, incapacité à uriner, maux de tête, altération de l'état mental et lésions rénales aiguës pouvant entraîner la mort.

Une distribution mondiale

L'organisation internationale basée à Genève précise que les quatre médicaments contaminés ont été identifiés en Gambie mais pourraient avoir été distribués, par le biais de marchés informels, ailleurs dans le monde.

"Tous les lots de ces produits doivent être considérés comme dangereux jusqu'à ce qu'ils puissent être analysés par les Autorités Nationales de Réglementation compétentes", indique l'OMS.

Par mesure de précaution, l'OMS recommande à tous les pays de détecter et de retirer ces médicaments de la circulation.

Interdiction en Gambie

Le 9 septembre, les autorités sanitaires gambiennes ont indiqué avoir ouvert à la mi-juillet une enquête sur la mort récente de 28 enfants pour insuffisance rénale aiguë et demandé aux hôpitaux et aux cliniques de ne plus utiliser du sirop de paracétamol.

Une soudaine augmentation des cas d'insuffisance rénale aiguë chez les enfants de cinq mois à quatre ans a entraîné la mort d'au moins 28 d'entre eux, indique un rapport du ministère de la Santé du 8 août.

Les autorités sanitaires gambiennes ont ouvert une enquête et cité jusqu'alors la bactérie E. coli et la prise de sirop contenant du paracétamol comme causes possibles des décès. Elles évoquent aussi comme éventuel possible le sirop de prométhazine et ordonné le 23 septembre le rappel de tous les médicaments contenant du sirop de paracétamol ou de prométhazine.

La prométhazine est un neuroleptique antihistaminique employé contre l'allergie et l'insomnie passagère.

L'agence gambienne de contrôle des médicaments a diffusé le même jour un message de rappel de toutes les marques de produits contenant du sirop de paracétamol ou de prométhazine, "suspects dans des cas d'insuffisance rénale aiguë et de décès chez des enfants".

Sanctions 

Le message est destiné à tous les importateurs, grossistes et détaillants de médicaments, y compris les hôpitaux.

"En raison de la gravité des circonstances et afin de protéger le public, il sera procédé au rappel de toutes les marques et de tous les lots de ces produits suspects, en commençant par les foyers des particuliers", dit le message.

"De lourdes sanctions seront appliquées aux contrevenants", prévient-il.

La Gambie, plus petit pays d'Afrique continentale avec un peu plus de deux millions d'habitants, est 174e sur 191 à l'indice de développement humain de l'ONU, qui agrège des critères de santé, d'éducation et de niveau de vie. 

Près de la moitié de la population y vit sous le seuil de pauvreté, selon la Banque mondiale.