Afrique

Sommet Afrique-France : les recommandations d'Achille Mbembe pour refonder les liens franco-africains

Achille Mbembe remet son rapport au président Emmanuel Macron, le 5 octobre à Paris.
Achille Mbembe remet son rapport au président Emmanuel Macron, le 5 octobre à Paris.
(compte Twitter du président Emmanuel Macron))

Un sommet Afrique-France d'un nouveau genre se tiendra, vendredi 8 octobre, à Montpellier. Prélude à ces rencontres entre membres des sociétés civiles africaine et française, le rapport de l'historien Achille Mbembe liste une série de recommandations pour "refonder" les relations entre la l'Afrique et la France. 

C’est un sommet Afrique-France d’un nouveau genre que celui du 8 octobre à Montpellier. Aucun chef d’Etat ni autorité institutionnelle conviés, une parole exclusivement réservée aux sociétés civiles africaine et française.

En amont de cet événement, le politologue, historien et professeur à l’université du Witwatersrand de Johannesburg, Achille Mbembe, missionné par Emmanuel Macron, a pris le temps de préparer le terrain.

Mercredi 6 octobre, il a déposé au chef de l’Etat français un rapport de quelque 140 pages sur la perception de la relation avec la France qu’entretient la jeunesse africaine, intitulé Les nouvelles relations Afrique-France : relever ensemble les défis de demain.

Travail inédit au sein de douze pays africains

Le document résulte d’un travail lui aussi inédit, fruit d’un cycle de discussions dans douze pays d’Afrique et au sein de la diaspora africaine installée en France.

Ainsi, entre mars et juillet 2021, plus de 65 débats se sont tenus en Afrique du Sud, en Angola, en République démocratique du Congo, au Cameroun, au Nigeria, au Niger, au Burkina Faso, au Mali, en Côte d’Ivoire, au Sénégal et en Tunisie. Ajoutées à cela, « une dizaine de séquences » dans plusieurs villes de l’Hexagone faisant intervenir la diaspora.

Au final, plus de 3.600 personnes d’horizons divers, à savoir, étudiants, entrepreneurs, étudiants, sportifs, avocats, journalistes, historiens, banquiers, artistes, experts en tous genres et consorts, femmes et hommes, ont contribué à ce rapport.

Les discussions ont porté sur une pléthore de thèmes : environnement, santé, biodiversité, éradication de la pauvreté, insécurité alimentaire, transition numérique, mobilité, francophonie, franc CFA, mémoires de l’esclavage et du colonialisme, accords de défense et de sécurité liant la France et certains pays africains etc.

Théorie et recommandations

Co-organisateur du sommet, M. Mbembe, à l’issue de cette synthèse d'avis et de suggestions, dont la première partie se veut théorique, a livré une série de recommandations pour la « refondation » des relations entre acteurs africains et français. Elles sont au nombre de treize.

(Re)voir : Sommet Afrique France : que dit le rapport d'Achille Mbembe ?
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  • Un fonds d'innovation pour la démocratie
La première consiste en la création d’un « fonds d’innovation pour la démocratie » pour « accompagner la montée en compétences des acteurs des sociétés civiles africaines par le biais d’initiatives innovantes de promotion de la démocratie et de renforcement de l’Etat de droit. »

Cette ressource financière, d’une dotation initiale de 15 millions d’euros, n’aurait pas vocation à financer des partis ou des mouvements politiques.

Il viendrait « en appui aux initiatives des sociétés civiles, organisations, associations et collectifs indépendants impliqué dans les questions relatives aux droits humains, à la transparence des institutions politiques, aux libertés fondamentales, à la formation à l’exercice des droits civiques ». Il viserait, en outre, à appuyer la recherche et « l’innovation pour la démocratie ».
 
  • Une Maison des Mondes africains et des diasporas
La seconde ambitionne de bâtir une « Maison des Mondes africains et des diasporas », un grand lieu de création, d’expérimentation et de transmission des savoirs ouvert à tous les publics. En somme, un endroit où « voisineraient le livre, le dessin, la musique, le spectacle vivant, les activités pour les jeunes publics, le cinéma, la photographie ou l’apprentissages des langues africaines. »

Le rapport suggère qu’une telle structure devrait découler d’une initiative présidentielle et serait « un héritage majeur du président Emmanuel Macron. »
Alors que « le moment est venu de créer en France un véritable Portail des diasporas africaines », le lancement d’une mission de préfiguration, qui rendrait ses premières conclusions d’ici à avril 2022, devrait être annoncé à Montpellier.

A noter que cette « Maison » nouvelle pourrait porter le nom de Maryse Condé, écrivaine guadeloupéenne.

« La France pourrait d’ores et déjà consacrer 50 millions d’euros à ce projet sur les trois prochaines années », préconise le texte.
 
  • Un Erasmus entre la France et l'Afrique
 Autre conseil, l’élaboration du « Programme Campus nomade ». Objectif de cette sorte d’Erasmus entre la France et l’Afrique : répondre à « l’extraordinaire demande de mobilité, de circulation et de connaissance qui travaille les nouvelles générations africaines et françaises dans le domaine de l’enseignement supérieur et de la recherche. »

Ce programme de coopération universitaire et scientifique pourrait être doté, initialement, de 5 millions d’euros et être doublé « d’un Collegium franco-africain, sur le modèle des Instituts d’études avancées. »
 
  • Ecrire une nouvelle histoire des relations franco-africaines
 La refondation des liens franco-africains passe, par ailleurs, par le tissage d’un « nouveau narratif ». Le rapport Mbembe met l’accent sur le « récit de l’histoire des relations entre l’Afrique et la France », qui est « revenu comme une antienne. Bien souvent, l’idée reste ancrée d’une histoire écrite par l’ancienne puissance coloniale. »

Pour y remédier, le rapport encourage la formation d’une commission présidée par un(e) historien(ne) ou un tandem d’historiens africains ou franco-africains, chargée d’écrire « une nouvelle histoire des relations entre l’Afrique et la France, à travers des yeux africains. »

Une telle démarche pourrait se concrétiser sous la forme de productions audiovisuelles (films, séries télévisées, livres illustrés...), nourris de témoignages directs de la populations et d’archives variées (écoles, églises, musées, médias, associations).

Faire entendre la « voix de l’Afrique » sur le climat et la biodiversité, transformer l’aide publique au développement (APD) ou encore initier un forum euro-africain sur les migrations font également partie de la liste des recommandations. 

(Re)voir : Afrique-France : le sommet de Montpellier, un renouveau ?
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