Afrique

Sortir de la crise sécuritaire au Sahel : le président malien Bah N'Daw en visite en France

Bah Ndaw et Emmanuel Macron à l'Elysée ce mercredi 27 janvier 2021. Le président malien rencontrait son homologue français pour préparer le sommet de N'Djamena prévu mi-février.
Bah Ndaw et Emmanuel Macron à l'Elysée ce mercredi 27 janvier 2021. Le président malien rencontrait son homologue français pour préparer le sommet de N'Djamena prévu mi-février.
© REUTERS/Gonzalo Fuentes

Un an après Pau et à trois semaines du sommet de N'Djamena, le président malien de transition Bah N'Daw était ce mercredi reçu par le président français Emmanuel Macron. Objectif, accorder les violons avant le rendez-vous au Tchad mi-février, et ce alors que les relations entre la France et les pays du G5-Sahel connaissent de nouvelles turbulences.

Entre les doutes, les tensions et les crises, la relation entre la France et les pays sahéliens est plus que tendue. Un an après un sommet de Pau censé remettre de l'huile dans les rouages, le sommet de N'Djamena programmé les 15 et 16 février prochain sera plus que crucial.
Après les présidents mauritanien et tchadien ces dernières semaines, c'était au tour du président malien de transition, Bah N'Daw d'être reçu à l'Elysée par Emmanuel Macron au cours d'une visite de trois jours à Paris.

Pourquoi ces tensions ? Qu'attendre de la rencontre entre Bah N'Daw et Emmanuel Macron ? L'analyse d'Ousmane Ndiaye, rédacteur en chef à TV5MONDE.

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De tous les côtés, on tente d'arrondir les angles. Dernier geste en date, ce document daté du 18 janvier mais rendu public au moment de la venue du président malien à Paris. Un décret signé de Bah N'Daw et du Premier ministre Moctar Ouane dissout officiellement la junte qui avait pris le pouvoir en août 2020.

Le décret daté du 28 janvier et signé du président et du Premier ministre maliens dissout le CNSP, c'est à dire la junte qui avait fait tomber le président IBK en août 2020.
Le décret daté du 28 janvier et signé du président et du Premier ministre maliens dissout le CNSP, c'est à dire la junte qui avait fait tomber le président IBK en août 2020.
© Capture d'écran

Défiance

La dissolution du Conseil national pour le salut du peuple (CNSP) était une exigence récurrente de la Cédéao, la communauté ouest-africaine préoccupée par le rôle central que jouent les anciens putschistes dans la transition mise en place fin septembre.
Le chef de la désormais ex-junte, le colonel Assimi Goïta, est aujourd'hui vice-président, c'est à dire numéro 2 malien. Son ancien bras droit, le colonel Malick Diaw, est pour sa part à la tête du Conseil national de transition, en clair l'Assemblée nationale de la transition. Comme l'écrit le journaliste de RFI Serge Daniel, "le CNSP est désormais officiellement dissous, mais ses principaux responsables militaires ne sont ni retournés dans les camps ni au chômage". En visite à Bamako le 12 janvier, l'émissaire de l'Afrique de l'Ouest pour le Mali, l'ancien président nigérian Goodluck Jonathan avait à nouveau réclamé cette dissolution et affirmé, fort diplomatiquement, n'avoir pour l'instant aucune raison de douter que des élections auraient lieu début 2022 comme promis par les putschistes en septembre dernier.

Un geste qui peut être interprété comme un signe de bonne volonté alors que la France peine à cacher ses doutes quant à la situation sécuritaire au Mali et au Sahel en général.
Il y a huit ans, Paris décidait d'intervenir en urgence pour stopper la progression vers le Sud de groupes djihadistes venus du Nord avec Bamako dans leur ligne de mire. C'était l'opération Serval rebaptisée ensuite Barkhane.

Parallèlement, l'ONU s'est déployée dans le pays via la MINUSMA et le Mali appartient au G5-Sahel, aux côtés du Burkina Faso, du Tchad, du Niger et de la Mauritanie. Pourtant, malgré tous ces dispositifs et de grosses pertes en vie humaine, la situation sécuritaire s'aggrave. La crise du Nord-Mali s'est enkystée dans le Centre du pays débordant largement vers l'Est et la zone dite des Trois-Frontières entre le Niger, le Burkina Faso et le Tchad.

En France, Emmanuel Macron a récemment répété qu'il comptait réduire les effectifs de Barkhane (actuellement 5000 hommes environ) et au Mali c'est dans l'opinion publique que s'exprime la défiance à l'égard de Paris. Les accusations de bavure française (fermement démenties par le gouvernement français) début janvier dans le Centre du Mali sont loin d'avoir apaisé les crispations.

Alors que le président Bah N'Daw volait mardi en direction de Paris, l'armée malienne dressait le bilan d'une opération menée entre le 2 et le 20 janvier dernier et baptisée Eclipse et au cours de laquelle une centaine de djihadistes auraient été tués.

Cette opération qualifiée de "très ambitieuse" par l'armée française consistait en deux séquences : une phase d'entraînement "ensemble, pour mieux nous connaître sur le terrain afin d'évoluer entre frères d'armes" puis une séquence de combat pour "dénicher les terroristes dans le Gourma malien jusqu'à la frontière burkinabé". Un an après le sommet de crise à Pau et alors que les doutes s'expriment de toutes parts, l'opération Eclipse tombe à point nommé.