Afrique

Soudan : 60 morts en une semaine dans un conflit tribal à la frontière avec l'Ethiopie

 Des réfugiés à la fronière entre le Soudan et l'Éthiopie en mai 2022.
 Des réfugiés à la fronière entre le Soudan et l'Éthiopie en mai 2022.
AP Photo/Nariman El-Mofty

Le conflit tribal qui secoue depuis le début de la semaine l'Etat soudanais du Nil Bleu, frontalier de l'Ethiopie, a fait au moins 60 morts et 163 blessés, selon les autorités locales. Un conflit foncier entre les tribus Haoussa et Barti dans le district de Qissan est à l'origine des affrontements.

Des dizaines de familles fuient le conflit tribal qui a fait ces derniers jours au moins 60 morts et 163 blessés dans l'Etat soudanais du Nil Bleu, frontalier de l'Ethiopie, selon les autorités locales. "Treize des blessés sont dans un état grave et seront transférés dans des hôpitaux à Khartoum", précise  Jamal Nasser, le ministre de la Santé de cet Etat. Les affrontements ont éclaté lundi dernier à la suite d'un conflit foncier entre les tribus Haoussa et Barti dans le district de Qissan.

"Il nous faut des renforts de troupes pour reprendre le contrôle de la situation", a demandé Adel Agar, de la municipalité d'al-Roseires. Des médecins de l'hôpital de la ville ont réclamé eux-aussi des renforts face au nombre croissant de blessés.

Selon M. Agar, nombre de personnes, dont des blessés, ont cherché refuge dans des commissariats. Il n'était pas en mesure de donner un bilan mais a plaidé pour l'intervention rapide d'un médiateur.Des soldats ont été déployés et un couvre-feu imposé à partir de samedi.

Pourquoi le conflit a-t-il dégénéré?

Selon un  dignitaire des Haoussas cité par l'AFP, le conflit avait dégénéré parce que son clan réclame de longue date "la formation d'une autorité civile locale pour superviser l'accès aux terres, ce que refusent les Bartis".

Côté barti, un dignitaire qui a lui aussi refusé que son nom soit dévoilé, a affirmé que son clan avait répondu "à une violation des terres des Bartis" par les Haoussas. "Ces terres sont à nous, donc si on veut former une autorité locale, elle sera composée uniquement de Bartis et non de Haoussas", a-t-il martelé.

Les violences, après un bref répit, ont repris samedi près du chef-lieu local d'al-Damazine. "On a entendu des tirs" et "vu des colonnes de fumée s'élever", a décrit Fatima Hamad, une résidente d'al-Roseires.Al-Roseires n'est séparée d'al-Damazine, chef-lieu du Nil Bleu à 800 kilomètres au sud de Khartoum, que par un pont sur le Nil.

Un habitant d'al-Damazine, Ahmed Youssef, a affirmé avoir vu "des dizaines de familles, surtout des femmes et des enfants" traverser pour fuir les combats.

Les hôpitaux des environs ont lancé un appel urgent au don de sang. L'hôpital d'al-Roseires est  à court d'équipements de première urgence.

L'émissaire de l'ONU au Soudan Volker Perthes a réclamé "des mesures concrètes pour aller vers une coexistence pacifique", appelant à "cesser les représailles"

L'Etat du Nil Bleu, est en proie à une rébellion depuis 1983. La guérilla sudiste a longtemps été une épine dans le pied de la dictature d'Omar el-Béchir, écarté par l'armée sous la pression de la rue en 2019.

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Pour les experts, le vide sécuritaire créé par le putsch mené en octobre par son ancien commandant de l'armée de terre, le général Abdel Fattah al-Burhane, a favorisé une résurgence des violences tribales dans un pays. Chaque année des centaines de civils meurent dans des affrontements entre éleveurs et agriculteurs pour l'accès à l'eau ou aux terres.