Afrique

Soudan : Omar el-Béchir, trente ans de pouvoir

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Récit : Pascale Achard, montage : Christophe Harnoy
© TV5MONDE

Le président soudanais Omar el-Béchir, au pouvoir depuis trois décennies, a été destitué par l'armée ce jeudi 11 avril. Lui-même militaire, il aura régné sur le Soudan d'une main de fer.

Les dernières images d'Omar el-Béchir diffusées par la télévision soudanaise mercredi 10 avril 2019 : on y voit le président menant, comme si de rien n'était, une réunion de la commission suprême pour le dialogue national du pays. Impassible, alors que dehors, la rue gronde et appelle à son départ. Un mouvement de contestation qui perdure depuis décembre dernier, et a pour origine la hausse du prix du pain.
 
9 janvier 2019. Alors que les manifestations ont déjà commencé à Khartoum, le président soudanais Omar el-Béchir réunit ses partisans dans la capitale.
9 janvier 2019. Alors que les manifestations ont déjà commencé à Khartoum, le président soudanais Omar el-Béchir réunit ses partisans dans la capitale.
© AP Photo/Mahmoud Hjaj

Des manifestations qui font l'objet d'une répression féroce. 
Répression, méthode qui accompagnera Omar el-Béchir durant les trente années de son règne. Un règne autoritaire s'appuyant sur son puissant service de sécurité et de renseignement, le NISS,  qui musèle toute voix discordante.

Coup d'état

C'est en 1989 que ce militaire, rapidement monté en grade, prend les rênes du pays, à la faveur d'un coup d'Etat. Il a alors 45 ans. Né dans une famille de paysans modestes, il a très vite été attiré par l'armée. Formé, notamment en Egypte, il y a participé en 1973 à la guerre israélo-arabe.

Lors de sa prise de pouvoir, il a derrière lui Hassan al-Tourabi, prédicateur populaire et islamiste radical, à la tête des Frères musulmans soudanais. Sous son influence, le nouveau président introduit la charia. Pendant des années, tout opposant est arrêté, torturé et l'islamisation forcée fait basculer le pays dans une guerre civile entre Khartoum et les rebelles sudistes (animistes ou chrétiens), entraînant à terme la sécession du sud et la mort de deux millions de personnes. 

Le pouvoir islamo-militariste du régime place le pays au ban de la communauté internationale. Soupçonné d'abriter des camps d'entraînements de djihadistes, parmi lesquels Oussama Ben Laden, le Soudan est placé dans les années 90 sur la liste noire américaine des « Etats soutenant le terrorisme ».

Crimes contre l'Humanité

En 2003, nouvelle rébellion au Darfour, dans l'Ouest du Soudan. L'homme fort du pays lance, avec ses milices, une répression acharnée qui fera plus de 300 000 morts et deux millions et demi de déplacés.

Avril 2007, dans un camp de réfugiés du nord du Darfour.
Avril 2007, dans un camp de réfugiés du nord du Darfour.
© AP Photo/ Nasser Nasser

Omar el-Béchir est depuis 2009 recherché par la Cour Pénale Internationale pour des accusations de crimes de guerres, crimes contre l'humanité et génocide dans cette région.

Premier chef d'Etat en exercice inculpé par cette juridiction, il ignore impérieusement son inculpation en multipliant les déplacements, Afrique du Sud, Egypte, Syrie... pas moins de 150 voyages à l'étranger. Une main de fer qui n'aura pas suffi à étouffer les bruits croissants de la contestation populaire.

Economie à terre

Le pays est asphyxié économiquement. Depuis la partition du pays en 2011, c'est le Soudan du sud qui a hérité de l'essentiel de ses ressources pétrolières et laissé son voisin du Nord en plein marasme économique. Les investisseurs continuent d'ignorer ce pays gouverné par un régime réputé corrompu et prédateur. Asphyxiés économiquement à cause de l'inflation qui a atteint 70% fin 2018 et les dévaluations à répétition de leur monnaie, la grogne s'amplifie : les manifestants réclament du pain mais aussi la démocratie et le départ d'Omar el-Béchir.
Un président qui s'est fait désigner candidat à la présidentielle de 2020 pour un troisième mandat, en dépit de lois constitutionnelles qui n'en autorisent que deux.