Afrique

Soudan : opération ville morte à Khartoum contre le général Burhane

Nouvelle journée de mobilisation à Khartoum contre le coup d'état militaire: les magasins sont fermés. L'opposition au général Burhane appelle à une manifestation massive samedi 30 octobre.
Nouvelle journée de mobilisation à Khartoum contre le coup d'état militaire: les magasins sont fermés. L'opposition au général Burhane appelle à une manifestation massive samedi 30 octobre.
© AP Photo/Marwan Ali

Après une nouvelle nuit de heurts avec les forces de sécurité, les manifestants hostiles au coup d'État militaire au Soudan ont poursuivi leur opération ville morte à Khartoum. Au moins un manifestant a été tué par les militaires. Les pressions de la part de la communauté internationale pour un retour du pouvoir civil continuent.

Le 25 octobre, le général Abdel Fattah al-Burhane a dissous le gouvernement censé assurer la transition vers la démocratie et arrêté ministres et hauts responsables civils.

Ce coup de force a provoqué des manifestations quotidiennes principalement dans la capitale Khartoum, réprimées par l’armée, qui ont coûté la vie à au moins sept manifestants selon la médecine légale.

On soutient totalement la grève générale, on ne veut pas du pouvoir militaire, on veut une vie démocratique libre

Un manifestant

Selon le Dr Hicham Faqiri, patron de la morgue, "sept corps de manifestants ont été admis à la morgue lundi 25 octobre, ainsi que le cadavre d'un paramilitaire des Forces de soutien rapide", la puissante organisation accusée d'être impliquée dans la répression de la révolte populaire ayant renversé le dictateur Omar el-Béchir en 2019.
Le médecin a ajouté que "plusieurs autres corps ont été amenés à la morgue les jours suivants en raison des violences, et ils portaient des traces de blessures d'objets contondants", mais il n’était pas en mesure de fournir un chiffre.

Avec des barricades de branchages, de pneus brûlés et de pierres, les manifestants ont bloqué plusieurs avenues de la capitale en pleine "désobéissance civile".
"On soutient totalement la grève générale, on ne veut pas du pouvoir militaire, on veut une vie démocratique libre", a affirmé un manifestant à l'Agence France Presse.

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Opération ville morte

A Khartoum, seules quelques boulangeries sont ouvertes, où se pressent des familles. Comme les quatre derniers jours, les rideaux de fer des magasins, banques et restaurants sont restés baissés.

"Les forces de sécurité tentent de démanteler toutes les barricades en tirant des gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc", a dit Hatem Ahmed, un autre manifestant. "Mais on les réinstalle dès qu'elles partent. On ne partira que quand un gouvernement civil sera institué"
 
Les Soudanais, malgré la répression, ont continué à être dans la rue dans la nuit du 27 au 28 octobre 2021 à Khartoum.
Les Soudanais, malgré la répression, ont continué à être dans la rue dans la nuit du 27 au 28 octobre 2021 à Khartoum.
© AP Photo/Marwan Ali
Ce 28 octobre toutefois, rares étaient ceux qui s'aventuraient dans les rues de crainte de se faire arrêter.

Sur les réseaux sociaux, accessibles en de rares endroits dans un pays où les autorités ont coupé l'Internet, des militants ont partagé des images de manifestations nocturnes réclamant un "pouvoir civil".

La plupart des organisations de la société civile, les syndicats et associations dissoutes par le général Burhane, ont appelé à une mobilisation massive samedi contre le coup d'Etat. Cette manifestation est relayée par la diaspora soudanaise en Europe et au Canada :

Ils veulent "un million de manifestants" pour réclamer le départ du général Burhane, qui a été commandant militaire durant les trois décennies de pouvoir du général Omar el-Béchir, et qu’il rejoigne ce dernier à la prison de haute sécurité de Kober à Khartoum.

(Re)lire : Soudan : le mouvement populaire décisif pour contrer le coup de force militaire ?

En 1989, Omar el-Béchir avait pris le pouvoir par un coup d'Etat contre le premier ministre élu démocratiquement Sadeq al-Mahdi. Un immense soulèvement populaire l’avait déchu en avril 2019.

Le 21 octobre, c'est Abdallah Hamdok, le chef du gouvernement de transition mis en place en août 2019, qui a été renversé par le général Burhane. Emprisonné pendant quelques jours, il a été raccompagné chez lui à Khartoum mais n'est "pas libre de ses mouvements" selon l'ONU.

Sa ministre des Affaires étrangères Mariam al-Sadek al-Mahdi, la propre fille du premier ministre renversé par Béchir et l'une des rares responsables civils qui n'est pas en détention, a salué les 33 diplomates qui ont signé un communiqué commun condamnant le putsch, publié sur les réseaux sociaux. Ces 33 ambassadeurs soudanais en poste à l’étranger ont annoncé leur défection rejoignant ainsi l’opposition au coup d’état militaire.

Le général Burhane a, quant à lui, limogé six ambassadeurs protestataires, dont celui de Chine, de l'Union européenne, de France et des Etats-Unis. 

(Re)lire : Soudan : qui est Abdel Fattah al-Burhan, le leader de la junte au pouvoir à Khartoum ?

Les forces de sécurité détiennent aussi militants et manifestants opposés au coup d'Etat, dont le numéro deux du parti Oumma (parti islamique centriste formé après l’indépendance du Soudan en 1945), formation à laquelle appartient la ministre Mariam al-Mahdi.

Sanctions de la communauté internationale

Le Conseil de sécurité de l'ONU a réclamé ce 28 octobre à la junte au Soudan "de rétablir un gouvernement de transition dirigé par des civils" en exprimant sa "vive préoccupation face à la prise de pouvoir militaire", dans une déclaration unanime.

Après plusieurs jours de laborieuses tractations, le texte rédigé par le Royaume-Uni et fortement édulcoré par la Russie demande aussi la reprise d'un dialogue politique "sans pré-conditions", la "libération immédiate" des personnes arrêtées et le respect du "droit de rassemblement pacifique".

La déclaration du Conseil de sécurité, qui s'était réuni en urgence mardi 26 octobre à la demande des Occidentaux, dénonce aussi la "suspension de certaines institutions de transition", "l'état d'urgence et la détention du Premier ministre Abdallah Hamdok ainsi que d'autres membres civils du gouvernement".

Mercredi 27 octobre, l'émissaire de l'ONU Volker Perthes a redit devant MM. Hamdok et Burhane la nécessité d'un "retour au processus de transition" et d'une "libération immédiate de tous ceux arrêtés arbitrairement".

(RE)lire : Soudan : l'émissaire de l'ONU a rencontré le général al-Burhane et le Premier ministre limogé

L'Union africaine a suspendu le Soudan et la Banque mondiale a cessé son aide financière. Les Etats-Unis ont eux aussi suspendu une partie de leur aide et l'Union Européenne a menacé de suivre. 

"Nous ne voulons pas que le Soudan retourne aux heures sombres de son histoire", a tweeté ce 28 octobre le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell.
 

(RE)voir : Soudan : les premières sanctions internationales tombent

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