Afrique

Soudan : plusieurs tués lors d'une nouvelle "marche du million" à Khartoum

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Personnes rassemblées lors d'une manifestation à Khartoum, au Soudan, le samedi 30 octobre 2021.

Les opposants au coup d'Etat militaire manifestent samedi au Soudan, journée test pour la rue comme pour les généraux au pouvoir : les premiers veulent montrer qu'ils pèsent encore, les seconds devront faire preuve de retenue pour rassurer la communauté internationale. Au moins 5 manifestants ont été tués.

Cinq manifestants ont été tués samedi au Soudan où les forces de sécurité tirent à balles réelles et font usage de grenades lacrymogènes contre des milliers d'opposants au coup d'Etat sortis pour une journée test, pour la rue comme pour les généraux au pouvoir. 

Les partisans d'un pouvoir civil, réduits à s'organiser par SMS ou graffitis avec internet coupé depuis trois semaines, veulent montrer qu'ils pèsent encore, alors que les militaires devront faire preuve de retenue pour rassurer la communauté internationale qui a condamné le putsch du 25 octobre dans ce pays d'Afrique de l'Est.

Malgré les appels au calme venus dès vendredi soir des quatre coins du monde, les médecins recensent en début d'après-midi un manifestant tué à Omdourman, banlieue nord-ouest de Khartoum, ainsi que de "nombreux blessés par balles", semblant montrer que l'armée est décidée à en finir avec une mobilisation qui ne cesse de se relancer depuis le coup d'Etat.

Dès les premières heures du matin, soldats et paramilitaires des Forces de soutien rapide (RSF) s'étaient déployés en masse à Khartoum, installant des barrages mobiles pour empêcher les rassemblements et bloquer les ponts reliant le centre aux banlieues.

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Malgré ces obstacles et les grenades lacrymogènes tirées sur plusieurs défilés, des cortèges sont partis de nombreux quartiers aux cris de "Non au pouvoir militaire" et "A bas de le Conseil" de souveraineté dirigé par le général Abdel Fattah al-Burhane, auteur du coup d'Etat.

Des manifestations avaient également lieu dans d'autres villes du pays, dont Port-Soudan dans l'est, selon des correspondants de l'AFP.

Depuis le coup d'Etat, 16 manifestants ont été tués et plus de 300 blessés, selon les médecins pro-démocratie. En outre, note l'ONU, des centaines d'opposants et de militants ont été arrêtés.

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Ce jour-là, le général Abdel Fattah al-Burhane a rebattu les cartes d'une transition qui battait de l'aile depuis des mois. Il a fait rafler la quasi-totalité des civils au sein du pouvoir et mis un point final à l'union sacrée entre civils et militaires qui avait renversé en 2019, sous la pression de la rue, le dictateur Omar el-Béchir.

Jeudi, il a acté la rupture: il a désigné de nouveaux membres au Conseil de souveraineté -la plus haute autorité de la transition- reconduisant les militaires et nommant des civils apolitiques mais pas les partisans d'un transfert complet du pouvoir aux civils.

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Avec son second, le général Mohammed Hamdane Daglo, chef des RSF et accusé d'exactions graves, ils se sont engagés à "des élections libres et transparentes" à l'été 2023.

Des promesses qui n'ont pas apaisé l'opposition minée également par les centaines d'arrestations qui se poursuivent samedi, assurent les syndicats et autres associations prodémocratie.

Les militaires veulent consolider leur mainmise sur le pouvoirJonas Horner, chercheur à l'International Crisis Group

Et le retour en arrière est bien visible: lors du putsch condamné par la communauté internationale, le général Burhane a suspendu plusieurs articles de la déclaration constitutionnelle censée encadrer la transition jusqu'à des élections libres.

Il les a réintroduits jeudi, mais après en avoir retiré toutes les mentions faites des Forces de la liberté et du changement (FLC), bloc civil né de la révolte qui renversa en avril 2019 Omar el-Béchir.

"Maintenant que le coup d'Etat a eu lieu, les militaires veulent consolider leur mainmise sur le pouvoir", décrypte Jonas Horner, chercheur à l'International Crisis Group, alors que chaque jour les médias d'Etat annoncent de nouvelles purges.

Face aux généraux, "l'opposition civile au coup d'Etat est éclatée et divisée", assure ce spécialiste du Soudan. D'autant plus dispersée qu'internet est toujours coupé et les communications téléphoniques aléatoires, trois semaines après le putsch.

En outre, d'appels à la désobéissance civile en grève générale, les organisations prodémocratie qui étaient parvenues à paralyser le Soudan contre Béchir semblent cette fois-ci ne pas parvenir à ratisser large dans l'un des pays les plus pauvres au monde.

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Pour Volker Perthes, émissaire de l'ONU au Soudan, "la nomination unilatérale du Conseil de souveraineté par le général Burhane rend beaucoup plus difficile un retour aux engagements constitutionnels" de 2019.

Mais, la priorité samedi, ajoute M. Perthes sur Twitter, c'est que "les forces de sécurité fassent preuve de la plus grande retenue et respectent la liberté de rassemblement et d'expression".

Le Premier ministre renversé Abdallah Hamdok, lui, est toujours en résidence surveillée. L'armée n'a libéré que quatre ministres, en dépit des appels quasi-quotidiens de la communauté internationale à un retour au gouvernement de transition d'avant-25 octobre.

Le général Burhane annonce depuis des jours une formation "imminente" d'un nouveau gouvernement en lieu et place de celui de M. Hamdok. Mais rien de concret jusque-là.

De plus, les membres du nouveau Conseil de souveraineté ne présentent pas un front uni.

Les observateurs ont noté que les trois ex-chefs rebelles reconduits au sein de l'instance n'ont pas prêté serment avec les autres. Ils avaient annoncé rejeter le putsch et ne sont pas apparus depuis leur nomination.