Soupçons de corruption au Gabon : Pascaline Bongo relaxée à Paris

Le tribunal judiciaire de Paris a rendu lundi sa décision dans l'affaire concernant Pascaline Bongo, aînée du défunt président gabonais Omar Bongo et soeur du président déchu Ali Bongo. Jugée pour corruption passive d'agent public étranger au début des années 2010 au Gabon, elle a finalement été relaxée.

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pascaline bongo

La fille aînée du défunt président gabonais Omar Bongo et sœur du président déchu Ali Bongo, Pascaline Bongo, arrive au tribunal correctionnel de Paris, le 29 janvier 2024.

Greg OZAN / Capture d'écran AFPTV
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À l'issue de son procès, en janvier et février, le parquet a réclamé une peine de trois ans d'emprisonnement, dont un an ferme, et une amende de 150 000 euros.

Pascaline Bongo, 67 ans, était soupçonnée par le Parquet national financier (PNF) d'avoir accepté d'intervenir en faveur de la société d'ingénierie française Egis Route dans l'attribution de marchés publics, contre la promesse de huit millions d'euros de rétro-commissions.

Mme Bongo, qui a toujours récusé cette accusation a finalement été relaxée. La société d'ingénierie française Egis et trois de ses anciens cadres, ainsi que l'homme d'affaires gabonais Franck Ping et l'avocate Danyèle Palazo-Gauthier, qui comparaissaient avec elle, ont tous ont été relaxés.

(Re)voir → Retour sur le règne des Bongo au Gabon

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Contre les autres prévenus le parquet avait requis des peines de deux à trois ans d'emprisonnement, entièrement assorties du sursis. S'y ajoutent des amendes de 50 000 à 150 000 euros pour les personnes physiques et 750 000 euros d'amende pour l'entreprise. Les avocats des différents prévenus avaient tous plaidé la relaxe de leurs clients.

Lors de son audition, Mme Bongo, présente à toutes les audiences de son procès, avait assuré que sa fonction de "Haute représentante personnelle du président de la République", obtenue quand son frère Ali - renversé par un coup d'Etat en août dernier - avait été élu en octobre 2009, était "honorifique". Elle avait aussi ajouté que toute intervention de sa part était "im-po-ssible, avec ou sans mon nom. C’était l’affaire personnelle du président (son frère Ali Bongo, ndlr), qui n’allait jamais prendre une entreprise française", avait-t-elle martelé.

"Coquille vide" 

"Ce titre n’avait aucune substance. C’est une fonction protocolaire, pas une profession", a-t-elle expliqué. "Bref", a-t-elle affirmé, elle n'était pas "un agent public étranger" à l'époque des faits.

Elle a cependant reconnu qu'elle touchait une rémunération pour cette fonction et avait reçu un représentant d'Egis Route dans son bureau, au Palais présidentiel de Libreville, fin novembre 2009.

Mme Bongo a aussi admis avoir créé à cette époque la société Sift (Société d’ingénierie financière et technique), une "coquille vide" selon ses propres mots. Sift n'avait aucune activité, ni même d'employé, hormis son administratrice Pascaline Bongo.

(Re)lire → Coup d'État au Gabon : la famille Bongo a-t-elle dit son dernier mot ?

Sift a néanmoins conclu avec Egis un "partenariat" aux termes duquel la société de Mme Bongo pouvait prétendre à plus de cinq milliards de francs CFA (environ huit  millions d'euros) si elle leur faisait attribuer le marché de consultant associé à la création de l'Agence nationale des grands travaux (ANGT) du Gabon.

Au final, aucune somme n’a été versée à la société de Pascaline Bongo, ont rappelé les avocats des prévenus. Et Egis n'a finalement obtenu aucun marché routier au Gabon.

"Egis n'a pas contracté avec Sift mais avec Mme Bongo (...) Sift n'avait aucune logique économique sinon de dissimuler un pacte de corruption", ont fait valoir les procureurs.