Afrique

Tchad : en quoi le procès et la condamnation de Hissène Habré ont été un tournant en Afrique ?

L'ancien président du Tchad, Hissène Habré levant le poing lors de son procès pour crimes contre l'humanité, à Dakar, au Sénégal, le 30 mai 2016.
L'ancien président du Tchad, Hissène Habré levant le poing lors de son procès pour crimes contre l'humanité, à Dakar, au Sénégal, le 30 mai 2016.
(AP Photo/Carley Petesch, File)

L'ancien président du Tchad, Hissène Habré est mort à Dakar. Il avait été condamné en 2016 à perpétuité pour crimes contre l'humanité, viols, exécutions, esclavage et enlèvement. En quoi son procès et sa condamnation ont constitué un tournant juridique en Afrique ? Analyse. 

Ce fut un combat long pour toutes les victimes d'Hissène Habré. Au bout de 17 ans de démarches et de procédures, l'ancien dictateur avait fini par être condamné pour ses crimes, au grand soulagement des victimes. Cette victoire fut aussi une victoire personnelle pour Jacqueline Moudeina, leur avocate. "C'était la fin de l'impunité zéro", se souvenait l'avocate, invitée dans l'émission "Internationales" sur TV5MONDE, en juin 2019.

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Hissène Habré, renversé en 1990 par Idriss Déby avait en effet trouvé refuge au Sénégal. Sous la pression internationale, il y avait été arrêté en 2013, puis inculpé par un tribunal spécial instauré avec le concours de l’Union africaine. Une première sur le continent.

Il fallait faire comprendre aux chefs d’Etats africains qu’il y a une nécessité de s’allier à nous [les victimes] pour lutter contre l’impunité.
Jacqueline Moudeina, avocate des victimes de Hissène Habré

“Il a fallu de longues années pour réussir à obtenir le jugement de Hissène Habré”, rappelait Jacqueline Moudeina. Ce combat de 17 longues années a permis la création des Chambres africaines extraordinaires. “Il fallait faire comprendre aux chefs d’États africains qu’il y a une nécessité de s’allier à nous [les victimes] pour lutter contre l’impunité”, a-t-elle poursuivi. 

Les Chambres africaines extraordinaires, un tribunal unique


Le champ de compétences des Chambres africaines extraordinaires couvrait en effet les crimes commis par le régime Habré entre 1982 et 1990 au Tchad. Son règne avait été marqué par la mort de 40 000 personnes, selon une commission d'enquête indépendante tchadienne.

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Kelma Manatouma, chercheur à l'Observatoire de la gouvernance démocratique au Tchad, abonde dans le même sens. Il voit également dans ce procès un tournant historique. Celui-ci constitue une première en Afrique. L'ampleur des crimes reprochés à l'ancien président tchadien, mais aussi la mobilisation de l'Union africaine, et du Sénégal en font un événement majeur. 
 
On ne peut pas avoir de Justice sans réparation, surtout dans ce genre de crimes
Kelma Manatouma, chercheur à l'Observatoire de la gouvernance démocratique au Tchad
"Ne pouvant pas extrader Hissène Habré vers un autre pays (la Belgique) pour le procès, une solution africaine a été trouvée pour tenir ce procès au Sénégal. L'Union africaine a joué un rôle déterminant en accompagnant le Sénégal dans la mise en place de ce tribunal spécial", explique-t-il en parlant des Chambres africaines extraordinaires, dans cet entretien.
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Ce tribunal unique pourrait servir à l'avenir à traîner en justice d'autres dirigeants africains "ayant commis des actes criminels qui relèvent de la compétence de ce tribunal" , espère le chercheur. 

Réparations pour les victimes


Il persiste malgré tout un goût d'inachevé selonle chercheur Kelma Manatouma. Les victimes et leurs familles attendent toujours des réparations, cinq ans après la condamnation de l'ancien président. La mort de Hissène Habré pourrait les faire tomber dans l'oubli.

(Re)voir Des victimes de Hissène Habré demandent réparation au Tchad
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C'est aux instances africaines d'agir selon le chercheur : "Il faut que l'Union africaine puisse aussi se pencher sur cette question. On ne peut pas avoir de Justice sans réparation, surtout dans ce genre de crimes." Il appelle également l'État tchadien et la communauté internationale à se pencher sur cette question.