Tchad : la victoire à la présidentielle revendiquée par les deux camps

La commission électorale tchadienne annonce la victoire du général Mahamat Idriss Déby Itno dès le premier tour. Son adversaire, son premier ministre, Succès Masra conteste les résultats.

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Déby Masra

Mahamat Idriss Déby Itno à gauche et Succès Masra à droite.

TV5MONDE/AFPTV/AP Newsroom
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Les deux principaux candidats de la présidentielle tchadienne revendiquent une victoire dès le premier tour. D’un côté, le général Mahamat Idriss Déby Itno, proclamé chef de l’État tchadien il y a trois ans par l’armée, est donné victorieux selon les résultats officiels provisoires de la commission électorale avec 61,03% des suffrages. Face à lui, son Premier ministre Succès Masra n’a recueilli que 18,53% des voix. 

La présidence de père en fils 

  • Mahamat Idriss Déby Itno s’est retrouvé propulsé au pouvoir le 20 avril 2021.

  • Ce jour-là, l'armée le proclame président de transition à la mort de son père Idriss Déby, chef de l'état pendant 30 ans, tué par des rebelles en se rendant au front.  

  • Déby père avait obtenu le pouvoir par un coup d’État en 1975.

  • Sur le plan intérieur, la dissidence est réprimée à plusieurs reprises violemment par le pouvoir (manifestation pacifique matée dans le sang le 20 octobre 2022, assaut contre le parti de Yaya Dillo...).

Mais Succès Masra affirme aussi avoir été élu dès le premier tour. Il accuse le camp de Mahamat Idriss Déby Itno d’avoir truqué les résultats pour se proclamer élu. Les décomptes des résultats doivent encore être validés par le Conseil constitutionnel, qui a également été nommé par le chef des autorités militaires. 

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Invoquant la compilation des comptages des bulletins par ses propres partisans, Succès Masra a appelé les Tchadiens à "ne pas se laisser voler la victoire" et à la "prouver" en "se mobilisant pacifiquement, mais fermement" pour "obtenir la "vérité des urnes". Le 8 mai, le parti Les Transformateurs a dénoncé des "menaces graves" contre son chef, Succès Masra ainsi que "des violences et arrestations arbitraires" contre ses partisans.

Des tirs de revendication victorieuse

Peu après l'annonce, des militaires ont tiré en l'air à l'arme légère à N'Djamena dans le quartier où siège le parti de Succès Masra, à la fois pour saluer la victoire de Mahamat Idriss Déby Itno, et pour dissuader les contestataires de se rassembler. Des habitants ont vite évacué les lieux.

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Des tirs ont également été entendus dans les quartiers sud de la capitale. Selon notre correspondant sur place, ces tirs ont été perçus comme une forme d’intimidation par les partisans du Premier ministre tchadien. Ces derniers font part de leur crainte pour les jours à venir. Des blessés par balle involontaires ont été signalés par plusieurs sources. 

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Si les partisans de Succès Masra protestent contre l'élection de Mahamat Idriss Déby, certains s'inquiètent de la tournure des évènements. Les manifestations de l'opposition sont systématiquement réprimées dans ce pays marqué, depuis son indépendance en 1960, par les coups d'État, les régimes autoritaires et les assauts réguliers d'une multitude de rébellions.

La fin d’une transition ?

CCette élection devait marquer la fin de la transition militaire, initialement de 18 mois, qui aura finalement durée trois ans. De nombreux observateurs estimaient le scrutin joué d'avance en faveur du général. Dès son installation au pouvoir en 2021, Mahamat Idriss Déby avait été adoubé par une communauté internationale, dont la France. Paris dispose encore d'un millier de militaires au Tchad alors que les effectifs français ont été expulsés du Mali, du Burkina Faso et du Niger.

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L'économiste Succès Masra, auparavant opposant engagé contre "la dynastie Déby", s'était rallié au gouvernement en appelant à voter "oui" au référendum constitutionnel. 

Le général Déby l'avait nommé Premier ministre quatre mois avant le scrutin. Ses anciens amis politiques l'avaient alors qualifié d'alibi pour crédibiliser une élection jouée d'avance. 

Durant cette campagne, Succès Masra a mobilisé les foules, au point de se dire capable de l'emporter, sinon de pousser le général Déby, jusqu'à un second tour le 22 juin. Après l'annonce de la victoire contestée de Mahamat Idriss Déby, la capitale N'djamena est placée sous haute surveillance.