Tchad : une transition militaire aux contours flous

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Junte militaire Tchad
Le porte-parole de l'armée tchadienne, le général Azem Bermandoa Agouna, au centre, annonce la mort du président tchadien Idriss Déby Itno, à la télévision d'État mardi 20 avril 2021.
Tele Tchad via AP
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Alors qu’au Tchad, la mort du président Idriss Déby Itno a été annoncée ce mardi 20 avril par un conseil militaire de transition (CMT), ce dernier a annoncé une transition, menée par nul autre que Mahamat Idriss Déby, fils du défunt président. Une charte a été publiée le lendemain par le CMT, et les règles ont, pour certaines, changé, suscitant l’incertitude à N’Djamena.

Après la mort du président tchadien Idriss Déby Itno, qui a dirigé pendant 30 ans son pays d'une main de fer, son fils Mahamat Idriss Déby est le nouvel homme fort du pays.
Les tractations visant à remplacer le président décédé auraient démarré dès lundi soir, avant même l’annonce de sa mort. 

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La nomination de Mahamat Idriss Déby, par le CMT, à la tête d’une transition "de 18 mois" a été confortée par la publication d’une charte, ce mercredi 21 avril. Un document d’ailleurs rapidement retiré du site de la présidence, laissant place au message suivant : "Une version paraphée de la charte de transition de la République du Tchad sera bientôt mise en ligne. Nous nous excusons de la publication malencontreuse du document". Un couac administratif, symbole du tâtonnement et de la précipitation dans laquelle sont prises les récentes décisions à la tête du pays. 

Charte site

La transition se précise donc, mais dérange déjà. Car le fils du défunt président concentre désormais tous les pouvoirs. Une mesure qui n'était pas prévue par la Constitution de décembre 2020, dénoncent la société civile, l'opposition, ainsi que des partis issus de la majorité présidentielle. La charte publiée sur le site présidentiel vient d’ailleurs "remplacer la Constitution qui vient d’être dissoute par le CMT". L’Assemblée nationale, elle aussi dissoute, a "pris acte" de sa dissolution et a dit soutenir le CMT "eu égard à ce contexte militaire, sécuritaire et politique dans le pays et la sous-région".

Des revirements et une crainte 

Plusieurs mesures, initialement prévues, ont été réaménagées. La plus importante concerne le gouvernement en place. En effet, en attendant la mise en place du Conseil national de transition et du gouvernement de transition, les ministres doivent continuer d'exercer leurs fonctions, selon le CMT. La junte avait pourtant annoncé, ce mardi 20 avril, la dissolution du Parlement et du gouvernement.
Depuis mercredi, les frontières sont, elles, de nouveau ouvertes, et le couvre-feu a été raccourci de 20h00 à 05h00, alors qu’il devait, initialement, débuter dès 18h00. 

Des revirements qui soulèvent un certain nombre d’interrogations et jettent davantage de suspicions, dans un contexte, plus que jamais incertain. 
Dans l’opposition, beaucoup se posent notamment la question de la future organisation du gouvernement de transition, qui sera nommé par le président du CMT, Mahamat Idriss Déby Itno, lui-même. 

Une trentaine de "partis politiques de l’opposition démocratique appellent à l’instauration d’une transition dirigée par les civils (…) à travers un dialogue inclusif", selon nos confrères de l'AFP. Ils dénoncent, d’ores et déjà, "un coup d’Etat institutionnel". 

Les Occidentaux appellent à une transition "pacifique

Les États-Unis ont appelé, ce mercredi 21 avril, à une "transition pacifique et démocratique" vers un gouvernement civil au Tchad, sans aller jusqu'à condamner la prise du pouvoir par la junte militaire. Une position dans laquelle l'Europe s'est également inscrite : "La transition annoncée doit être limitée, se dérouler de manière pacifique, dans le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales, et permettre l’organisation de nouvelles élections inclusives", a averti Josep Borell, chef de la diplomatie européenne, dans un communiqué.

Une position occidentale que le rédacteur en chef Afrique de TV5Monde soulignait comme étant "à géométrie variable", ce mardi. 

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Une position occidentale qui est sûrement liée au fait qu'avec la mort d'Idriss Déby Itno, les Occidentaux perdent leur plus solide allié contre les djihadistes dans une région sahélienne tourmentée, où l'ancienne colonie française faisait jusqu'ici figure d'îlot de relative stabilité.

Depuis son arrivée au pouvoir par les armes en 1990, avec l'aide de Paris, Idriss Déby avait toujours pu compter sur son allié français qui a installé, à N'Djamena, le QG de sa force antijihadiste au Sahel, Barkhane.

Pour plus d'informations, lire aussi : Idriss Déby, l'allié incontournable de la France au Sahel

Les rebelles rejettent le CMT et sa charte

Les rebelles, qui mènent depuis dix jours, une offensive contre le régime tchadien, ont annoncé rejeter "catégoriquement" le Conseil militaire de transition mené par Mahamat Idriss Déby. "Le Tchad n'est pas une monarchie. Il ne doit pas y avoir une dévolution de père en fils", a affirmé le porte-parole du Front pour l'alternance et la concorde au Tchad (FACT), Kingabé Ogouzeimi de Tapol.

Les forces rebelles ont d’ailleurs, d’ores et déjà, annoncé qu’il n’y aurait qu’une trêve afin "que les fils de Déby enterrent leur père comme le veut la tradition", mais promettent de "poursuivre l’offensive" et de marcher vers N’Djamena.