Afrique

Tchad : violents heurts entre la police et les manifestants réclamant le départ de la junte

Mahamat Idriss Deby,lors des funerailles de son père le 23 avril 2021 en présence d'Emmanuel Macron. Entouré d'une quinzaine de généraux il est à la tête du pouvoir militaire qui dirige le Tchad.
Mahamat Idriss Deby,lors des funerailles de son père le 23 avril 2021 en présence d'Emmanuel Macron. Entouré d'une quinzaine de généraux il est à la tête du pouvoir militaire qui dirige le Tchad.
AP

De violents heurts opposent ce jeudi 20 octobre police et manifestants dans la capitale tchadienne N'Djamena. Des centaines de personnes se sont réunies à l'appel de l'opposition après la prolongation par le pouvoir militaire de deux ans de la "transition".

Ces affrontements se déroulent après la prolongation pour deux ans de la "transition" au Tchad qui devait s'achever ce jeudi 20 octobre. Mais fin septembre, Mahamat Idriss Déby Itno a finalement été maintenu président jusqu'à des élections libres et démocratiques, censées se tenir à l'issue d'une deuxième période de transition et auxquelles Mahamat Idriss Déby Itno pourra se présenter.

Le 20 avril 2021, à l'annonce de la mort du maréchal Déby, tué par des rebelles en se rendant au front, l'armée avait proclamé son fils Mahamat Déby, général alors âgé de 37 ans, président de la République à la tête d'une junte de 15 généraux, pour une période de transition de 18 mois devant mener à des élections.

Voir :  les rebelles du FACT condamnent la prolongation de la transition
 
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Des nuages de fumée noire sont visibles et des tirs de gaz lacrymogène se font régulièrement entendre, tandis que des barricades ont été dressées dans plusieurs quartiers de la ville et que des pneus sont brûlés sur les principaux axes routiers afin d'obstruer la circulation, selon les journalistes de l'AFP à N'Djamena.


Une manifestation interdite par les autorités


La manifestation avait été interdite par les autorités. « Cette marche vise à créer une insurrection populaire et armée avec l’appui de forces extérieures afin de déstabiliser notre pays », affirmait le gouvernement dans un communiqué. Un correspondant de l'AFP a aperçu un corps recouvert du drapeau tchadien et entouré de plusieurs manifestants sur l'axe principal du quartier Abena, dans le 7e arrondissement de la capitale.

Dans le 6e arrondissement, fief de l'opposition, les rues sont désertes. Des pneus, des troncs d'arbre, des amas de briques, jonchent les rues, a constaté un autre journaliste de l'AFP. Les établissements scolaires et universitaires sont fermés.

"Ils nous tirent dessus. Ils tuent notre peuple. Les soldats du seul général qui a refusé d'honorer sa parole et aujourd’hui c'est la fin des 18 mois, voilà comment il entend installer la dynastie en tuant le peuple", a déclaré dans un message sur Twitter Succès Masra, l'un des principaux opposants du parti Les Transformateurs, qui avait lancé mercredi un appel à manifester pacifiquement.
 

Le siège du parti de M. Kebzabo, l'Union nationale pour le développement et le renouveau (UNDR), a été pris pour cible par les manifestants et a été "en partie incendié", a indiqué à l'AFP le vice-président du parti, Célestin Topona.

Opposant historique à Idriss Déby Itno, qui a dirigé le pays d'une main de fer pendant 30 ans, M. Kebzabo avait rallié il y a 18 mois le gouvernement nommé par la junte militaire dirigée par le fils de l'ancien chef de l'Etat. Il a été nommé à la tête du gouvernement le 12 octobre. 

Condamnation de Paris, au moins 5 morts selon l'AFP

Aucun bilan officiel de ces heurts n'a été communiqué pour le moment.
Un journaliste de l'AFP a vu les corps de cinq personnes, dont deux recouvertes du drapeau national, et trois de draps blancs ensanglantés, allongées dans un hôpital dans le  7e arrondissement de N'Djamena, épicentre des manifestations dans la capitale tchadienne.


Ce maintien au pouvoir des militaires, à l'issue d'un Dialogue national inclusif et souverain (DNIS) boycotté par une grande partie de l'opposition, a achevé de braquer les oppositions politiques et armées et embarrasse une communauté internationale qui avait pourtant adoubé M. Déby il y a 18 mois.


Paris a "condamné"  les violences opposant police et manifestants à N'Djamena, où des centaines de personnes sont réunies contre le maintien au pouvoir du président Mahamat Idriss Déby Itno, selon un communiqué du ministère des Affaires étrangères.

"Des violences sont survenues ce matin au Tchad, avec notamment l'utilisation d'armes létales contre les manifestants, ce que la France condamne", souligne le Quai d'Orsay, qui affirme que Paris ne joue "aucun rôle dans ces évènements".