Tensions en Sierra Leone : que sait-on de la situation à Freetown ?

La situation était particulièrement confuse ce dimanche 26 novembre à Freetown en Sierra Leone. Des affrontements armés ont en effet secoué la capitale où des assaillants, encore inconnus, ont tenté de forcer une armurerie militaire et fait sortir de nombreux détenus de prison, poussant le gouvernement à décréter un couvre-feu dans tout le pays. Ce dernier a toutefois assuré que les forces de sécurité avaient repoussé les responsables de ces affrontements armés et qu'il était "maître" de la situation. Voici ce que l'on sait. 

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Sierra Leone Freetown dimanche 26.11.23

Mobilisation des forces de sécurité dans les rues de Freetown ce dimanche 26 novembre 2023.

REUTERS/Umaru Fofana
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C’est très tôt ce dimanche matin, dans le quartier de Wilbeforce - où se trouve plusieurs ambassades et l’une des principales casernes du pays – que les premières détonations ont été entendues. Une témoin, jointe par téléphone par l’AFP, raconte avoir été réveillée vers 4H30, heures locales, "par un fort bruit de mitrailleuse et de bombes venant du côté de la caserne de Wilberforce". Elle affirme : "C'était comme en temps de guerre".
 

Dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux, le ministère sierra-léonais de l'Information donne un plus de précisions mais reste concis : "Aux premières heures dimanche (…) des individus non identifiés ont tenté de forcer l’armurerie militaire de la caserne de Wilberforce. Ils ont tous été repoussés""Le gouvernement garde le contrôle et est maître de la situation", a-t-il également affirmé. 

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D’après d’autres témoins, des scènes similaires ont ensuite eu lieu près de la caserne de Morray Town, où se trouve notamment la Marine, ainsi que devant une autre implantation militaire dans la capitale.

Sur les réseaux sociaux, nombre de vidéos ont rapidement suggéré que de nombreux détenus se seraient échappés de la prison centrale, dans des circonstances assez floues. Un homme faisant partie d'un groupe et filmé dans la rue par un correspondant de l'AFP, aurait en effet indiqué que lui et les autres étaient bien des détenus évadés.

SIERRA LEONE SUSPOSES ATTAQUANTS

Présumés détenus évadés dans les rues de Freetown après les heurts. 

©Capture/AFP TV

 

Le gouvernement a en effet reconnu que les gardiens avaient été surclassés par les assaillants et avaient préféré opérer une "retraite tactique". Il n'a pour autant rien dit sur les assaillants. La nature des évènements reste toujours peu claire, même s'ils réveillent le spectre d'une nouvelle tentative de coup d'État dans une Afrique de l'Ouest qui en a connu une série depuis 2020.
 

Sur ce point, le gouvernement a toutefois démenti l'une des nombreuses rumeurs circulant dans la ville sous tension, à savoir une tentative de prise de contrôle de la télévision nationale, un classique des coups d'État.

La télévision d'État a quant à elle, diffusé le message du gouvernement assurant que la situation était sous contrôle.

Le gouvernement "maître de la situation"

"Le gouvernement garde le contrôle et est maître de la situation", a dit ce dimanche 26 novembre, le ministère de l'Information dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux. Il a assuré que les forces de sécurité avaient repoussé à la périphérie de Freetown les responsables des affrontements armés.

Un correspondant de l'AFP présent sur place, confirme également que les accès au centre de Freetown ont bloqués par un déploiement massif de forces de sécurité. L'aviation civile, elle,  a demandé aux compagnies aériennes de reprogrammer leurs vols après la levée du couvre-feu, tout en assurant que l'espace aérien restait ouvert. 

Couvre-feu national et vives réactions 

Un peu plus tôt dans la journée déjà, le ministère sierra-léonais de l’Information avait tenu à rassurer la population assurant contrôler la situation avec la mise en place d'un couvre-feu national "avec effet immédiat". 

"Un couvre-feu national est instauré avec effet immédiat à travers tout le pays pour permettre aux forces de sécurité de continuer à rechercher les suspects", pouvait-on lire dans le communiqué publié sur le réseau X. 

FREETOWN RUES VIDES

Images aériennes montrant les rues désertes de la capitale de la Sierra Leone, Freetown, alors qu'un couvre-feu national a été décrété ce dimanche 26 novembre, après que des individus ont tenté de forcer une armurerie militaire et ont été repoussés.

©Capture/AFP TV

 

Si les rues de la capitale sont désormais vides, comme le confirment plusieurs vidéos de l'AFP, et que les coups de feu semblaient avoir cessé à la mi-journée, au moins dans certaines parties de la ville, les évènements de ce matin ont suscité de vives réactions.

Sur X, anciennement Twitter, le président sierra-léonais, Julius Maada Bio a appelé ses concitoyens à "protéger la démocratie" : "Nous restons déterminés à protéger la démocratie en Sierra Leone et je presse tous les Sierra-Léonais de s'unir autour de cette responsabilité collective".

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De son côté, la Cedeao a exprimé son soutien au gouvernement en place, et appelé à l'arrestation des responsables des évènements. "La Cedeao réitère son principe de tolérance zéro pour les changements anticonstitutionnels de gouvernement". 

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Condamnation également des États-Unis par l'intermédiaire de leur ambassade à Freetown : "Nous condamnons dans les termes les plus vigoureux la tentative de saisie forcée pendant la nuit de la caserne et de l'armurerie Wilberforce", a-t-elle dit dans un message sur les réseaux sociaux. "Les États-Unis continuent de soutenir tous ceux qui œuvrent pour une Sierra Leone pacifique, démocratique, saine et prospère".

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Comme le gouvernement sierra-léonais, l'Union européenne ainsi que la représentation du Royaume-Uni ont appelé leurs concitoyens à rester chez eux. 
 

Des élections présidentielle et générales contestées 

Les attaques de ce dimanche 26 novembre, semble s'inscrire dans un contexte de récentes tensions en Sierra Leone, provoquées par les élections présidentielle et générales de juin 2023.

A l’issue de ce scrutin en effet, Julius Maada Bio, élu une première fois en 2018, avait été réélu dès le premier tour, avec 56,17 % des voix selon les résultats publiés par la commission électorale. Mais ces résultats avaient rapidement été contestés. Les observateurs étrangers ont, par exemple, dénoncé des incohérences et un manque de transparence dans le décompte, ainsi que des actes de violence et d'intimidation.

Le principal parti d'opposition, le Parti du Congrès de tout le peuple (APC) a, quant à lui, jugé que les élections présidentielle, mais aussi législatives et locales avait été truquées, décidant alors de boycotter le Parlement et les conseils locaux.

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Le gouvernement et l'APC ont finalement conclu en octobre dernier un accord sous la médiation du Commonwealth, de l'Union africaine et de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao). C’est dans ce cadre que l’APC a accepté de mettre fin à son boycott en échange de la fin des détentions et des affaires judiciaires motivées selon lui par des considérations politiques.