Afrique

Togo : "arrestations arbitraires" et "répression croissante" d'opposants

Des responsables locaux procèdent au dépouillement du scrutin présidentiel devant l'un des bureaux de vote de Lomé, au Togo, le 22 février 2020. 
Des responsables locaux procèdent au dépouillement du scrutin présidentiel devant l'un des bureaux de vote de Lomé, au Togo, le 22 février 2020. 
(Photo / Dimanche Alamba)

"Mme Brigitte Adjamagbo-Johnson et Gérard Djossou sont remis en liberté provisoire et placés sous contrôle judiciaire", a précisé le procureur de la République Essolissam Poyodi. "Intimidations" et "harcèlement judiciaire". C'est ce que dénonçait la DMK (Dynamique Monseigneur Kpodzro), mouvement d'opposition togolaise, dimanche 29 novembre, après l'interpellation de deux de ses membres. Ce que l'ONG Amnesty International qualifie de "répression croissante des voix dissidentes par les autorités togolaises" a provoqué de vives réactions. Retour sur l'affaire.


 

C'est dans un Togo tenu d'une main de fer par le président Faure Gnassingbé depuis 2005, que deux figures de l'opposition ont été arrêtées. 

Vendredi 27 novembre, une délégation de quatre membres de la DMK, dont Agbéyomé Kodjo, arrivé à la seconde place au scrutin présidentiel de février dernier et qui ne reconnaît pas l'élection de Faure Gnassingbé à un quatrième mandat, a rencontré les ambassadeurs des Etats-Unis, de la France, de l'Allemagne, de l'Union Européenne et des Nations unies.

A leur retour, Gérard Djossou, l'un des membres de la délégation, a été "molesté" et "enlevé", avant d'être placé en garde à vue. C'est alors qu'elle voulait lui rendre visite au Service central de recherches et d'investigations criminelles (SCRIC), que Brigitte Adjamagbo-Johnson a été arrêtée, accusée "d'atteinte à la sécurité intérieure de l'Etat", selon les termes du procureur de la République Essolissam Poyodi.

Le rassemblement de l'opposition avait  appelé à une marche samedi 28 novembre à Lomé pour protester contre les résultats de la présidentielle du 22 février dernier. La manifestation a été interdite par le gouvernement, officiellement à cause du coronavirus et aucun rassemblement n'a été observé dans la capitale togolaise.

L'interpellation de Brigitte Adjamagbo-Johnson fait suite à une enquête ouverte après "des renseignements faisant état depuis quelques temps d'un plan de déstabilisation des institutions de la République" au sein du mouvement auquel appartient , a-t-il indiqué dans un communiqué lu à la télévision nationale.

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Brigitte Adjamagbo-Johnson a été la première femme à se présenter à une élection présidentielle au Togo en 2010 et elle dirige la Convention démocratique des peuples africains, qui soutient la DMK.

D'autres personnes sont dans le viseur de la justice. L'ancien premier ministre Agbéyomé Kodjo, chef de file de ce mouvement, qui a obtenu 19,46% des suffrages lors de l'élection présidentielle, contre 70,78% pour Faure Gnassingbé, conteste toujours ces résultats. Il a été convoqué plusieurs fois par la justice et reste sous la menace de poursuites judiciaires.

"La coordination nationale de la DMK (Dynamique Monseigneur Kpodzro) s'insurge contre cette manoeuvre qui n'a d'autre but que de décapiter le mouvement et condamne vigoureusement ces pratiques qui relèvent de l'intimidation et de harcèlement judiciaire", a réagi le mouvement dans un communiqué (voir vidéo ci-dessous). La DMK, qui "exige la libération immédiate et sans conditions de ses deux responsables", affirme qu'elle rendra le président Faure Gnassingbé "personnellement responsable" de ce qu'il pourrait leur arriver.


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Indignation générale 

Dans un communiqué publié le 1 décembre 2020, l'ONG Amnesty International dénonce une "répression croissante des voix dissidentes par les autorités togolaises depuis la réélection du président Faure Gnassingbé pour un quatrième mandat en février". 

Selon l'ONG, le Service central de recherches et d'investigations criminelles (SCRIC) "a fouillé la chambre à coucher de Brigitte Adjamagbo-Johnson et celle de son enfant, ont pris deux cartables contenant des documents personnels de sa famille, une dizaine de carnets de notes, des feuilles de présence, un ordinateur et deux disques durs. Les accusations contre elle lui ont été notifiées après six heures d’audition dans les locaux du SCRIC." 

Essolissam Poyodi, le procureur de la République, affirme que ces documents “révèlent la projection d'actions violentes visant à porter atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat". Une enquête judiciaire est ouverte, visant notamment à identifier d'éventuels "complices de ce projet”.

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De son côté, Gérard Djossou a été entendu pendant 10 heures, menotté et sans la présence de son avocat, d'après les informations obtenues par Amnesty International. Il a été arrêté à Lomé par des gendarmes en civil. Un des agents lui aurait asséné trois coups de poing. Sa garde à vue vient d'être prolongée de huit jours.  

Contacté par TV5MONDE, Christian Trimua, ministre des Droits de l'Homme et des Relations avec les Institutions du Togo, a indiqué que le gouvernement "n'a pas de position ni de commentaire particulier", concernant ces "affaires judiciaires en cours".

Les partis de l’opposition et la société civile ont unanimement condamné les arrestations. Le Front citoyen Togo Debout dénonce “l’instrumentalisation de la justice” et demande "la libération des responsables de la DMK et des détenus politiques”. Pour Karl Gaba, coordinateur général de Togo Debout, "le coronavirus est une aubaine pour le pouvoir. C'est toujours la même stratégie de la terreur. L'objectif est de montrer que tous les moyens seront utilisés pour anéantir toute forme d'opposition". 

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L'Alliance nationale pour le changement (ANC) de Jean-Pierre Fabre exige “la libération immédiate” des membres de la DMK et pointe les “méthodes arbitraires du procureur” dont le parti aurait lui-même été victime.