Afrique

Togo: où est passé Tikpi Atchadam, homme fort des manifestations?

Le dirigeant du Parti national Panafricain (PNP) Tikpi Atchadam s'adresse à des manifestants à Lomé, le 6 septembre 2017
Le dirigeant du Parti national Panafricain (PNP) Tikpi Atchadam s'adresse à des manifestants à Lomé, le 6 septembre 2017
afp.com - PIUS UTOMI EKPEI
L'opposant togolais Jean-Pierre Fabre s'exprime devant la maison du dirigeant du Parti National panafricain (PNP) Tikpi Atchadam, en signe de solidarité après la répression de manifestations antigouvernementales, le 8 septembre 2017 à Lomé
L'opposant togolais Jean-Pierre Fabre s'exprime devant la maison du dirigeant du Parti National panafricain (PNP) Tikpi Atchadam, en signe de solidarité après la répression de manifestations antigouvernementales, le 8 septembre 2017 à Lomé
afp.com - PIUS UTOMI EKPEI
Un manifestant face aux forces de sécurité durant des affrontements lors d'une manifestation antigouvernementale à Lomé, le 18 octobre 2017
Un manifestant face aux forces de sécurité durant des affrontements lors d'une manifestation antigouvernementale à Lomé, le 18 octobre 2017
afp.com - YANICK FOLLY
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Alors que la campagne pour les législatives a débuté mardi au Togo, Tikpi Atchadam, homme fort du soulèvement populaire qui secoue le pays depuis plus d'un an, n'est toujours pas réapparu mais reste présent "dans les coeurs" de ses partisans... et sur Whatsapp.

"Tikpi n’est pas parmi nous aujourd’hui, mais la lutte continue", affirme Ouro Longa, un représentant des jeunes de son parti, le Parti National Panafricain (PNP), au siège de cette formation à Lomé.

Tikpi Salifou Atchadam, 51 ans, a émergé comme un homme politique important sur la scène togolaise en août 2017, lors des premières manifestations massives contre le régime du président Faure Gnassingbé.

La verve et le charisme de cet homme que certains qualifient de populiste sont parvenus à rassembler le nord du pays, notamment au sein de la communauté Tem et des musulmans, autrefois soutien tacite du pouvoir.

Devant le succès des premières manifestations d'août 2017, Tikpi, comme l'appellent affectueusement ses partisans, s'est allié à 13 autres formations politiques - dont l'Alliance nationale pour le changement (ANC) du chef de file traditionnel de l’opposition Jean-Pierre Fabre.

Depuis, cette coalition, la C-14, demande inlassablement la limitation à deux du nombre de mandats présidentiels et le départ de "Faure", au pouvoir depuis 2005 après avoir succédé à son père.

Plus récemment, ces partis ont décidé de boycotter les législatives prévues le 20 décembre, craignant des irrégularités dans leur organisation.

- Exil -

Très présent lors des premières marches, s'exprimant volontiers devant la presse, Tikpi Atchadam a complètement disparu de l'espace public dès octobre 2017 et communique rarement sur la politique togolaise ou sur la stratégie de l'opposition.

"Il se cache", soufflent ses proches, "il craint pour sa sécurité". L'opposant serait en exil au Ghana voisin, d'où il envoie des messages vocaux à ses partisans dans les coins les plus reculés du pays via l'application Whatsapp.

"La vie de Jean-Pierre Fabre a été de nombreuses fois menacée, mais quelque part son statut de chef de file de l'opposition le protège", confie à l'AFP une source au sein du PNP.

"Atchadam, lui, est considéré comme la bête noire du pouvoir, il ne lui laissera pas une minute de survie", assure-t-elle. "Il n'est pas sur place, mais il est dans les coeurs".

Un discours que relaient les membres du PNP.

"Des opposants politiques ont été assassinés dans ce pays. Sa sécurité est plus importante, car Tikpi est notre idole", affirme Nouroudine Idrissou, un jeune militant vêtu d’un tee-shirt rouge frappé d'un cheval blanc (le logo du parti) sur lequel on peut lire: "Moi, je t'aime PNP".

"Physiquement, Tikpi n’est pas là. Mais spirituellement et moralement, il est au milieu de nous", assure-t-il.

- Galvaniser les foules -

Lors des grands rassemblements de septembre 2017, qui avaient fait une douzaine de morts et des dizaines de blessés, la maison d'Atchadam était surveillée par les forces de sécurité togolaises, parfois encerclée.

Ses proches affirment qu'il a reçu des menaces, mais il n'a jamais été passé à tabac, ou poursuivi en justice comme l'a été son allié et rival Jean-Pierre Fabre.

L'opposition continue d'afficher officiellement son unité, mais des brèches sont déjà visibles. Atchadam a taclé Fabre, à qui il reproche à mi-mot de multiplier les "marches modestes" et "d’essouffler" le mouvement.

Dans son dernier Whatsapp, diffusé le 11 novembre, il affirmait: "une marche gigantesque est possible, et elle seule suffirait à libérer le Togo" de la présidence Gnassingbé.

Après des mois de crise et de négociations avortées avec le pouvoir, certains de ses alliés craignent le retour d'Atchadam, estimant que son absence est une "stratégie politique" pour apparaître comme le sauveur.

"Nous avons autant besoin du PNP pour attirer le Nord dans la lutte que le PNP avait besoin du reste de l'opposition et de son assise politique", assure toutefois à l'AFP un membre de la C-14.

Les législatives du 20 décembre, auxquelles la C-14 a annoncé qu'elle ne participera pas, seront l'occasion de tester la stabilité de cette alliance.

Ce scrutin pourrait être l'occasion pour le jeune PNP de tester sa popularité, d'avoir ses premiers députés et de se placer comme une force crédible au sein de l'opposition par rapport à l'ANC.

Mais le mot d'ordre de la C-14 est clair: "Nous ne faisons pas cette lutte pour être député", martèle son porte-parole Eric Dupuy. "Nous luttons pour le changement".