Trois intellectuels sénégalais s'insurgent contre la "dérive autoritaire" de Macky Sall

Trois intellectuels sénégalais de renom ont imputé le récent accès de violence dans le pays après la condamnation d'Ousmane Sonko à "la dérive autoritaire" du président Macky Sall et au projet qu'ils lui prêtent de briguer un troisième mandat en 2024.

 

Image
Deux femmes se frayent un passage au milieu des gaz lacrymogènes.

Deux femmes se frayent un passage au milieu des gaz lacrymogènes lors de heurts entre forces de l'ordre et manifestants à Dakar le 3 juin. 

© Leo Correa / AP photo
Partager2 minutes de lecture

Le titre de leur tribune est sans détour : "Cette vérité que l'on ne saurait cacher" écrivent les trois écrivains sénégalais connus internationalement.

Mohamed Mbougar Sarr a remporté le prix littéraire français Goncourt en 2021, Boubacar Boris Diop le prix littéraire américain Neustadt en 2022, et Felwine Sarr est co-auteur d'un rapport de référence sur la restitution du patrimoine culturel africain.

"La situation que vit actuellement notre pays résulte de la dérive autoritaire du président Macky Sall", affirment-ils dans une tribune publiée dans la presse et sur les réseaux sociaux.

Le Sénégal a été en proie depuis la semaine passée à ses pires violences depuis des années. Des manifestations ont éclaté après la condamnation d'Ousmane Sonko, opposant farouche à Macky Sall et candidat à la présidentielle de 2024, à deux ans de prison ferme dans une affaire de moeurs. Il y a eu au moins 16 morts.

TV5 JWPlayer Field
Chargement du lecteur...

Ce verdict rend en l'état actuel Ousmane Sonko inéligible. Le procès a convaincu les Sénégalais que l'objectif était "l'élimination d'un opposant politique" en vue de la présidentielle, disent les trois auteurs.

Macky Sall, élu en 2012 et réélu en 2019, est "mû par son désir de se maintenir à tout prix au pouvoir", affirment les trois hommes en ajoutant "le président Macky Sall a ainsi semé les graines de la discorde et de la violence dans notre pays."

Des crises que le Sénégal a connues depuis son indépendance, celle-ci est "la plus simple à résoudre (...) il suffirait qu'un homme dise : Je renonce à briguer un troisième mandat qui déshonorerait ma parole d'homme, mon pays et sa Constitution", écrivent-ils.

Ils accablent un pouvoir "qui emprisonne ou exile ses opposants les plus menaçants, réprime les libertés (notamment celles de la presse) et tire sur son propre peuple avec une révoltante impunité".

Ils s'en prennent à "la frénésie accumulatrice d'une caste qui s'enrichit illicitement", indifférente selon eux à la "misère sociale" et au sort de la jeunesse.

Ils dénoncent la violence policière, "nous tenons à alerter à travers cette tribune sur l'usage excessif de la force dans la répression du soulèvement populaire en cours." Ils soulignent l'utilisation de la peur et "l'intimidation" que le régime actuel met en œuvre.

La vague de violence qui secoue le Sénégal depuis plusieurs jours n’est pas seulement liée à une conjoncture politique passagère : elle est aussi structurelle, profonde, ancienne.

Le gouvernement s'inscrit en faux contre l'accusation de dérive autoritaire et invoque son attachement à la démocratie et au maintien de l'ordre. Le président Sall entretient le flou sur ses intentions pour 2024. L'hypothèse d'une candidature rencontre une forte opposition au nom du respect de la Constitution.