Tunisie : des centaines de ressortissants d'Afrique subsaharienne rapatriés par avion

Quelque 300 Maliens et Ivoiriens ont quitté la Tunisie ce 4 mars en avion. Des ressortissants d'Afrique subsaharienne cherchent à fuir des agressions et des manifestations d'hostilité après une violente charge du président Kaïs Saïed contre les migrants en situation irrégulière.
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Tunisie migrants
Des migrants originaires d'Afrique subsaharienne campent devant les bureaux de l'Organisation Internationale pour la Migration à Tunis, en Tunisie, le 2 mars 2023.
AP Photo/Hassene Dridi
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Ce 4 mars, "on a fait embarquer 133 personnes" parmi lesquelles "25 femmes et 9 enfants ainsi que 25 étudiants" dans un avion qui a quitté la Tunisie vers 11H00 TU, déclare un diplomate malien. Deux heures plus tard, un autre appareil devant rapatrier 145 Ivoiriens a décollé de Tunis, selon l'ambassadeur ivoirien en Tunisie, Ibrahim Sy Savané. 

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Un discours jugé "raciste et haineux"

Le 21 février, le président tunisien Kaïs Saïed affirme que la présence en Tunisie de "hordes" d'immigrés clandestins provenant d'Afrique subsaharienne est source de "violence et de crimes" et relève d'une "entreprise criminelle" visant à "changer la composition démographique" du pays. Le discours présidentiel, condamné par des ONG comme "raciste et haineux", provoque un tollé en Tunisie. Les personnes d'Afrique subsaharienne font état depuis d'une recrudescence des agressions les visant et se sont précipitées par dizaines à leurs ambassades pour être rapatriées.

Des actions de solidarité pour les migrants subsahariens

  • Le 25 février, plusieurs centaines de manifestants ont protesté contre le racisme et un discours "rasciste" à l'égard des migrants originaires de pays d'Afrique subsaharienne à Tunis.
  • "À bas le fascisme, la Tunisie est une terre africaine", "Solidarité avec les migrants sans papiers" ou encore "Président de la honte présente tes excuses", scandaient les protestataires dont des artistes, des militants de droits humains et des représentants de la société civile.
  • La Tunisienne Ons Jabeur, star mondiale du tennis, a dit le 1er mars sa "fierté" d'être une femme africaine.
  • Elle a défendu "le droit de chacun à vivre dans la dignité".
  • Le 3 mars, une manifestation s'est déroulée à proximité de l'ambassade tunisienne à Paris.
  • Plusieurs dizaines de personnes, Sénégalais, Ivoiriens, Guinées et Tunisiens se sont rassemblés pour dénoncer le "racisme" en Tunisie.

Devant l'ambassade du Mali, surchargés de valises et ballots, tous disent fuir un climat lourd de menaces. "Les Tunisiens ne nous aiment pas, donc on est obligés de partir mais les Tunisiens qui sont chez nous doivent partir aussi", dit Bagresou Sego, avant de grimper dans un bus affrété par l'ambassade pour l'aéroport.

La situation est critique ici, je rentre parce que je ne suis pas en sécurité.Abdrahmen Dombia, étudiant malien

Arrivé il y a 4 ans, Abdrahmen Dombia a interrompu ses études de mastère en pleine année universitaire. "La situation est critique ici, je rentre parce que je ne suis pas en sécurité", explique-t-il. Baril, un "migrant légal", s'est dit inquiet pour ceux qui restent. "On demande au président Kaïs Saïed avec beaucoup de respect de penser à nos frères et de bien les traiter".

De nombreux candidats au retour

Selon le gouvernement ivoirien, 1 300 ressortissants ont été recensés en Tunisie pour un retour volontaire. Un chiffre significatif pour cette communauté qui, avec environ 7 000 personnes, est la plus importante d'Afrique subsaharienne en Tunisie, à la faveur d'une exemption de visa à l'arrivée.

Il y a des agressions presque tous les jours, des menaces, ou bien ils sont mis dehors par leurs bailleurs, ou agressés physiquement.Michaël Elie Bio Vamet, président de l'Association des étudiants ivoiriens

Quelque 30 étudiants ivoiriens, en situation régulière, font partie des rapatriés. "Ils ne se sentent pas à l'aise, certains ont été victimes d'actes racistes, certains sont en fin d'études, d'autres les ont interrompues", précise par téléphone depuis l'aéroport Michaël Elie Bio Vamet, président de l'Association des étudiants ivoiriens. "Il y a des agressions presque tous les jours, des menaces, ou bien ils sont mis dehors par leurs bailleurs, ou agressés physiquement", ajoute-t-il.

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Issus souvent de familles aisées, des dizaines d'étudiants d'Afrique subsaharienne étaient inscrits dans des universités ou centres de formation en Tunisie. Apeurés, beaucoup sont déjà repartis par leurs propres moyens, selon leurs représentants. L'Association des étudiants étrangers AESAT a documenté l'agression, le 26 février, de "quatre étudiantes ivoiriennes à la sortie de leur foyer universitaire" et d'"une étudiante gabonaise devant son domicile". Dès le lendemain du discours de Kaïs Saïed, l'AESAT avait donné comme consigne aux étudiants subsahariens "de rester chez eux" et de ne plus "aller en cours". Une directive prolongée au moins jusqu'au 6 mars.

"Déferlement de haine"

Des Guinéens rentrés par le tout premier vol de rapatriement le 1er mars témoignent d'un "déferlement de haine" après le discours de Kaïs Saïed. Bon nombre des 21 000 ressortissants d'Afrique subsaharienne recensés officiellement en Tunisie, pour la plupart en situation irrégulière, ont perdu du jour au lendemain leur travail et leur logement.

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Des dizaines ont été arrêtés lors de contrôles policiers, certains sont encore en détention. D'autres ont témoigné auprès d'ONG de l'existence de "milices" qui les pourchassent et les détroussent. Cette situation a provoqué l'afflux de centaines de personnes à leurs ambassades pour être rapatriés.

D'autres, encore plus vulnérables car issues de pays sans ambassade à Tunis, ont rejoint un campement improvisé devant le siège de l'Office international des migrations (OIM), où elles dorment dans des conditions insalubres. Selon l'ambassadeur ivoirien, la Tunisie a promis de renoncer à réclamer aux personnes en situation irrégulière des pénalités (80 dinars, 25 euros par mois de séjour irrégulier) qui, pour certains, dépassaient les 1 000 euros.

Ce 4 mars, le ministère des Affaires étrangères tunisien indique que les ressortissants d'Afrique subsaharienne "qui souhaitent retourner volontairement dans leur pays" sont exonrés des pénalités imposées à toute personne en séjour irrégulier. Une lettre en ce sens datée du 3 mars a été envoyée aux missions diplomatiques africaines en Tunisie, selon des sources diplomatiques tunisiennes.