Tunisie : des dizaines de migrants sub-sahariens chassés de Sfax

Des dizaines de migrants africains ont été chassés de la ville tunisienne de Sfax. Après la mort d'un habitant le 3 juillet, la ville du centre-est de la Tunisie a connu une nouvelle nuit de violences. Des centaines de Tunisiens ont réclamé le départ immédiat de tous les migrants clandestins.

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Migrants subsahariens chassés de Sfax

Migrants subsahariens chassés de Sfax - capture d'écran TV5MONDE.

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Dans plusieurs quartiers de cette grande ville du centre-est de la Tunisie, des centaines d'habitants se sont rassemblés dans la nuit du 4 au 5 juillet, réclamant le départ immédiat de tous les migrants clandestins.

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Certains ont bloqué les rues et incendié des pneus pour exprimer leur colère après la mort d'un habitant de 41 ans, poignardé lors d'affrontements tard lundi 3 juillet avec des migrants originaires d'Afrique subsaharienne.

Sur des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux, on peut voir des agents de police chassant des dizaines de migrants de leur domicile sous les acclamations d'habitants de la ville, avant de les faire monter dans des voitures de la police.

D'autres montraient des migrants à même le sol, les mains sur la tête, entourés par des habitants munis de bâtons qui attendaient l'arrivée de la police.

Sur la page Facebook du groupe local Sayeb Trottoir dédié à la question de l'immigration clandestine, Lazhar Neji, travaillant dans les urgences d'un hôpital de Sfax, a déploré "une nuit inhumaine (...) sanglante qui fait trembler".
Selon lui, l'hôpital a accueilli entre 30 et 40 migrants, dont des femmes et des enfants. "Certains ont été jetés de terrasses, d'autres agressés par des sabres", a-t-il affirmé.

Plusieurs migrants ont été amenés par la police sur le site de la Foire de Sfax dans l'attente d'être transférés ailleurs, a affirmé à l'AFP Romdane Ben Amor, responsable au Forum des droits économiques et sociaux (FTDES), une ONG qui suit les questions migratoires.

Selon lui, d'autres migrants ont été conduits vers une zone proche de la frontière libyenne. Il n'était pas en mesure de préciser le nombre total des migrants expulsés de Sfax.

"Psychose"

Des dizaines d'autres migrants se sont rués sur la gare ferroviaire de Sfax pour prendre des trains vers d'autres villes tunisiennes, a constaté un photographe de l'AFP.

"Alors que les violences entre autochtones tunisiens et migrants noirs africains ne cessent de s'intensifier à Sfax créant de nouveau une psychose chez ces derniers migrants", a écrit sur Facebook Franck Yotedje, directeur de l'association Afrique Intelligence, qui œuvre pour la défense des droits des migrants.
"L'une des missions régaliennes de l'État est la protection des personnes et de leurs biens. Les autorités tunisiennes doivent assurer la sécurité des résidents de Sfax, tunisiens et étrangers", a-t-il ajouté.

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La mort le 3 juillet d'un habitant à Sfax a suscité un torrent de réactions, souvent aux relents racistes, appelant à l'expulsion des migrants africains de Sfax, point de départ d'un grand nombre de traversées illégales vers l'Italie par la mer.

Les tensions entre les habitants et les migrants se sont exacerbées après un discours en février du président Kais Saied pourfendant l'immigration clandestine et la présentant comme une menace démographique pour son pays.

Le 4 juillet, le président Saïed a affirmé que la Tunisie "n'accepte pas sur son territoire quiconque ne respectant pas ses lois, ni d'être un pays de transit (vers l'Europe) où une terre de réinstallation pour les ressortissants de certains pays africains".

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La plupart de ces migrants viennent en Tunisie pour tenter ensuite de rejoindre l'Europe par la mer, en débarquant clandestinement sur les côtes italiennes.
Kaïs Saïed a accusé des "réseaux criminels" d'être à l'origine de cette immigration illégale qui visa selon lui à troubler "la paix sociale en Tunisie".

Dans un communiqué publié ce 5 juillet, la branche de Sfax de la puissante centrale syndicale UGTT, a accusé le pouvoir d'avoir aggravé le phénomène d'immigration clandestine "en jouant le rôle de gendarme de la Méditerranée, interceptant les bateaux des migrants africains subsahariens clandestins et les acheminant à Sfax".

Le syndicat a appelé le présidnet Saïed et son gouvernement à "trouver une solution radicale (à la présence) de milliers de migrants subsahariens clandestins", et affirmé "refuser que la région de Sfax ne se transforme en lieu de rassemblement ou de réinstallation pour ces migrants dans une volonté de faire plaisir à l'Italie et l'Europe".