Afrique

Tunisie : faible participation à la mi-journée

Une femme montre son index bleui par l'encre qui indique qu'elle a voté pour le référendum. Les Tunisiens sont appelés à voter par référendum pour la nouvelle constitution. Tunis, 25 juillet 2022
Une femme montre son index bleui par l'encre qui indique qu'elle a voté pour le référendum. Les Tunisiens sont appelés à voter par référendum pour la nouvelle constitution. Tunis, 25 juillet 2022
© AP Photo/Hassene Dridi

Les Tunisiens ont commencé à voter dès 6 heures du matin ce 25 juillet par référendum sur une nouvelle Constitution controversée, imposée par le président Kaïs Saïed. Une constitution décriée par les juristes chargés de la rédiger et qui renforce ses pouvoirs au risque pour la démocratie tunisienne.

Les bureaux de vote sont ouverts depuis 6 heures du matin, et devraient fermer à 22 heures. Une plage horaire très large qui tient compte des températures qui ont grimpé jusqu’à 40° en milieu de journée.

La participation est le principal enjeu du référendum, où le "oui" a de fortes chances de l'emporter puisque les grands partis d'opposition ont appelé leurs électeurs à s'abstenir.

Voir : Tunisie : risque élevé d'abstention lors du référendum sur la réforme de la Constitution
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Près de 12% - exactement 1,053 million - des 9,3 millions d'inscrits avaient voté à 12h00 TU (temps universel, soit 14 heures à Tunis), a indiqué Farouk Bouasker, président de l'autorité électorale, se disant convaincu que "ce chiffre va encore augmenter". Les premiers résultats sont attendus au plus tôt demain, le 26 juillet.

Dans les bureaux de vote du centre de Tunis, l'affluence était supérieure aux prévisions, selon les journalistes de l'AFP.

"Nous avons un grand espoir dans le 25 juillet. La Tunisie va prospérer à partir d'aujourd'hui", a dit à l'AFP Imed Hezzi, un serveur de 57 ans, montrant un doigt teinté à l'encre bleue, système mis en place pour éviter les fraudes.
Mongia Aouanallah, une retraitée de 62 ans, attend "une vie meilleure, pour que les enfants de nos enfants vivent mieux" car "tout est catastrophique".
Ridha Nefzi, un travailleur journalier de 43 ans, est du même avis : "le pays est rentré dans le mur. Nous avons au moins le moyen de réparer. Maintenant commence une nouvelle page".

(RE)voir : Tunisie : ouverture des bureaux de vote pour le référendum sur la réforme constitutionnelle
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Un régime hyper présidentiel


Après avoir voté, le président a appelé à approuver sa Constitution pour "établir une nouvelle République fondée sur la vraie liberté, la vraie justice et la dignité nationale".

La nouvelle loi fondamentale instaure un régime hyper-présidentiel accordant de vastes pouvoirs au chef de l'État, en rupture avec le système parlementaire en place depuis 2014.

Le président désigne le chef du gouvernement et les ministres et peut les révoquer à sa guise. Il peut soumettre au Parlement des textes législatifs qui ont "la priorité". Une deuxième chambre devant représenter les régions est établie, en contrepoids à l'Assemblée des représentants (députés) actuelle.

L'opposition et de nombreuses ONG ont dénoncé une Constitution "taillée sur mesure" pour le président Saïed, et le risque de dérive autoritaire d'un président n'ayant de comptes à rendre à personne.

Lire : Référendum en Tunisie : que prévoit le projet de Constitution du président Kaïs Saïed ?

Sadok Belaïd, le juriste chargé par Kaïs Saïed d'élaborer la nouvelle Constitution, a désavoué le texte final, estimant qu'il pourrait "ouvrir la voie à un régime dictatorial".

"Tous les pouvoirs"

L'opposition, aussi bien le mouvement d'inspiration islamiste Ennahdha, bête noire de Kaïs Saied que le Parti destourien libre d'Abir Moussi, ont appelé au boycott du scrutin, invoquant un "processus illégal" et sans concertation.

Personnage complexe, le président Saïed exerce le pouvoir de manière de plus en plus solitaire depuis un an.

Agé de 64 ans, Kaïs Saïed considère sa refonte de la Constitution comme le prolongement de la "correction de cap" engagée le 25 juillet 2021 quand, arguant des blocages politico-économiques, il a limogé son Premier ministre et gelé le Parlement avant de le dissoudre en mars, mettant en péril la seule démocratie issue du Printemps arabe.

Voir : Tunisie : une Constitution et deux versions en question
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Le nouveau texte "donne presque tous les pouvoirs au président et démantèle tous les systèmes et institutions pouvant le contrôler", affirme ce 25 juillet à l'AFP Saïd Benarbia, directeur régional de la Commission internationale des juristes CIJ. Il lui donne "davantage de pouvoirs que la Constitution de 1959", élaborée sous Habib Bourguiba, en supprimant la séparation des pouvoirs et "un pouvoir judiciaire subordonné à l'exécutif".
"Aucun des garde-fous qui pourraient protéger les Tunisiens de violations similaires au (régime) Ben Ali n'existe", selon Saïd Benarbia convaincu que la nouvelle Constitution "codifie l'autocratie".

Pour l'analyste Youssef Cherif, des espaces de liberté restent garantis mais la question d'un retour à un régime dictatorial similaire à celui de l'ex-autocrate de Zine el Abidine Ben Ali, pourrait se poser "dans l'après Kais Saied".

L’aide attendue du FMI

Pour la majeure partie de la population, la priorité est ailleurs : une croissance poussive (autour de 3%), un chômage élevé (près de 40% des jeunes), une inflation galopante et l'augmentation du nombre de pauvres à 4 millions de personnes.

La Tunisie, au bord du défaut de paiement avec une dette supérieure à 100% du PIB, négocie un nouveau prêt avec le FMI qui a de bonnes chances d'être accordé mais exigera en retour des sacrifices (baisse des subventions aux produits de base, notamment), susceptibles de provoquer une grogne sociale.