Afrique

Tunisie : fortement endetté, le pays espère obtenir une aide du FMI

La Tunisie compte sur l'aide du FMI pour soutenir son économie éprouvée par la pandémie de Covid-19. Mais cela ne va pas aller sans d'importantes réformes comme l'explique le représentant du FMI en Tunisie Jérôme Vacher. Des réformes réclamées par les Tunisiens. Image ici d'une manifestation contre le président Kais Saied après qu'il ait suspendu le Parlement, devant le Théâtre municipal de Tunis le 18 septembre 2021.
La Tunisie compte sur l'aide du FMI pour soutenir son économie éprouvée par la pandémie de Covid-19. Mais cela ne va pas aller sans d'importantes réformes comme l'explique le représentant du FMI en Tunisie Jérôme Vacher. Des réformes réclamées par les Tunisiens. Image ici d'une manifestation contre le président Kais Saied après qu'il ait suspendu le Parlement, devant le Théâtre municipal de Tunis le 18 septembre 2021.
© AP Photo/Riadh Dridi

Le 28 décembre, le gouvernement tunisien a présenté son budget de l’année 2022. Il prévoit un endettement de près de 6 milliards d’euros pour relancer son économie, lourdement affectée par la crise politique et la pandémie de Covid-19. La ministre des Finances Sihem Boughdiri espère une aide du FMI, mais celle-ci n’ira pas sans des réformes profondes selon Jérôme Vacher, représentant du Fonds monétaire international (FMI) en Tunisie.

En quête de financements internationaux, la Tunisie doit mener "des réformes très profondes", notamment pour réduire le poids de la fonction publique qui atteint l'un des niveaux "les plus élevés au monde", estime Jérôme Vacher, représentant du Fonds monétaire international (FMI) en Tunisie.

Un déficit budgétaire pour 2022 de 6,2% du PIB 

Le budget de l'État pour 2022 s'élève à 57.2 milliards de dinars (environ 17.6 milliards d'euros), soit une hausse de 3,2% par rapport à celui de 2021, a indiqué lors d'une conférence de presse le 28 décembre 2021 à Tunis la ministre des Finances, Sihem Boughdiri. 

Le déficit budgétaire prévu en 2022 va atteindre 8.5 milliards de dinars (2,6 milliards d'euros), ce qui représente 6,2% du PIB.

(Re)lire : Tunisie : Kaïs Saïed a moins de 100 jours pour trouver 2,4 milliards de dollars pour le budget de l'État

Le budget prévoit également un endettement de près de 20 milliards de dinars (5,7 milliards d'euros) pour couvrir les dépenses prévues par le budget et les besoins de la trésorerie. Avec ces crédits le niveau de la dette publique atteindra 82,6% du PIB, contre 85,6% en 2021.

Des réformes "très profondes" nécessaires

La ministre des Finances, Sihem Boughdiri espère conclure un accord avec le FMI. Elle a annoncé lors de sa conférence de presse du 28 décembre que "les négociations avec le FMI vont reprendre début de l'année 2022". Selon la ministre, un document élaboré par plus de 80 experts tunisiens et présentant "un programme de réformes dans plusieurs secteurs" va être négocié avec le FMI.

Mais selon le représentant du FMI en Tunisie, Jérôme Vacher, la Tunisie doit mener "des réformes très profondes", notamment pour réduire le poids de la fonction publique qui atteint l'un des niveaux "les plus élevés au monde".
 
La Tunisie a connu à cause du Covid-19 sa plus grave récession depuis l’indépendance.
Jérôme Vacher, représentant du FMI
Au terme de son mandat de trois ans, Jérôme Vacher rappelle dans une interview à l'AFP que la Tunisie a connu à cause du Covid-19 "sa plus grave récession depuis l'indépendance" (en 1956). Il souligne cependant que "les maux du pays étaient préexistants, en particulier les déficits budgétaires et une dette publique (près de 100% du PIB fin 2021) qui se sont aggravés".

Un taux de chômage de 18%

Après une chute de quasi 9% du PIB en 2020, la croissance est revenue à un peu plus de 3% en 2021 avec autant de prévu pour 2022.

Elle reste toutefois "faible et très largement insuffisante" pour résorber un taux de chômage qui dépasse les 18%, et est "élevé aussi parmi les jeunes diplômés", estime le représentant du FMI. Il observe toutefois qu'"une main-d’œuvre qualifiée, un capital humain de très bonne qualité et une localisation géographique favorable" sont des atouts pour le pays.

(RE)voir : Tunisie : la ville de Zarzis au coeur d'un transit migratoire
 
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Il faut un programme solide et crédible […] sur moyen terme et communiqué à la population même si cela implique d’expliquer les difficultés.
Jérôme Vacher, représentant du FMI
Selon Jérôme Vacher, les discussions avec la Tunisie n'en sont qu'à un stade préliminaire et le FMI veut d'abord "comprendre quelles sont leurs intentions en matière de réformes économiques" car "il y a un besoin de réformes très profondes, structurelles".

Il faut "un programme solide et crédible (..) sur le moyen terme et communiqué à la population, même si cela implique d'expliquer les difficultés", souligne-t-il.

Néanmoins, "dans la mesure où il y a déjà un effort technique engagé" par le gouvernement et qu'il y a "une compréhension des principaux défis et des principaux problèmes, c'est déjà une bonne base pour préparer et s'engager sur un programme de réformes".

Le poids trop important de la fonction publique

Parmi les urgences, le représentant du FMI mentionne le "poids important" de la fonction publique (16% du PIB), les salaires des 650.000 fonctionnaires absorbant plus de la moitié des dépenses annuelles de l'État, "sans compter les collectivités locales et les entreprises publiques".

Cette "situation particulière" de la Tunisie, où "la masse salariale de la fonction publique est l'une des plus élevées au monde", même comparée à l'Égypte, au Maroc, au Liban ou à la Jordanie, empêche le pays d'augmenter "ses dépenses d'avenir, d'investissements, d'éducation et de santé", déplore Jérôme Vacher. 

Réforme des entreprises du secteur public et des services publics

Autre urgence: "une réforme profonde des entreprises publiques", présentes dans de multiples secteurs (télécoms, électricité, eau potable, transport aérien), souvent monopolistiques et qui emploient au moins 150.000 personnes.

Il y a aussi "un effort important d'efficacité à faire" par rapport "à ce qu'attend la population en matière de services publics", selon le représentant du FMI.

La "rigidité au niveau budgétaire est aggravée par le poids de certaines subventions" étatiques, note-t-il, soulignant notamment "le caractère inégalitaire des subventions sur l'essence".

Réforme du système de subventions publiques

Le FMI préconise d'ailleurs d'accompagner une refonte du système des subventions (carburants, produits de première nécessité) par des mécanismes de compensation à destination des populations plus défavorisées.

Par ailleurs, le FMI est conscient de "l'effet catalytique" de ses décisions pour les autres bailleurs de fonds, nationaux et étrangers, publics et privés, sachant que l'Union européenne et plusieurs grands pays ont conditionné toute nouvelle aide à un feu vert du Fonds.

C'est une responsabilité pour le FMI mais, pour Jérôme Vacher, "la responsabilité la plus grande est au niveau des décideurs politiques, c'est à eux d'agir pour trouver des solutions".

D'après lui, on ne peut pas dire comme certains l'assurent que la Tunisie serait au bord de la faillite financière: "Il y a une gestion budgétaire qui se fait et s'adapte à la situation, pas forcément optimale mais gérable"

Et par chance, la Tunisie ne fera pas face à de grosses échéances de remboursement de sa dette à court terme.