Afrique

Tunisie : heurts et manifestations après l'immolation par le feu d'un journaliste

Chargement du lecteur...
© TV5MONDE

Des heurts ont éclaté entre la police et des manifestants à Kasserine, après l'immolation par le feu d'un journaliste qui souhaitait dénoncer les conditions de vie difficiles dans cette région du nord-ouest du pays. Ce mercredi 26 décembre, des avocats ont manifesté à leur tour contre la corruption.

Après l'immolation par le feu du journaliste Abderrazak Zorgui, ce sont les avocats de Kasserine qui ont manifesté leur colère. Ils dénoncent la corruption et appellent au développement de leur région fortement marginalisée. Pour eux, c'est toute la société civile qui doit réagir face à la situation économique et sociale du pays. 
 
Chargement du lecteur...
©TV5MONDE

Dans la nuit de lundi 24 à mardi 25 décembre, des dizaines de manifestants ont brûlé des pneus et bloqué la rue principale du centre-ville de Kasserine. La police a répliqué par des tirs de gaz lacrymogènes.

Le porte-parole du ministère de l'Intérieur, Sofiane al-Zaq, a déclaré que six membres des forces de sécurité avaient été légèrement blessés lors des affrontements et neuf personnes arrêtées. La ville s'est toutefois réveillée dans le calme au matin du 25.
 

Immolation par le feu d'un journaliste

La raison de ces manifestations ? L'immolation par le feu du journaliste Abdel Razzaq Zorgui, 32 ans, décédé lundi 24 décembre au soir. Par ce geste, il disait vouloir protester contre le chômage et la dégradation de la situation économique dans la région de Kasserine, l'une des plus pauvres du pays. "Pour les fils de Kasserine qui n'ont pas de moyens de subsistance, aujourd'hui, je vais commencer une révolution, je vais m'immoler par le feu", a déclaré le journaliste dans une vidéo qu'il a publiée avant sa mort. 

Le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) a déclaré lundi 24 dans un communiqué que l'acte du journaliste reporter d'images " visait à protester contre "des conditions sociales difficiles, un horizon fermé et le manque d'espoir" qui frappent cette région. Le Syndicat a ajouté qu'il envisageait d'organiser une grève générale dans le secteur des médias.

On a décidé que l'on ferait une grève générale le 14 janvier. On a aussi demandé au gouvenrement des lois qui garantissent les droits des journalistes en Tunisie.

Faouzia Ghuiloufi, responsable du Syndicat national des journalistes tunisiens

Le précédent Sidi Bouzid

Kasserine est l'une des premières villes où avaient éclaté fin 2010 des manifestations sociales au cours desquelles la police avait tué des manifestants. Provoquées par l'immolation par le feu en décembre 2010 d'un jeune vendeur ambulant de Sidi Bouzid dans la région centre-ouest, excédé par la pauvreté et les humiliations policières, les manifestations s'étaient ensuite propagées à travers tout le pays et conduit au renversement du régime de Zine El Abidine Ben Ali en janvier 2011.

Malgré les progrès de la transition démocratique depuis et un récent retour de la croissance économique après des années de stagnation, les autorités tunisiennes peinent toujours à répondre aux aspirations sociales de la population. L'inflation à 8,1% et le chômage à plus de 15% alimentent les troubles sociaux. Des émeutes avaient éclaté en janvier dernier dans de nombreuses villes du pays.

Les explications de Slimane Zeghidour :
Chargement du lecteur...
© TV5Monde