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Tunisie : le rédacteur en chef d'un média internet proche d'Ennahda arrêté

Le Palais de Justice de Tunis, 8 juin 2022
Le Palais de Justice de Tunis, 8 juin 2022
© AP Photo/Hassene Dridi

Le rédacteur en chef du site d'information Achahed, considéré comme proche du parti Ennahdha a été arrêté et placé en garde à vue. Il est soupçonné d'avoir des liens avec une société accusée de comploter contre l'État. Le Syndicat national des journalistes en Tunisie (SNJT) dénonce dans un rapport publié début mai les "menaces sérieuses" pesant sur la liberté de la presse.

Lotfi Hidouri, rédacteur en chef du site Achahed, a été interpellé et placé en garde à vue ce 17 juin pour des opérations financières présumées suspectes entre une société finançant son média et Instalingo. Cette dernière, une entreprise de production de contenu numérique, est poursuivie par la justice, a précisé à l'AFP son avocat Samir Ben Amor.

Déjà en 2008, le journaliste avait été arrêté alors qu'il se rendait au Liban pour assister au troisième Forum de la presse arabe indépendante dénonçait Reporters sans Frontières.

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Instalingo fait l'objet d'une enquête judiciaire depuis 2021. Elle est notamment accusée de "comploter contre la sûreté de l'État" et d'"incitation à la violence", selon des médias locaux.

Ennahdha, parti islamo-conservateur, était la principale force au sein du Parlement dissous par le président Kaïs Saïed lorsqu'il s'est arrogé les pleins pouvoirs lors d'un coup de force le 25 juillet 2021.

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Selon son avocat, Lofti Hidouri, proche d'Ennahdha, n'exerçait "aucune responsabilité administrative" au sein du site qui justifierait des poursuites à son encontre.

"C'est un nouveau crime de la clique du coup d'État", a-t-il affirmé en faisant référence au pouvoir du président Saïed.

Un autre journaliste, Salah Attia, critique de la politique de Kaïs Saïed a été interpellé et placé en garde à vue le 11 juin à la suite de déclarations sur l'armée tunisienne à la chaîne Al Jazeera.
 

Salah Attia a affirmé sur la chaîne qatarie le 12 juin que le président Kaïs Saïed avait "demandé officiellement à la force militaire d'intervenir contre l'Union générale tunisienne du travail", la puissante centrale syndicale UGTT, et d'encercler ses locaux avant une grève générale prévue le 16 juin.

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Selon ce journaliste, qui s'oppose au coup de force du président Saïed du 25 juillet 2021, l'armée aurait informé l'UGTT de son refus face à cette demande du président.

"On dirait que nous sommes dans les derniers jours du régime du (président déchu Zine el Abidine) Ben Ali", a -t-il déclaré pour décrire la situation en Tunisie.

A la suite de ces déclarations, le journaliste a été interpellé par la justice militaire qui a décidé samedi 11 juin de le placer en garde à vue quand il a refusé de dévoiler ses sources, selon son avocat.

Le journaliste est soupçonné notamment "d'avoir porté atteinte à l'armée", et d'"inciter les Tunisiens à la violence", d'après son avocat. Il a été déféré le 13 juin devant un juge militaire qui pourrait le placer en détention provisoire. 

Le Syndicat national des journalistes en Tunisie (SNJT) a alerté dans un rapport publié début mai sur des "menaces sérieuses" pesant sur la liberté de la presse et déploré un "important recul" dans le respect des libertés depuis le 25 juillet.