Un avion d'aide atterrit à Goma dans l'est de la RDC, où les combats font rage

Un avion d'aide européenne d'urgence, le premier d'un pont aérien annoncé la semaine dernière, a atterri vendredi 10 mars à Goma, dans l'est de la République démocratique du Congo. Des combats contre les rebelles du M23 font rage à moins de 30 km de la capitale provinciale du Nord-Kivu
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CARTE NORS KIVU SAKE
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"C'est le premier avion, il y en a un autre qui va arriver la semaine prochaine et d'autres qui vont sans doute se mettre en place", a déclaré aux journalistes sur le tarmac de l'aéroport de Goma l'ambassadeur de l'Union européenne en RDC, Jean-Marc Châtaigner.

L'Union européenne avait annoncé le 4 mars la mise en place d'un pont aérien humanitaire civil vers Goma, avec le soutien de la France, pour venir en aide aux populations durement affectées par les combats. Le fret acheminé dans le Nord-Kivu, "en collaboration avec l'Unicef et d'autres partenaires humanitaires", doit consister en produits médicaux, alimentaires et autres produits d'urgence, précisait l'UE.

L'appareil arrivé vendredi à Goma a apporté quelque 35 tonnes d'aide - tentes, matelas, kits d'hygiène et matériel médical.

La plupart des voies terrestres fermés autour de Goma


Goma est le chef-lieu du Nord-Kivu, province dans laquelle le M23, soutenu par le Rwanda selon Kinshasa et des experts de l'ONU, a conquis depuis l'année dernière de vastes pans de territoire.

La plupart des voies terrestres d'approvisionnement de la cité sont coupées et Goma se retrouve coincée entre le Rwanda à l'est, le lac Kivu au sud et les rebelles au nord et à l'ouest.

Voir : RDC: des groupes d'autodéfense pour faire face aux rebelles au Nord-Kivu
 
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Plus de 600 000 personnes déplacées


La ville compte plus d'un million d'habitants, auxquels se sont ajoutés des milliers de déplacés de guerre, chassés de leurs villages par les combats. Selon les autorités, près de 600.000 personnes seraient ainsi arrivées "dans la ville et ses environs" ces derniers mois, a déclaré l'ambassadeur de l'UE.

"Ce qui se passe dans l'est du Congo est intolérable", a lancé à ses côtés l'ambassadeur de France Bruno Aubert. Outre le M23, de multiples groupes armés sévissent dans la région depuis près de 30 ans.

À Genève, le Haut commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) a fait part de son inquiétude pour les déplacés du conflit avec le M23. En un an, plus de 800.000 ont dû fuir leurs maisons et rien qu'en février ils étaient 300.000.

"Les besoins des populations vulnérables se multiplient, alors que les conditions déjà difficiles se détériorent et que les ressources des sites surpeuplés cèdent sous la pression des nouveaux arrivants", a déclaré Matthew Saltmarsh, porte-parole du HCR.

Les équipes humanitaires, a-t-il ajouté, font état de "témoignages horribles de violations des droits humains".

 "Psychose"

Sur le terrain, selon des sources locales, après une journée d'accalmie jeudi, les affrontements ont repris vendredi matin à l'ouest de Goma, au niveau du village de Murambi, à moins de 30 km de la ville. Entre ce village et Goma se trouve la cité de Saké, considérée comme le dernier verrou sur la route vers la capitale provinciale.

"La population est de nouveau dans la psychose", a déclaré par téléphone à l'AFP Léopold Busanga, président de la société civile de Saké. Dans la matinée, des habitants de Saké ont noté l'engagement dans les combats d'un avion de chasse et d'hélicoptères de l'armée congolaise.

D'autres combats sont signalés plus au nord, à environ 70 km de Goma, selon un responsable local. Après plusieurs annonces d'arrêt des hostilités restées sans effet, un cessez-le-feu était censé entrer en vigueur mardi.

La veille, le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, exhortait la rébellion à se conformer à cette trêve, tandis que samedi dernier, le président français Emmanuel Macron, en visite à Kinshasa, menaçait de sanctions les parties au conflit qui ignoreraient cette nouvelle échéance. Mais les armes ne se sont pas tues.

Un "plan de désescalade" existe, "il est impératif qu'il soit soutenu par tous", a lancé à Goma l'ambassadeur de France, en insistant: ceux qui ne le respecteront pas "s'exposent à des sanctions". Une délégation du Conseil de sécurité de l'ONU est arrivée jeudi soir à Kinshasa pour une visite de trois jours en RDC. Elle doit séjourner samedi et dimanche à Goma.