Un raid de l'armée de l'air tue des dizaines de civils à Khartoum

L'ONU a estimé dimanche 9 juillet que le Soudan était "au bord d'une guerre civile totale potentiellement déstabilisatrice pour toute la région", au lendemain de la mort de dizaines de civils dans un raid de l'armée de l'air sur un quartier résidentiel de Khartoum.

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Fumée au dessus de Khartoum, au Soudan

De la fumée s'élève au-dessus de la capitale soudanaise, Khartoum, le jeudi 8 juin 2023. Associated Press. 

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Sur une vidéo postée en ligne par le ministère de la Santé de l'État de Khartoum, des corps gisent au sol, certains ont des membres déchiquetés qui dépassent de draps jetés à la va-vite pour les couvrir. Plusieurs sont des femmes.

Le bombardement, survenu samedi 8 juillet sur le quartier de Dar al-Salam à Omdourman, la banlieue nord-ouest de la capitale Khartoum, a fait selon le ministère de la Santé "22 morts et un grand nombre de blessés parmi les civils".

De leur côté, les Forces de soutien rapide (FSR), paramilitaires en guerre contre l'armée depuis le 15 avril, ont dénoncé "la perte tragique de plus de 31 vies et de nombreux blessés".

Toutes ces sources, comme plusieurs habitants contactés par l'AFP, affirment que le bombardement est venu des airs. 

Mais l'armée a assuré dans un communiqué que ses "forces aériennes n'avaient visé aucun objectif samedi à Omdourman".

En près de trois mois de guerre entre les FSR du général Mohamed Hamdane Daglo et les troupes régulières, dirigées par le général Abdel Fattah al-Burhane, près de 3.000 morts ont été recensés. Un bilan très sous-estimé, des corps jonchant encore les rues étant inaccessibles.

"Au bord d'une guerre civile"

Près de trois millions de Soudanais ont été forcés de quitter leur maison tant les exactions venues des deux camps se multiplient. Plus de 600 000 ont dû fuir vers l'étranger, principalement l’Égypte au nord et le Tchad à l'ouest.

Farhan Haq, un des porte-parole du secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a ainsi dénoncé "une absence totale de respect du droit humanitaire et des droits humains", notamment au Darfour, région martyre dans les années 2000 de nouveau au cœur de combats. 

Dans cette vaste région de l'ouest du Soudan, où des combattants tribaux et des civils armés ont rejoint les deux camps en guerre, les combats ont pris une "dimension ethnique", affirme l'ONU. Des habitants rapportent des "exécutions" sur la base de l'origine ethnique.

Selon l'ONU, le Soudan est désormais "au bord d'une guerre civile totale potentiellement déstabilisatrice pour toute la région".

Partis du cœur de la capitale, les combats, les raids aériens et les pillages qui s'ensuivent inlassablement ont gagné le Darfour ainsi que le Kordofan, au sud de Khartoum, et le Nil Bleu, frontalier de l’Éthiopie au sud. 

Dans la nuit, des habitants ont de nouveau rapporté à l'AFP des combats à El-Obeid, chef-lieu du Kordofan-Nord.

Réunion de l'Igad

Pour tenter une sortie de crise, l'ONU plaide pour les propositions de l'Igad.

Ce bloc de l'Afrique de l'Est auquel appartient Khartoum réunira lundi 10 juillet à Addis Abeba les chefs d’État ou de gouvernement des quatre pays à la manœuvre sur le dossier soudanais : l’Éthiopie, le Kenya, la Somalie et le Soudan du Sud.

Un responsable de l'Igad a affirmé à l'AFP que les deux généraux en guerre avaient été invités, mais aucun des deux camps n'a réagi. 

Depuis le 15 avril, le général Burhane n'a été filmé que deux fois au milieu de ses hommes. Le général Daglo n'est apparu que quelques secondes dans une vidéo tournée par ses troupes. Les deux hommes n'interviennent plus que par messages sonores ou médias interposés.

Ils pourraient toutefois envoyer des lieutenants à Addis Abeba lundi 10, selon le responsable de l'Igad.

Khalid Omer Yousif, l'un des responsables civils limogés du gouvernement en 2021 par le coup d’État des deux généraux, a de son côté annoncé que plusieurs figures civiles étaient à Addis Abeba pour "discuter avec des acteurs soudanais et internationaux afin d’accélérer les efforts de paix".

Les négociations, longtemps menées par Américains et Saoudiens et désormais au point mort, n'ont jusqu'ici accouché que de trêves temporaires, quasiment jamais respectées.