Afrique

Vidéo - Ethiopie : L'état d'urgence de nouveau instauré

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Récit de K. Barzegar Montage de P. Hautefort

L'Ethiopie connait sa pire crise politique depuis vingt sept ans alors que des manifestations ont eu lieu un peu partout dans le pays ces dernières semaines. Après la démission du Premier ministre, c'est l'état d'urgence qui est à nouveau instauré, la seconde fois en un an et demi.

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C'est à la télévision nationale que la nouvelle a été annoncée ce vendredi,  l'état d'urgence a été réinstauré par le gouvernement ethiopien, six mois après la levée du précédent, et cette loi d'exception devrait durer six mois à dixmois.
Une annonce qui intervient au lendemain de la démission du Premier ministre Hailemariam Dessalegn.

  Je quitte mes responsabilités au sein du parti EPRDF et du gouvernement (...) Je sais que mon parti et le gouvernement vont écrire l'histoire en menant un transfert de pouvoir pacifique dans notre pays.Hailemariam Desalegn, Premier ministre démissionnaire

Pourtant, du fait de l'état d'urgence M. Hailemariam devrait encore rester en place tant qu'un remplaçant ne lui sera pas trouvé. Mais sous le régime d'état d'urgence le pouvoir est exercé par "poste commandement militaire"  constitué du ministre de la Défense, le vice-premier ministre, les chefs des armées et des renseignements et à donc sa tête le premier ministre démissionnaire.

Certaines demandes du peuple ne peuvent pas trouver de réponse en une semaine ou un mois. Le processus et les réformes peuvent prendre des années, mais au moins le nouveau Premier ministre devrait pouvoir convaincre la majorité des Ethiopiens qu'il est prêt à répondre à leur demandes.Hallelujah Lulie, analyste politique

Pour le conseil des ministres ce retour à la loi d'exception vise à prevenir les manifestations anti-gouvernementales qui ont récemment agité le pays. Les autorités disent vouloir éviter de "nouveaux affrontements sur des lignes éthniques" et ainsi protéger l'ordre constitutionnel.

Le mouvement de protestation a l'origine de cette crise politique avait débuté fin 2015 au sud et à l'ouest du pays, avant de s'étendre à d'autres régions. Des manifestations qui dénonçaient une limitiation des libertés individuelles et un déséquilibre dans le partage des richesses. Mais c'était surtout un moyen pour les éthnies Oromo et Amhara d'exprimer leur frustration face à la minorité des Tigréens, majoritaires au sein du Front démocratique révolutionnaire des peuples éthiopiens (EPRDF), la coalition au pouvoir.

 Selon la Commission éthiopienne des droits de l'homme, liée au gouvernement, la répression du mouvement avait fait au moins 940 morts. Un état d'urgence fut alors instauré d'octobre 2016 à août 2017 et la police procéda alors à plusieurs milliers d'arrestations.

Pourtant depuis janvier le gouvernement semblait adopter une stratégie de conciliation et de réformes. Plus de 6000 prisonniers politiques ont été amnistié, des journalistes et des figures de l'opposition comme Bekele Gerba.

Cela ne suffit pas de libérer une ou deux personnes, ils doivent libérer tous ceux qui se battent pour la vérité, la justice et l'égalité. Békélé Gerba, vice-président du Congrès fédéraliste Oromo (OFC)

En attendant, le nouvel état d'urgence doit encore être approuvé par le parlement dans les 15 jours à venir et une commision d'enquête est aussi censée vérifier sa mise en oeuvre. D'ici là toute manifestation est interdite dans le pays, tout comme les publications et les écrits incitant à la violence.