Afrique

Vidéo - Guinée : le traumatisme Ebola

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(c) TV5MONDE

Il y a 4 ans sévissait la plus dévastatrice épidémie d'Ebola en Afrique de l'Ouest. Nos reporters sont retournés en Guinée, pays du patient zéro. La population est encore traumatisée par un fléau qui a tué 11 000 personnes, et contre lequel la seule défense qui existe, est un vaccin expérimental. 

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Ebola est une fièvre hémorragique, hautement contagieuse qui provoque des saignements et la défaillance des organes vitaux. Le virus qui a frappé la Guinée, le Liberia et la Sierra Leone, est fatal dans 40 à 80% des cas, et  il n'existe aucun médicament curatif ou préventif.

Fin 2016 l’épidémie a pris fin laissant derrière elle 29 000 malades et plus de 11 000 décès enregistrés.

Conakry, épargnée mais traumatisée

A Conakry, la capitale de la Guinée, la peur de la contagion a été très forte, transmise par de nombreuses idées reçues sur la maladie et la transmission.

(c) J. MUNTZER

C'était le cas à Wanindara 1, où un homme est mort d'Ebola. Dans ce quartier pauvre, aux conditions de vie précaires, les habitants étaient très inquiets de voir le corps de cet homme enterré au cimetière, malgré les précautions prises par les médecins de la Croix-Rouge pour sécuriser le corps. La situation s'est envenimée, une ambulance a été brûlée et le corps est finalement déterré pour être emporté ailleurs. 


La manière dont on nous a expliqué Ebola, on a eu peur ! Les gens croyaient que le virus pouvait encore contaminé tout le quartier, même enterré !
Facely Kourouma, Président de la jeunesse du quartier 

La peur est l’un des effets d’Ebola, une contamination psychologique capable de détruire des communautés entières. Pour le chef du quartier, Elhadj Moussa Conté, c'est le manque d'informations sur les mesures à prendre qui ont alimenté cette peur.
 


On ne connaissait pas l’épidémie, ce que c’était Ebola, c’est venu comme ça brusquement. Désormais, on sait que ça se transmet avec la mauvaise hygiène, qu’il faut se laver les mains et faire attention. On est prêts à faire la guerre à Ebola maintenant ! El Hadj Moussa Conté, Chef du quartier de Wanindara 1 

Aujourd’hui si l’épidémie est terminée, le risque de voir le virus se propager à nouveau est réel. Une menace qui peut rapidement s'étendre et toucher le monde entier. En 2014 l'Organisation mondiale de la santé avait d'ailleurs décrété un état d'urgence sanitaire mondiale.

Un essai vaccinal face à l'urgence sanitaire

Face à ce risque, la communauté internationale s'est donc mobilisée. Un consortium appelé PREVAC, le Partenariat pour la vaccination contre le virus Ebola à vu le jour. Il regroupe trois grands pays et leurs principaux instituts de recherche : l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) en France, les Instituts nationaux pour la santé (National Institutes of Health, NIH) aux États-Unis et la Faculté d’hygiène et de médecine tropicale de Londres (London School of Hygiene & Tropical Medicine, LSHTM), en collaboration avec les autorités sanitaires de Guinée et du Liberia, et epaulé sur le terrain par l'ONG  Alima.

Face à l’urgence sanitaire, le consortium a mis au point un essai vaccinal dans le cadre d’un accès élargi sur quatre pays : Guinée, Liberia, Mali et Sierra Leone.  Au total c’est près de 5 000 volontaires qui doivent être enrôlés sur l’ensemble de ces pays. 

L’essai s’appuie sur 3 stratégies différentes et donc 3 vaccins différents qui sont produits par différentes compagnies pharmaceutiques: Janssen Vaccines & Prevention, B.V, une des entreprises Janssen Pharmaceutical de Johnson & Johnson, Bavarian Nordic et Merck Sharp & Dohme, Corp (MSD en dehors des Etats-Unis et du Canada)

Si des cadres très spécifiques sont définis, le consortium se défend de faire le jeu de l’industrie pharmaceutique.

©Inserm/Delapierre, Patrick, 2018

Un long processus de vaccination 

En Guinée, c’est l’Inserm qui promeut l'essai clinique du vaccin dans deux centres différents, un à Maferinyah et l’autre au centre de Conakry. Dans celui de la capitale, ouvert en mars 2017, ce sont en moyenne trois volontaires par jours qui viennent se faire vacciner pour la première fois, et 20 autres qui viennent pour leurs suivis. En tout, ils devront faire huit visites de contrôle et de suivi, à chaque fois accompagnés de prélèvements sanguins pour contrôler les effets du vaccin, et les éventuels effets secondaires. 

Les vaccins sont anonymes, personne ne peut savoir lequel des 3 vaccins est utilisé sur le volontaire ou s’il s’agit du placebo. Les volontaires seront ensuite suivis pendant 5 ans pour surveiller la viabilité du vaccin sur la durée car pour le moment les données sur le long terme ne sont pas disponibles, notamment sur les femmes enceintes et les enfants en bas âge. 

La même méthode d’essai vaccinal est mise en place en République démocratique du Congo, d’abord auprès des personnes aux contacts de cas confirmés, puis aux contacts des contacts.  En RDC plus d’un millier de personnes ont déjà été vaccinées dans le cadre cette campagne organisée par l’Organisation mondiale de la santé. 

Les communautés valorisées

Pour faciliter l’inclusion, de nouvelles méthodes sont déployées pour faciliter l’engagement des populations et valoriser leur rôle.  Car pendant l’épidémie, ces populations ont été traumatisées par les méthodes utilisées dans l’urgence sanitaire.

(c) J. MUNTZER


Désormais des équipes de socio-anthropologues entrent en contact avec les communautés pour établir une communication claire et mettre en place un lien de confiance. Leur porte d’entrée, c’est ce qu’elles appellent un « champion communautaire », une figure référente qui ne fait pas partie des autorités officielles. Volontaire, il permet de convaincre et de rassurer sur le travail des équipes de PREVAC. 

 Une valorisation des volontaires qui s’effectue par la mise en avant de leur action citoyenne. Mais PREVAC réinvestit aussi dans les communautés notamment en favorisant et finançant des activités. 

La stratégie communautaire que nous avons utilisée dans cet essai vaccinal promeut la citoyenneté, l’engagement, le fait de dire je me vaccine non pas parce que je vais recevoir de l’argent mais je me vaccine parce que je veux contribuer à quelque chose pour mon pays. Je me sens respecté et mis en valeur.  C’est l’idée de citoyenneté sanitaire.
Sylvain Faye, socio-anthropologue

Les survivants d’Ebola

Fatale dans 50% des cas, la fièvre Ebola a laissé derrière elle autant de survivants que de morts. Sur les trois pays de l’Afrique de l’Ouest il y a plus 17 000 personnes infectées et déclarées guéries, au moins officiellement, que l’on appelle désormais les survivants. 
En Guinée 1 270 survivants sont recensés et 870 d’entre eux sont suivis par ce que l’on appelle la "cohorte post-ebogui". 

Les syndromes post-Ebola sont nombreux et pas toujours facilement identifiables car ce sont souvent des problèmes chroniques: migraines aigües, douleurs articulaires, troubles digestifs, problèmes ophtalmiques, etc.  Si les symptômes semblent diminuer avec le temps, les scientifiques en apprennent encore sur les séquelles de la maladie. Sont-elles définitives ou pas ? Le virus est-il éliminé définitivement ou pourra-t-il se réactiver un jour ? 

La cohorte prend en charge gratuitement le suivi et les soins de ces survivants. Pour le moment elle est financée par le consortium PREVAC jusqu’à fin 2018, au-delà aucun financement n’a encore été trouvé pour continuer à soigner et à surveiller ces patients.

Des survivants qui luttent contre la stigmatisation

Ebola a aussi des effets psychologiques et sociaux : 17% des survivants souffrent de dépression. La principale raison c’est l’isolement et la stigmatisation. La peur de la maladie pousse les communautés à marginaliser ces rescapés de l’épidémie par peur de la contamination. 

Sur le terrain, deux ans après la fin de l’épidémie, la sensibilisation est encore difficile, mais certains survivants se sont organisés pour lutter contre la stigmatisation et participer à l’effort de prévention. 

C’est le cas du docteur Mamadou Oury Diallo, lui-même survivant. Il a contracté le virus en 2015 en soignant un patient alors qu’il était interne au CHU de Conakry. Un simple billet de banque avec de la sueur a suffi pour le contaminer. Sauvé par le soutien de sa famille et les médecins de l’opération Lamantin de l’armée française. Désormais, il est à la tête de l’association RENASEG, le Réseau national des survivants de la maladie du virus Ebola, qui lutte contre la stigmatisation par un travail de réintégration social et professionnel. Son association, financée par des grandes ONG comme l’USAID, aide ces survivants à retrouver un travail mais aussi à suivre les programmes de recherches thérapeutiques.

Désormais la Guinée se remet doucement du traumatisme de l’épidémie mais la population comme les autorités se préparent au retour du virus. 
En attendant, les premiers résultats de l’essai vaccinal seront disponibles en 2020, ils serviront de base scientifique avant une homologation et une production en série d’un vaccin.