Afrique

Violences en RDC : Médecins sans frontières se retire de deux villages de l'Ituri

Bambu et Nizi, en Ituri, localités que Médecins sans frontières se voit obligée de quitter après une attaque en octobre 2021.
Bambu et Nizi, en Ituri, localités que Médecins sans frontières se voit obligée de quitter après une attaque en octobre 2021.
© TV5MONDE

L'organisation Médecins sans frontières (MSF) a mis fin ce 21 mars à ses opérations humanitaires en faveur des populations de deux villages d'Ituri, dans le nord-est de la République démocratique du Congo. La décision de MSF intervient quatre mois après une attaque ayant ciblé ses membres.

"L'insécurité et l'impunité obligent MSF à fermer des projets humanitaires vitaux à Nizi et Bambu" déclare Olivier Maizoué, responsable des programmes de MSF en RDC lors d'une conférence de presse.

"Cette décision intervient face à l'absence prolongée de garanties de sécurité de la part des différents acteurs qui s'affrontent dans la région", dit le communiqué remis aux journalistes.
 


Ces deux localités sont actuellement contrôlées par l'armée congolaise. Mais les attaques ciblant des positions militaires et des véhicules des voyageurs sont quasi quotidiennes.

Les risques sont tout simplement trop élevés pour MSF de retourner dans ces zones en confiance (...). Notre mission est de sauver des vies, mais pas au prix des nôtres.Olivier Maizoué, responsable des programmes de MSF en RDC.

Il y a une semaine, des attaques des présumés rebelles des Forces démocratiques alliées (ADF) contre plusieurs villages de l’Ituri ont fait au moins 52 morts. Dimanche 13 mars, en territoire Irumu, quatre villages ont été attaqués et 19 personnes tuées. Lundi 14 mars les villages d’Apende et de Ndimo ont été la cible d'attaques des ADF qui y ont tué respectivement 18 et 15 civils.

''Au total, on comptabilise au moins 52 civils tués entre dimanche et ce lundi",
déclare Christophe Munyanderu, coordonnateur de la Convention pour le respect des droits de l'homme, une ONG congolaise, indiquant qu'il s'agissait d'un bilan encore provisoire. 

"Les risques sont tout simplement trop élevés pour MSF de retourner dans ces zones en confiance (...). Notre mission est de sauver des vies, mais pas au prix des nôtres", explique Olivier Maizoué, chef de mission de MSF.

Malheureusement, on "ne connaît pas l'identité des auteurs" des attaques ayant visé MSF, a-t’il regretté, promettant que son organisation continuerait d'apporter de l’assistance médicale dans d'autres secteurs de la province, comme Drodro et Angumu.

(RE)voir : RDC : des camps de déplacés attaqués en Ituri

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Les premières victimes de cette mesure de fermeture sont des enfants d'habitants et des déplacés de guerre qui bénéficiaient d'une assistance médicale gratuite de MSF dans cette zone. En pédiatrie, MSF enregistrait jusqu'à "7 000 admissions d'enfants par mois", précise Alexandra Giudiceandrea, cheffe de mission de MSF en RDC.

Le 28 octobre, des hommes armés avaient tiré sur le véhicule d'une équipe de MSF qui s'était rendue dans la zone de santé de Bambu pour assister des populations isolées. Deux des cinq personnes à bord avaient été blessées.

A l‘époque, le chef de mission de MSF en Ituri Frédéric Lai Manantsoa avait dénoncé l'insécurité : "C'est inacceptable (...) C'est le deuxième incident grave (...) en quelques mois dans cette zone et cette fois-ci directement à l'encontre d'un véhicule clairement identifié comme médical et humanitaire".

En juin 2021, toujours dans la zone de Bambu, douze personnes avaient été tuées lors de l'attaque de l’hôpital général de référence de Boga, soutenu par MSF. L’hôpital avait été pillé et détruit.

En octobre, le chef de mission Frédéric Lai Manatsoa avait estimé que "la violence contre les civils est constante, l'insécurité est grandissante pour la population, pourtant il est nécessaire que nous puissions nous frayer un chemin pour les assister".  MSF avait décidé de suspendre temporairement "ses activités dans la zone de Bambu", selon le communiqué de l'ONG.

MSF appuie trois hôpitaux généraux, 12 centres et trois postes de santé ainsi que 32 sites de soins communautaires en Ituri.

La province aurifère de l'Ituri a renoué avec des violences depuis fin 2017, avec plus d'un millier de morts. Depuis mai 2021, les autorités congolaises ont placé l'Ituri et la province voisine du Nord-Kivu sous état de siège. Cet état de siège n’a pas permis de mettre fin aux exactions des groupes armés.

(RE)voir : RDC : le Nord-Kivu et l'Ituri en "état de siège"
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