Culture

A 87 ans, Trintignant trouve encore du "plaisir" à faire du cinéma

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Il confie n'être pas sûr d'être "bon comédien". A bientôt 88 ans, atteint d'un cancer, Jean-Louis Trintignant affirme à l'AFP prendre encore du plaisir à faire du cinéma, n'écartant pas la possibilité de rejouer dans un film.

A l'affiche bientôt dans la suite du célébrissime "Un homme et une femme" de Claude Lelouch, le monument du cinéma français monte de nouveau sur scène le jour de son anniversaire pour réciter des poèmes (Théâtre de la Porte Saint Martin, 11-22 décembre).

Question : Que vous a apporté la poésie ?

Réponse : J'aime la poésie, elle dit beaucoup de choses en peu de mots. Prévert, c'est mon préféré, il est beaucoup plus grave, beaucoup plus profond que je ne le pensais.

Q: Vous êtes plus heureux sur scène qu'au cinéma ?

R: Oui j'aime mieux le théâtre; c'est notre vrai métier; on fait du ciné un peu par vanité parce que c'est beaucoup plus reconnu.

Q: Vous avez dit "le cinéma, c'est fini" et vous revoilà dans le 3e épisode d'"Un homme et une femme" de Claude Lelouch...

R: Oui parce qu'il y a quand même du plaisir au ciné et puis il y a de jolies rencontres. Ce sont des cadeaux dans la vie. Claude m'a dit que le film était très bien. Mais il est très enthousiaste Lelouch. Quand il a fini un plan, même s'il est assez banal, il dit "génial !".

Q: Ça sera votre dernier film ?

R: Je ne sais pas, ça dépendra. Je ne sais pas si je suis un bon comédien au ciné. J'ai connu à la fin de sa vie Marcel Pagnol; il me disait +le talent, on l'a quand on est jeune+". Je trouve que c'est pas bête.

Q: Vous regrettez le rôle qui vous était destiné dans "Le dernier tango à Paris", de Bernardo Bertolucci, récemment décédé ?

R: Ça me plaisait beaucoup mais maintenant, ça ne me plairait plus de faire ça. Brando était très bien. Souvent dans notre métier, on fait des rôles que d'autres ont refusé et d'autres jouent des rôles qui nous étaient promis.

Q: Vous étiez un jeune homme timide venu de province, quel effet a eu sur vous le "star system" ?

R: J'ai travaillé dans le cinéma pour ne plus être timide. J'ai même pris... pas des drogues très dures, mais des pétards, des trucs, ça m'a beaucoup aidé à devenir moins timide.

Q: vos personnages sont souvent ambigus, impénétrables. Pourquoi ?

R: Je n'ai pas fait le ciné pour jouer les héros, je trouve c'est souvent plus intéressant de jouer des personnages plus ambigus, plus complexes. Les héros sont tout bien, ça ne me plaît pas ça, j'aime bien les défauts des gens.

Q: Avez-vous été heureux en amour ?

R: Non, j'ai toujours été très malheureux en amour. Il y a beaucoup de femmes qui m'ont quitté, ce sont des ratés ça.

Q: Il y a des rôles que vous avez regrettés ?

R: Non je ne regrette rien. C'est vrai que j'ai tourné dans beaucoup de films qui ont bien marché. Avec (Michel) Piccoli on s'amusait; je lui disais +tu fais des films mieux que moi+, il me disait + non, non, toi tu fais des films mieux que moi+, alors après il me téléphonait et me disait "ça y est, je vais tourner avec Bunuel, tu as tourné avec Bunuel ?" "Moi non, jamais, tu as de la chance".

Q: Avez-vous été attiré par une carrière américaine ?

R: Non, non. Je n'ai pas sympathisé avec le cinéma américain. Les Américains pensent que ça doit coûter très cher. Ce n'est pas parce qu'un film coûte très cher qu'il est très réussi.

J'ai vu il y a trois jours un film hollywoodien de Bertolucci, "Le dernier empereur". Je pense que quand il faisait "Le conformiste", c'était mieux. Les Américains consomment les artistes, ils arrivent à en faire des gens conventionnels.

Q: Qu'est que ça vous fait d'entendre parler de Bertrand Cantat dans l'actualité, après toutes ces années ?

R: Cantat ? Je ne veux pas le connaître, il ne m'intéresse pas, c'est un malheur de l'avoir rencontré, que ma fille l'ait rencontré. Mais elle était sincèrement amoureuse, lui aussi je crois; mais je n'ai pas envie de le voir, de devenir ami avec lui.

Q: Le pardon, c'est possible ?

R: Oui... La vie est faite souvent de choses qui nous échappent. Donc le pardon c'est indispensable.